Les enfants l’apprennent sur les bancs de l’école depuis des décennies. La devise de la République « Liberté, égalité, fraternité » est portée sur le fronton des édifices publics. Si la mention figure bien sur la façade des mairies, elle est curieusement souvent absente sur celle des écoles.
Une réalité qui porte un sérieux coup à ce qui est enseigné comme une vérité depuis des lustres…Nul texte de loi n’oblige les responsables des établissements scolaires du primaire au supérieur à apposer la devise de la France au-dessus des portes d’entrée.
Ces mots-là pourtant ont du sens. Ils disent des valeurs qui sont les nôtres en tant que citoyens. Ils rappellent notre histoire. Une devise comme une continuité de conviction et de langue, qui puise ses origines dans la Révolution française, au cours de laquelle elle est une formule parmi d’autres, pour être adoptée officiellement à la fin du XIXe siècle, par la Troisième République, puis inscrite dans la Constitution de 1946 et 1958.
Une volonté déjà affichée dès 1985 par le Ministre de l’Education Nationale d’alors Jean Pierre Chevènement, mais fort peu appliquée, ce qui provoqua il y a quelques jours de cela, le dépôt d’un voeu par le Président du groupe communiste au Conseil de Paris, refusé par les élus socialistes parisiens au motif d’un coût trop important pour la collectivité.
Vendredi soir, lors du conseil municipal, nos collègues communistes à la Ville de Rouen ont pour leur part repris la même demande en déposant une motion.
Si nous ne pouvons qu’être nous aussi favorables à ce que « la Liberté, l’Egalité et la Fraternité » s’inscrivent dès le plus jeune âge comme principes inaliénables d’un mieux vivre ensemble il faut pour autant que la devise de la République soit expliquée avec des mots simples, vivre libre, dans le respect de la liberté des autres, être traité de la même manière que son camarade, sans aucune discrimination, que les plus forts fassent attention aux plus faibles et les respectent.
Vendredi soir, cette motion aurait donc pu faire l’objet d’un vote unanime, si ceux qui la proposaient n’avaient fait preuve de propos excessifs, plus dans la démarche électoraliste qu’à la recherche d’un véritable consensus sur le sujet.
Car enfin, comment considérer la phrase » Avec la traque des enfants de sans papiers jusque dans les écoles, la propagande nauséabonde sur le thème de l’« identité nationale » étatisée, des groupes sociaux entiers stigmatisés et désignés comme des boucs émissaires, une véritable xénophobie d’Etat défigure la République », si ce n’est nous croire revenu soixante ans en arrière ?
Certes nous sommes en campagne électorale, mais n’en déplaise à Didier Chartier, défendeur de cette motion, on peut être en profond désaccord avec la politique gouvernementale, elle n’a pourtant rien à voir avec celle menée par le gouvernement de Vichy.
Il est de notre responsabilité d’élus de faire attention aux mots que l’on utilise.