Enième disque qui ne fera pas beaucoup parlé de lui dans les mass-média, « Dans la différence générale » est pourtant une vraie grande surprise dans la chanson francophone, œuvre d’un tout frais quarantenaire suisse, Damien Surdez, alias ZEDRUS. Dans ses interviews, il revendique un univers décalé, mais inspiré par les chanteurs morts, Brassens, Perret, Brel, Renaud … (sic, ça donne le ton). Il y a en effet, la fraîcheur et la crudité des deux premiers au meilleur de leur art, dans ses mots, mais beaucoup de moquerie et de tendresse typiques des deux dernières références aussi. Le tout teinté du noir de notre époque. Le verbe est cisaillant, avec beaucoup d’humour. La preuve par les textes, dont le plus fort est vraisemblablement, « Je fais le trottoir », couplets assez pasoliniens en plus léger. Pasolini, celui qui montrait que la recherche du pouvoir n’est que le fruit d’une frustration sexuelle ou psychologique : il suffit de regarder nombres de politiques, de religieux, de juges, de militaires pour s’en persuader. Quelle homme de pouvoir ne passe pas son temps à zieuter et contrôler les vies privées ? Pour protéger son poste de ceux qui veulent le destituer, mais pas seulement, aussi pour arbitrairement peser sur les dessins particuliers des individus. Combien de groupuscules dits révolutionnaires se sont fourvoyés à cause de cette volonté de contrôle ? De contrôle des corps qui font d’eux, bien qu’ils s’en défendent, les proxénètes, comme les néolibéraux, de la société … Zedrus nous rappelle ainsi que le prostitué n’est pas celui qu’on croît …