Émotion de l’histoire individuelle dans la grande histoire et valeurs de résistance… Ce mardi 8 mai, des centaines de Stéphanais se sont rassemblés sur le parvis de l’hôtel de ville pour entendre le témoignage exceptionnel d’Odette Nilès, ancienne prisonnière du camp de Châteaubriant où elle a côtoyé Guy Môquet. Invitée par la municipalité, celle qui s’engagea dès l’âge de 16 ans, a raconté les premiers actes de refus : manifestations sur les Champs-Élysées, diffusions de tracts… Elle a laissé parler la mémoire pour dire la vie à l’intérieur des camps où les prisonniers politiques deviennent les otages d’une politique de dissuasion qui vise à arrêter puis fusiller pour l’exemple. Odette Nilès a évoqué la solidarité hors pair entre ces prisonniers, militants politiques et syndicaux mais aussi le rôle des femmes, souvent méconnu et sous-estimé. Odette Nilès a livré sa version de l’exécution du 22 octobre 1941 dans la carrière de Châteaubriant. 27 otages dont Guy Môquet, Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud, Jean Poulmarc’h Désiré Granet sont ainsi fusillés après avoir entonné "La Marseillaise", accompagnés par l’ensemble du camp, tenu à l’écart.
La cérémonie stéphanaise a été suivie par de très nombreux habitants, parfois venus en famille, dans un esprit de grande écoute et avec la volonté de permettre aux plus jeunes de partager ce moment d’exception. Dans cet esprit, le conservatoire municipal et quelques élèves du collège Louise-Michel ont interprété des extraits de l’opéra Brundibár, créé par Hans Krasá dans le camp de concentration de Terezín avec des enfants déportés.
Dans un contexte marqué l’instrumentalisation de la peur de l’autre, et la montée de la xénophobie, en France comme en Europe le maire Hubert Wulfranc a tenu à souligner la tournure particulière donnée à cette commémoration du 8 mai 1945, date de la victoire sur le nazisme. "il est important d’honorer la Résistance et de transmettre son message y compris économique et social avec le programme du Conseil national de la résistance, a martelé le maire. Le temps presse, les rangs de ceux qui entrèrent en résistance se réduisent, mais il nous semble toujours indispensable de rappeler les raisons et les buts de la résistance, car l’état du monde et ce que nous entendons dans la bouche de certains responsables politiques, la montée électorale des partis affichant des positions racistes, xénophobes, et parfois même se réclamant ouvertement de l’idéologie nazie, montrent que le ventre d’où est sortie la bête immonde est toujours fécond" Face à cela, "il faut agir aujourd’hui et nous sommes fiers de rassembler les Stéphanais au lendemain d’une victoire de la gauche pour dire : Résistons, résistons, résistons".