Des icônes, comme la lune ?

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Les urnes ont donné leur verdict dimanche dernier. Nicolas
Sarkozy ne fera pas de deuxième mandat. Après une campagne qui aura été
rarement aussi nauséabonde, c’est le challenger François Hollande qui devra
recoller les morceaux d’une République qui n’est plus tout à fait « une et
indivisible ».

Cinq ans, peu ou prou, qu’une bonne parie du pays attendait çà : rendre
la monnaie de sa pièce à l’occupant de Élysée, Président certes, mais
accessoirement de la République. Du Fouquet’s à la Mutualité, le show
quinquennal de Nico 1er aura peiné pour tenter de gommer un certain nombre
d’erreurs ou d’atermoiements. Ainsi, en cinq ans, celui qui fut le chantre de
la diversité française, celui qui nomma ministres un certain nombre de ses
sarko-girls à des postes… visibles, se mua en porte-parole de l’ostracisme, en
thuriféraire de la division, en supplétif d’un lepénisme autant dans l’air du
temps qu’une saillie verbale de l’inénarrable Mickaël Vendetta, à savoir,
complètement ringard sous des atours modernes et ne répondant à des questions
que par des sentences directes piochant dans un lexique d’une cinquantaine de
mots, en comptant large.

Mais je m’égare, revenons à nos moutons, de ceux que l’on n’égorge pas dans
une baignoire mais devant les caméras de télévision. Ainsi en 2007, un certain
nombre de personnes plus ou moins bien intentionnées applaudissaient à la
nomination du fameux et fumeux trio, « Rama, Rachida, Fadela », trio qui
au fur et à mesure des pérégrinations sondagières dispendieuses et quotidiennes
finit par laisser sa place de plus ou moins bon gré. Mais cette élite de la
république sarkozienne, ces fines gâchettes de la répartie aussi vide qu’une
promesse électorale, ces amazones du libéral-bonapartisme sont revenues courir
à la soupe car on ne sait jamais. Si Fadela a su résister à l’appel du 6 mai
après en avoir croqué, et s’être rappelée qu’elle n’était « ni pute ni
soumise », les deux autres nous ont réservé leur numéro réchauffé de soi-disant
icônes de la diversité. Des icônes comme la lune ?

Ainsi, ces icônes déchues et sacrifiées sur l’autel d’un pseudo-réalisme
front-nationalesque, fruit de l’école Buissonnière ne se sont pas faites prier
pour venir servir la soupe populiste démocratique de la part de Rama et
travailler à son futur législatif pour Rachida qui cherche à donner des coups
de pieds dans le Fillon à cette occasion.

Ce cirque, ou ce barnum, comme on dit si on est américanophile ou
atlantiste, n’aura pas servi à grand-chose. Le parcours rocambolesque de la
diversité sauce NS a fini en eau de boudin (blanc ou noir, ne soyons pas
sélectifs !) dont on peu dire qu’elle est soluble dans les thèses d’une extrême
droite relookée en une sorte de blonde mi pulpeuse (mais pas halal) mi
gretchen. Si on ne regrettera pas longtemps Rama et Rachida, on regrettera
toutefois que celui qui se disait issu de la diversité, leur mentor menteur,
ait fini par se croire le chevalier blanc de la France du vrai travail ou de la
terre qui ne ment pas et le pourfendeur des corps intermédiaires et de la
viande halal.

Car si Sarkozy c’est fini, la course à l’échalote derrière le FN par l’UMP
ne fait que commencer. La droite populiste, pardon populaire, reste en
embuscade pour créer des ponts entre extrémité de la droite encore un tant soit
peu républicaine et l’autre, l’extrême droite, celle qui reste en marge du
pacte républicain, nonobstant les brevets de respectabilité décernés par les
supporters du président sorti. On notera, en le regrettant, que cette campagne
dans les médias a installé durablement les thèses les plus réactionnaires, le
plus nationalistes, les plus populistes, les plus racistes en supprimant les
garde-fous républicains qui jusqu’à lors empêchaient les thèses issues de
l’extrême droite de se propager comme une traînée de poudre dans le corps
électoral français et dans les partis dits républicains.

On laissera par fair-play le mot de la fin au président sorti himself, qui
déclara en 2007 à Alger : « Il n’y a rien de plus semblable à un
antisémite qu’un islamophobe. Tous deux ont le même visage, celui de la bêtise
et celui de la haine
 » mais qui déclara cinq ans plus tard :
« Marine Le Pen a le droit de se présenter, donc elle est compatible
avec la République
».

Non, on préférera terminer avec une autre citation de 2007 en lui reprochant
de ne pas s’être assez écouté : « À trop vouloir expliquer
l’inexplicable, on finit par excuser l’inexcusable
».

CQFD…

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