Des petits commentaires sur les résultats des élections …
Avec 2 conclusions force :
l’extrême solidité du vote facho. Il paraît que voter Le Pen serait une marque de contestation, de colère passagère. Si tel était le cas, ce vote serait profondément hétérogène : ce n’est pas le cas. Ce vote est de plus en plus ancré dans les régions où ses taux défiaient la chronique depuis 20 ans : la façade méditerranéenne, la
campagne alsacienne, et maintenant les villes « minières » du Nord et de Lorraine.
Maintenant il s’installe dans les campagnes septentrionales, pourtant pas celles des petits propriétaires terriens comme dans les montagnes du Sud, et ce n’est pas un hasard. Les afficionados du FNSEA ne se retrouvent plus dans la droite néolibérale de multinationales représentée par Sarkozy : elle préférait un Chirac qui sentait
bon le terroir. Avec le vote Le Pen, elle retrouve ces valeurs faites de traditions et de sauvegarde de leur patrimoine, sans partage. Les rentiers locaux sont perdants face aux rentiers internationaux : la concurrence, ils la veulent … à n’importe quel prix, pour les
autres. Ce vote là est en train de s’ancrer dans les campagnes champenoises, nordistes, picardes, normandes, du Centre, du Maine, de Bourgogne, et de Franche-Comté, de la Vallée de la Garonne (gros maraîchers). Et une partie d’entre-eux a bien suivi les consignes de la Le Pen ; le vote blanc ou nul est bien suivi dans les départements ruraux marqués par un fort score du FN. Cet ancrage n’est pas rassurant, car Hollande ne doit son passage, qu’à la conjugaison de ce
vote non exprimé et la mobilisation des banlieues et des DOM-TOM pour virer un Sarkozy qui s’en est tellement pris aux étrangers qu’ils ont senti nécessaire de le virer. Le taux d’abstention a significativement baissé au 2ème tour dans les départements d’outremer et de l’Ile de France. C’est dire si le gouvernement à
venir, logiquement socialiste, a intérêt à répondre aux attentes des banlieues car sinon, ils perdront cet électorat là, beaucoup plus versatile et plus apte à s’abstenir à force d’être déçu, ce qui se comprend. Bref le pays, même aujourd’hui, reste majoritairement à droite (ce qui incompréhensible vu les souffrances que génère la politique de ces gouvernements), et ce n’est qu’un concours de circonstance (comme pour le traité européen de 2005) qui a amené le
résultat du 6 mai 2010. Si l’UMP explose et fonde un parti qui intègre pour finir, une grosse partie du FN (les idées étant, elles, reprises depuis belle lurette, jusqu’au PS) pour fabriquer un parti à l’espagnol, unique de droite (mais là-bas rempli de nostalgiques de Franco) et si la gauche au pouvoir déçoit, comme elle sait le faire, en assumant une politique toujours néolibérale, son électorat, ça craint vraiment à moyen terme (2017). La bête immonde a de quoi sortir son sourire
carnassier et ça fait peur. Car la France, petit à petit, et ce toujours un peu plus depuis 1988, vote de plus en plus raciste. Le score moins fort que prévu pour le nouveau venant, alors que son opposant s’est
vautré dans la stigmatisation des étrangers, des assistés, des inutiles en fait, inutiles pour son monde de boursicoteurs blancs, est à ce titre, plus qu’inquiétant. Combien de personnes, qui ne votent même pas Le Pen ou Sarkozy, disent et sont convaincus après 30 ans de lavage de cerveau, que quand même, les étrangers … Il ne faudra pas oublier cette menace. Nous devons répéter qu’au delà de cette stigmatisation, la politique du FN est encore plus néolibérale, encore
plus arbitraire pour ceux qui ne joignent pas les deux bouts en fin de mois et que dans les régimes autoritaires, quels qu’ils soient, ne s’en sortent que ceux qui sont aptes, à sucer l’arbitre autoritaire ou à faire chanter les opposants. Est-ce que tous les votants de ce genre de programme se sentent aptes à remplir ces missions ?
la deuxième info est vraiment quelque chose de nouveau pour la France : un vote à l’américaine qui opposent villes où l’on retrouve encore des services publics, culturels, universitaires, et campagnes. Lors de la deuxième réélection de Bush,
tout opposait Washington, New York, Chicago, Boston où Kerry obtenait jusqu’à 91% de voix dans la capitale aux régions de faibles densités. La même faille entre le permis de chasser est celui de s’instruire. La mondialisation de la connerie ? En attendant, seules 11 préfectures sur 106 (en comptant St Martin, c’est dire), votent
Sarkozy, contre 44 départements (tous ruraux, sauf les 2 alsaciens et les Alpes Maritimes) ou 61 départements si on enlève les 2 villes principales (comme dans le Calvados, l’Hérault, la Sarthe, l’Indre et Loire, le territoire de Belfort, les Ardennes, l’Isère, le Nord, la Charente-Maritime, …). Seules les campagnes montagnardes du Sud, et terres de résistances connues dans le passé (Pyrénées, Cévennes, Vercors, Baronnies, Alpes du Sud, Quercy) gardent encore un vote de caractère régional (qui était la marque des votes antérieurs). Le vote Le Pen/Sarkozy est très fort dans les villes dortoirs tranquilles et suburbaines qui envahissent les campagnes du Sud (Languedoc
Roussillon, Rhône Alpes) et très fort dans les très petites communes des départements ruraux du Nord. Il est très grand temps de réinstaller des services publics et du métissage en zone rurale abandonnée, sinon cette opposition nette va se renforcer … pour le pire. Le seul remède contre ça : susciter la curiosité, en
réimplantant des salles culturelles indépendantes, des commerces accessibles et coopératifs qui font que les gens ressortent et que les cités mortes, où chacun tient son mur à défaut de perdre son temps devant une télé toujours plus créatrice de peurs fictives, revivent même après 19h …
Bref 2012, c’est 2002, en pire. Avec le même non choix au second tour, puisqu’il n’y avait toujours pas de candidats de gauche … Sauf que personne ne le lit comme ça, mais plutôt comme une libération, alors que ce n’est qu’un sursis contre le pire si rien ne change réellement…