L’histoire négrière se dévoile encore

Le portrait dévoilé en présence de l’adjointe à la culture, sera installé au 3e étage de la maison de l’Armateur.

Le portrait dévoilé en présence de l’adjointe à la culture, sera installé au 3e étage de la maison de l’Armateur.


Le Havre – Commémoration de l’abolition de l’esclavage. En ces instants, Elizabeth Leprêtre, conservateur des musées historiques du Havre, dévoile à la Maison de l’Armateur la toute dernière acquisition du musée : un portrait de Pierre-Stanislas Foäche, le frère de Martin-Pierre, propriétaire de la maison de l’Armateur dès 1800. Tous deux négociants ont fait commerce de la traite négrière.
Que nous livre ce portrait ? D’abord sa propre histoire. Elizabeth Leprêtre l’a quêté pendant plusieurs années. « Et en 2006, j’ai réussi à me rapprocher du gendre de son propriétaire ». En l’occurrence, Michel Foäche qui en 2008, à l’âge de 92 ans, venait en famille découvrir la maison de l’Armateur. Son souhait, dans une lettre adressée à ses proches avant sa mort : que le portrait soit vendu à la ville du Havre pour rejoindre la maison de l’Armateur.

Où est Roslin ?
La municipalité en faisait l’acquisition pour la somme de 50 000 euros, « un prix d’ami », souligne le conservateur qui ne cachait pourtant pas sa déception à la découverte de l’œuvre que l’on pressentait être signée d’Alexandre Roslin, peintre de la famille royale de Suède mais dont la signature n’était plus lisible. « C’était un peintre très cher. Avoir un portrait effectué de sa main, c’est montrer sa puissance, sa richesse ».
Le peintre a un procédé d’exécution des portraits bien à lui : un fond neutre, une organisation personnelle du vêtement, des traits du visage sans complaisance aucune… « On ne retrouvait pas cette singularité dans le portrait dévoilé ».
Une enquête sera donc menée par les experts du Musée du Louvre, qui confirmeront son authenticité. Un travail de restauration s’ensuivra. « Le jus formé par les repeints effectués sur le visage, qui gommait le caractère « Roslin » a été ôté ». Pierre-Stanislas Foäche, le fondateur du château de Colmoulins à Harfleur, retrouve ainsi sa superbe : un regard froid, dur, des lèvres pincées, qui sont autant de signes de l’ambition de l’homme. Posséder ce portrait, Elisabeth Leprêtre le confirme, c’est l’opportunité offerte au musée de mettre en résonance l’objet avec le fonds d’archives conséquent dont dispose la ville sur le commerce triangulaire. Le conservateur s’en réjouit. « C’est faire entrer le public un peu plus dans l’histoire de sa ville ».

Karine Lebrun

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