Avec la naissance, hier, du premier atelier urbain citoyen, lancé dans le cadre des Assises de l’habitat, une trentaine de Stéphanais vont participer à la création d’un nouveau "morceau" de ville. À quoi ressemblera le futur quartier Marc-Seguin qu’ils sont invités à imaginer ? C’est aux habitants d’en décider ! La page est blanche. Une page de 10 hectares. L’équivalent de 14 terrains de foot à aménager ! Rues, logements, transports, commerces, équipements publics… il va falloir penser à tout. Se projeter dans un avenir proche, en sachant concilier exigences pratiques et souci esthétique, préoccupations individuelles et intérêt général, fonctionnement propre du nouveau quartier et connexion de celui-ci avec le reste de la ville. Un véritable défi à relever.
"C’est très motivant, résume Brigitte Lemarchand, une habitante de la rue de Paris. On va pouvoir donner notre avis, comprendre comment se construit la ville, participer à cette aventure." C’est effectivement une aventure – totalement inédite – dans laquelle s’est lancé, hier, le premier atelier urbain citoyen stéphanais. Ses membres (des voisins du futur quartier) en ont pris conscience à l’occasion d’une visite de terrain : pendant plus d’une heure, ils ont ainsi fait le tour de ce vaste rectangle, compris entre la voie ferrée et la rue de Paris, la rue Marc-Séguin et la rue de la Marquette. "Vous n’avez ici que des bâtiments désaffectés, ceux de la SNCF, d’un côté, ceux des anciennes entreprises Stradal et Tarmac", a d’abord expliqué Déborah Lefrançois, de la direction municipale de l’urbanisme. Sur 5 hectares, une première partie de terrain à investir comprend en effet une friche industrielle, d’un côté, et les entreprises AFT-ITIM et Ortec, de l’autre. Quand ces enseignes auront déménagé, cette zone constituera le premier chapitre de la nouvelle histoire urbaine qui va s’écrire ici. La suite pourra se dérouler plus au sud, du côté des anciens établissements Ribeiro, là où la Ville envisage une tranche complémentaire. "Il faut tout de suite envisager les choses à long terme, considère, Claudia Coty, l’une des participantes. On ne peut pas tout faire d’un coup, mais en commençant il faut avoir en tête le projet d’extension pour que, à la fin, l’ensemble soit cohérent."
À chaque étape de la visite, Déborah Lefrançois a voulu montrer aux participants de l’atelier urbain que chaque parcelle a ses atouts et ses contraintes. La rue de Paris, notamment : "On aurait envie de l’élargir, mais on doit préserver le patrimoine bâti qui appartient à l’histoire de notre ville. Il faut en tenir compte et savoir imaginer d’autres solutions, avec une réorganisation du stationnement, en petites poches par exemple."
Circulation, transport, mais aussi hauteur des maisons, choix de la densité de population dans le quartier, parti pris architectural, installation de commerces… lors d’un exposé plus technique, qui a suivi la visite, les acteurs de l’atelier ont mesuré les incidences de chaque fonction urbaine sur la marche générale de l’organisme d’un quartier, et d’une ville. "On a découvert des problématiques auxquelles on ne pensait pas, reconnaît Pauline Cailleux, très motivée par l’exercice. Sur le type d’habitat, notamment, avec la possibilité d’un intermédiaire entre les maisons individuelles et les immeubles collectifs." "On nous a donné beaucoup d’éléments de réflexion, apprécie de son côté Thierry Poineuf, sur les enjeux du projet en termes de matériaux, mais aussi de choix énergétiques… C’est une occasion de réfléchir et de se projeter dans l’avenir." Tel est bien l’objectif de cet atelier urbain initié par la Ville : "Nous voulons que la participation soit la plus large possible, a insisté Hubert Wulfranc, le maire. On se pose de vraies questions, on vous convie pour y réfléchir avec nous. C’est de votre responsabilité de jouer le jeu avec nous. Allez-y, dites-nous votre sentiment, avec franchise."
Dans un mois, une nouvelle réunion permettra aux membres de l’atelier, qui auront digéré cette première séance, de faire part de leurs remarques et de leurs questions. Tout au long du processus balisé que constitue toute opération d’urbanisme, ils seront écoutés et accompagnés par les services municipaux puis, à partir de l’automne, par un cabinet d’étude. Car, des études préalables à la commercialisation, comme l’a indiqué Michel Caron, le directeur de l’urbanisme, "le chemin à parcourir est long, avant l’emménagement des premiers habitants". Long mais stimulant.
Isabelle Friedmann