
Après trois ans d’activité, Chantal Lebourg s’apprête à fermer boutique. Rideau ! La reine du noir du quartier Danton met les pouces… Elle s’est bien démenée pour l’amour de l’art, elle ne veut pas y laisser des plumes. Qui pourrait lui jeter la pierre ? Elle avait arrangé une chouette planque avec café, coin lecture, galerie d’exposition, etc. Des pointures sont passées là : Éric Boury, traducteur d’Arnaldur Indridason ; David Vann, lauréat du Prix Médicis avec « Sukkwan Island » et Graham Hurley, auteur de la série Joe Faraday actuellement adaptée en téléfilms. Il fallait apporter sa chaise pour écouter ces messieurs et discuter avec eux…
Un lieu à son image
De ses mains agiles, la maîtresse du lieu avait confectionné de jolies mosaïques sur les plateaux des tables de bistrot. Dans une vie précédente, elle faisait déjà beaucoup de travaux manuels. Dès sa prime jeunesse, elle a lu des polars : « J’ai commencé avec le Club des cinq, j’ai continué avec Agatha Christie, Maurice Leblanc, Arthur Conan Doyle ». C’est plus tard qu’elle découvrira James Lee Burke, Caryl Férey… Ce n’est pas le genre à pleurer sur les malheurs du petit commerce, mais on sent bien que Chantal a le blues. Fin juin, c’est la fin. Dès le début du mois, les livres neufs vont repartir chez les éditeurs et les livres d’occasion seront à 50%. Les amateurs vont se précipiter. Le mobilier, les bibelots et divers lots de livres d’occasion seront vendus aux enchères le 23 juin à 16 h. Chantal n’y sera pas : « Les gens étaient heureux quand ils m’ont vu m’installer dans le quartier. C’était un pari risqué, mais ça aura été une belle aventure ». Elle repose sa tasse de café sur la table. Il a un petit goût amer.