Tribune libre d’un militant havrais : CNT et anarchisme.

CNT et anarchisme

Pendant des années, fidèle à la Fédération Jurassienne, les militants de la CNT ont dit aux travailleurs « notre force, c’est notre nombre ». Et l’idée des Jurassiens était bonne. Louise Michel et Kropotkine ne disaient pas autre chose quand ils affirmaient qu’ « il faut être avec le peuple et créer des unions monstres englobant les millions de prolétaires contre les milliers et les millions d’or des exploiteurs ». Depuis les anarchistes ont abandonné le nombre pour le nombrilisme.

Les anarchistes se recrutent essentiellement chez les fonctionnaires, ce qui n’est pas une tare en soi au vu de l’évolution des secteurs professionnels, mais les militants libertaires ont totalement abandonné le milieu ouvrier sauf à quelques rares exceptions près. Tant va le prolo au boulot que la CNT se lasse.

Pire, les anarchistes confondent anarchisme et syndicalisme et quand des travailleurs s’intéressent à la CNT, ces derniers doivent montrer pattes blanches et réciter le bréviaire anarchiste sous peine d’excommunication. Le nombre fait peur et l’esprit de secte règne en maître. La pureté ne saurait se compromettre avec le troupeau dont l’esprit réactionnaire et grégaire est bien connu. La tour d’ivoire permet de se situer au-dessus de la mêlée…de jauger les autres sans avoir à mettre les mains dans le cambouis.
Quelques militants s’arrogeant un droit divin anarchiste jouent les néoFayistes en prétendant servir de colonne vertébrale à l’organisation syndicale. Et plus ils jouent à ce rôle de redresseur de torts, plus l’organisation devient squelettique. Pourtant autour de l’os, il faut de la viande. Mais la CNT est à l’os ou au bord du naufrage ! Et elle n’est pas prête de se renflouer. Le problème de ces anarchistes, c’est qu’ils appliquent leurs vieilles lunes au milieu syndical calquant leurs méthodes de sectes dans les entreprises et ils ne voient pas que ce qu’ils n’arrivent pas à faire dans leurs organisations spécifiques respectives, ils ne peuvent avec les mêmes pratiques et le même discours faire avancer la cause anarcho-syndicaliste dans les syndicats. Aux mêmes maux, les non-remèdes.
A la CNT, il est facilement constatable que les syndicats qui sont dans le collimateur des diverses sectes anarchistes, néo-gauchistes ou anarcho-trotsko (ce qui est un non-sens) sont les syndicats qui ont des adhérents : le syndicat du nettoyage (650 adhérents), le syndicat de la restauration (120 adhérents), le syndicat de la communication, les camarades enseignants de Lyon….On ne parle pas de la section d’Orsay qui était la plus grosse section universitaire avec dix salariés mais qui vient de passer à SUD suite à son exclusion de la CNT-RP. Les militants de la CNT sérieux cherchent ailleurs le plaisir de militer, en dehors de ce milieu cénétiste de plus en plus pathogène.
En clair quand des travailleurs viennent nous rejoindre, il faut leur dire : la CNT ne veut pas de gros syndicats car ces syndicats sont pervertis par le nombre. Le problème c’est qu’un syndicat qui n’a pas de sections syndicales est un syndicat qui ne peut fonctionner que sur le mode affinitaire. Si les groupes affinitaires ont leur utilité quant à la formation de militants, un syndicat ne peut pas être un groupe affinitaire. D’abord, le syndicat regroupe sur une base de classes les travailleurs alors que les groupes affinitaires peuvent recruter sur d’autres bases et d’ailleurs il ne faut pas être hypocrites, les grands penseurs anarchistes : Bakounine, Kropotkine…n’étaient pas issus du milieu ouvrier mais de la noblesse russe par exemple. Seul Proudhon avait des origines plébéiennes et lui ne cherchait pas la synthèse mais de nouveaux équilibres.

Les anarchistes n’ont jamais été bien nombreux mais ils ont eu « l’oreille » des travailleurs et leur influence était palpable dans les rangs ouvriers. Les autres composantes du mouvement ouvrier devaient tenir compte des libertaires avant 1914 et dans certaines professions et localités durant l’entre-deux-guerres.

Aujourd’hui, les anarchistes ne pèsent absolument plus sur le mouvement social et pour cause. A force de se déchirer, de scissionner à la manière des gauchistes, on en vient à pratiquer de même dans l’organisation syndicale.
L’inimaginable, c’est que l’actuelle CNT en est arrivée à codifier les exclusions et impose un mode de fonctionnement qui va dans ce sens. L’anarcho-bolchevisme s’instaure. Nous avons connu des staliniens de l’anarchie au Havre ou des anarchistes tendance Colomer, nous allons bientôt connaître des anarcho-bolcho à la CNT qui marche sur les pas de la CNT-AIT … Et plus l’organisation deviendra petite, plus elle sera sectaire, c’est le postulat des groupuscules.

Nous avons vu la CNT espagnole être victime de l’affaire de la Scala, ce devrait être un bon exemple historique pour les militants français. Car la question essentielle à se poser quand on est à la CNT, c’est de savoir qui a intérêt à ce que la CNT ne se développe pas. On peut explorer certaines pistes, c’est à chacun de réfléchir…

Nous ne pouvons que constater une fuite importante de militants. Des milliers d’adhérents mais pas les mêmes partent et adhèrent dans des flux contraires depuis des dizaines d’années pour n’aboutir qu’à la création de strates militantes avec un même petit noyau qui lui reste à demeure. La CNT, c’est la politique du mille-feuilles militant : superposition de générations militantes qui ne restent guère de temps dans nos rangs… Et tout le monde dans le microcosme militant semble trouver cela normal. Ce sont les dommages collatéraux !

L’anarcho-syndicalisme d’aujourd’hui c’est le carré de la longueur de l’hypoténuse de la CNT qui est égal à la somme des carrés de la secte et du petit groupe constitué qui veut prendre le pouvoir.

En continuant sur cette voie nous allons encore laisser passer le train de l’histoire comme en 1936 et en 1968….il ne nous restera que nos yeux pour pleurer ! Le découragement au mieux, l’écoeurement au pire, voilà notre avenir.

Sous réserves que les militants en décident autrement en disant à la Prévert « la guerre fratricide militante, quelle connerie » !

Goulago – CNT Le Havre- à titre individuel.

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