Pendant toute la durée du championnat d’Europe des nations de Football qui se déroule en Pologne et en Ukraine, le journaliste et écrivain André Morelle nous fait le plaisir de nous livrer quelques uns de ses « croquis d’Ukraine ».
André Morelle réside en Seine-Maritime. Il a travaillé pendant 40 ans dans l’audiovisuel public (ORTF, FR3 et Radio France).
Etudiantes à ODESSA
A ODESSA, le touriste arrivé par la mer Noire, par l’avion, par la route ou par le train dans la superbe gare d’Holovna aura deux priorités : l’opéra et l’escalier Potemkine. Peut-être aussi la cathédrale et les églises orthodoxes reconstruites et joliment décorées après leur destruction ordonnée par Staline dans les années trente.
Svetlana et Elena, étudiantes en architecture viennent de Sébastopol en Crimée. Jolies filles blondes, modernes et cultivées, elles ont hâte de découvrir le joyau de la ville : le Théâtre d’opéra et de ballet. Le bâtiment qui se dresse face à elles est l’œuvre de deux architectes autrichiens Fellner et Helmer, ceux qui ont dessiné aussi le célèbre opéra national de Vienne, celui de Zagreb, de Dresde ou encore de Budapest. L’opéra d’Odessa fut bâti en 1887 sur les cendres d’un autre bâtiment détruit en 1873. Bien que la ville d’Odessa, création de la grande Catherine II de Russie, soit pratiquement sortie indemne des conséquences désastreuses de la seconde guerre mondiale, son opéra avait besoin d’un coup de neuf. Pendant dix ans d’importants travaux y ont été effectués pour une réouverture en fanfare en 2009.
© A. MORELLE
« Restauration réussie ! » commentent nos deux étudiantes. Promis, demain elles réserveront deux places pour assister au « Lac des Cygnes », un grand classique que Tchaïkovsky vint lui-même diriger dans cette salle rouge et or. Devant l’opéra très fréquenté à toute heure, attend patiemment Lubov, le cocher. Sa calèche tirée par deux superbes chevaux noirs et robustes transporte les touristes à travers les grandes avenues boisées, bordées d’édifices néoclassiques aux tons pastel.
Trop cher pour Svetlana et Elena. Elles iront à pied jusqu’au boulevard Prymorsky. Passage devant l’hôtel de ville blanc et rose à colonnades, la statue de Pouchkine, citoyen d’Odessa et celle du duc de Richelieu. Cet arrière petit-neveu du grand cardinal fuit la France lors de la révolution de 1789 et devint le premier gouverneur d’Odessa . C’est lui qui traça et aménagea la ville actuelle. Demi-tour sur place face à la mer Noire et voici le fameux escalier rendu célèbre par Sergueï Eisenstein en 1925 dans son film « Le Cuirassé Potemkine ».
La fusillade tsariste contre mutins et civils innocents, le landau qui dévale 192 marches, c’est bien ici. Nos jeunes touristes mitraillent le lieu, se recoiffent, prennent la pose, pose lascive bien dans la tradition de la jeunesse ukrainienne actuelle.
Sourire de contentement. Sourire de star pour un cadre de 7° art au milieu des vendeurs de bonbons, de cartes postales, de faux caviar et de chapkas.
