En nombre de voix en Haute-Normandie : Le PS réédite ses performances des années 80

(fil-fax 13/06/12)

Le PS est sorti grand vainqueur du premier tour des élections législatives en Haute-Normandie. Avec 40,5 % des suffrages en comptant les voix de ses alliés (EELV, PRG, DVG…), le cru 2012 est très supérieur à ceux de 2007 (31,7 %) et 2002 (33,7 %). Il est même comparable à ceux de 1981 et 1988 concrétisés là aussi dans la foulée d’une élection présidentielle gagnée. Les projections peuvent laisser espérer au parti de Laurent Fabius et à ses alliés entre neuf et treize sièges (1) sur quinze possibles alors qu’il en compte six sur dix-sept aujourd’hui. Comme dans les années 1980 et 1990, les progrès du PS se font au détriment de la droite mais aussi du PCF qui fut la première force à gauche dans cette région, de la Libération jusqu’à la fin des années 1970.

A l’inverse, l’UMP apparaît comme la grande battue. Avec ses alliés (NC, DVD…), elle ne rassemble que 31,1 % des suffrages contre 44,2 % en 2007. Elle enregistre ainsi l’un de ses plus mauvais scores de toute la Vème République, malgré la quasi-disparition du Modem (1,5 % contre 6,0 % en 2007) qui pouvait être une réserve de voix. Plusieurs de ses sortants sont très sérieusement menacés comme Jean-Pierre Nicolas (Evreux nord-ouest), Michel Lejeune (Dieppe) ou encore Daniel Fidelin (Fécamp). Même l’ancien ministre de la Défense Hervé Morin (Bernay) élu dès le premier tour en 2007 devra batailler pour conserver son siège. Un seul de ses candidats tire son épingle du jeu, Bruno Le Maire, qui avec 41,4% des suffrages distance de dix points le maire PRG d’Evreux Michel Champredon dans la circonscription sud de la ville.

La droite gouvernementale a été pénalisée par la bonne santé du Front national qui réalise le deuxième meilleur score de son histoire en Haute-Normandie avec 15,4 % des voix après le sommet atteint en 1997 (16,2 %).  Il réalise des pointes de 20,0 % à Vernon avec Jean-Michel Dubois, 18,8 % à Louviers avec Julie Barbier et 18,4 % à Elbeuf avec Nicolas Bay. Mais alors qu’en 1997 il avait pu se maintenir dans quatre circonscriptions au second tour, la compétition s’est arrêtée partout pour lui dimanche soir sauf à Vernon. Sur ce territoire où il a profité de la désunion de la gauche, il affrontera au second tour le sortant UMP Franck Gilard. Comme ailleurs en France, ce bon score, trois fois supérieur à celui de 2007, a été obtenu sans l’appui d’une véritable base militante et alors que les candidats étaient souvent des inconnus, jamais présentés lors de scrutins précédents. Comme ailleurs aussi, les dissidents n’ont pas fait recette: l’ancien dirigeant du FN Carl Lang, fondateur du Parti de la France, n’obtient que 1,1% à Vernon.

A gauche, les écologistes d’EELV ne peuvent encore dire si leur stratégie d’alliance sélective avec le PS a été  payante. Elle a d’ores et déjà échoué à Vernon en raison de l’apparition de candidatures socialistes dissidentes qui ont conduit à l’élimination de la gauche. En revanche, elle a bien fonctionné à Bois-Guillaume-Bihorel où Véronique Moinet talonne la sortante UMP Françoise Guégot. A l’inverse, dans les circonscriptions où le mouvement est allé à la bataille sous ses seules couleurs les résultats s’avèrent médiocres (entre 2 et 5 %).

A la gauche de la gauche, les grands battus sont le NPA et LO qui avec seulement 1,2 % des suffrages perdent les deux-tiers de leur électorat de 2007 et retrouvent des scores dignes des années 1980. Même lorsque le candidat est un peu plus connu, les scores restent très médiocres: la porte-parole du NPA Christine Poupin obtient 1,2 % à Saint-Etienne du Rouvray, Régis Louail 1,1 % à Elbeuf et Sophie Ozanne 1,0 % à Louviers. Le NPA paye son refus de rejoindre le Front de gauche, une posture qui a en réalité provoqué son éclatement. Au Havre, aucun militant n’a ainsi accepté d’assumer publiquement la position nationale de l’organisation et les candidats ont  dû être parachutés de Rouen.

Au Front de gauche, le moral n’est pas non plus au zénith: cette coalition ne retrouve pas son score de la présidentielle (12,3 %) même si elle progresse par rapport au résultat du PCF en 2007, passant de 7,5 % à 9,5 %. Mais l’évolution n’est pas uniforme. Dans les circonscriptions où elle est peu implantée comme dans l’Eure, les gains sont limités. En revanche quand elle compte des élus et une base militante elle tire son épingle du jeu. C’est le cas par exemple dans les circonscriptions où se présentaient Jean-Paul Lecoq le maire de Gonfreville-l’Orcher et Hubert Wulfranc, le maire de Saint-Etienne du Rouvray. Mais malgré ce progrès, le PCF haut-normand perd toute représentation à l’assemblée pour la première fois depuis …1951. Il est victime du redécoupage mais aussi de la progression du PS qui l’a devancé dans toutes les circonscriptions.

(1) Pour faciliter la lecture, les circonscriptions sont dénommées par leur ville principale.

Elections législatives 1er tour
Haute-Normandie

1er tour 2007

1er tour 2012

Exprimés

768.189

738.688

Ext-G

29.043

3,8 %

9.208

1,2 %

PCF (FG)

57.671

7,5%

70.473

9,5 %

PS et alliés

243.800

31,7%

299.331

40,5%

Modem

45.757

6,0%

11.310

1,5%

UMP et alliés

339.743

44,2%

229.782

31,1%

FN-Ext-D

38.828

5,3%

115.606

15,7%

Seine-Maritime

1er tour 2007

1er tour 2012

Exprimés

526147

498.010

Ext-G

19961

3,8 %

6.110

1,2 %

PCF (FG)

44167

8,4%

56.253

11,3%

PS et alliés

176.690

33,6%

209.938

42,1%

Modem

29.870

5,7%

6.987

1,4%

UMP et alliés

221.195

42,0%

144.300

29,0%

FN-Ext-D

24.814

4,7%

72.777

14,6%

Eure

1er tour 2007

1er tour 2012

Exprimés

242.042

240.678

Ext-G

9.082

3,8 %

3.098

1,3 %

PCF (FG)

13.504

5,6 %

14.220

5,9 %

PS et alliés

67.110

27,7 %

89.393

37,1 %

Modem

15.887

6,6 %

4.323

1,8 %

UMP et alliés

118.548

49,0 %

85.482

35,5 %

FN-Ext-D

14.014

5,8 %

42.829

17,8 %

 

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