Le lycée de l’Emulation Dieppoise ouvre un BTS “made in Penly“

(fil-fax 22/06/12)

Le lycée professionnel l’Emulation Dieppoise ouvrira à la rentrée 2012 la première section de BTS “Environnement nucléaire“, une « vraie première“ se félicitent les promoteurs de cette formation post-bac. Derrière cette ouverture qui accueillera pour la première année une demie classe (15 élèves), on trouve logiquement l’Education nationale et la Région de Haute-Normandie et surtout EDF à travers le centre de production nucléaire de Penly distant de quelques kilomètres de Dieppe.

L’électricien a en effet investi dans cette filière ouverte à l’Emulation Dieppoise en 2008 à la fois pour la préparation d’un baccalauréat professionnel et pour la formation continue des salariés de la centrale et d’entreprises intervenantes de la filière nucléaire. Chaque promotion depuis la classe de seconde accueille 15 élèves dont 5 par la voie de l’apprentissage. Le bilan pour les deux premières qui ont décroché leur bac-pro est plutôt flatteur : les trente diplômés ont été embauchés. La réputation du bac Environnement nucléaire a porté le projet de BTS : pour les 15 places disponibles à la rentrée 2012, il y a eu 158 candidats ! « C’est le début d’une aventure, on verra avec les entreprises si on peut aller plus loin », s’interrogent les partenaires. De leur côté, EDF et le GIP-NO (groupement des industries prestataires du Nord-ouest) y ont envoyé 1.500 personnes en formation permanente.

Au Rectorat de Rouen comme à la Région, on sait parfaitement que la relation école – entreprise peut vite devenir le sujet qui fâche. « On a de grands progrès à faire. Il faut aller vers le décloisonnement, demande cependant la rectrice Florence Robine qui plaide pour « une relation décomplexée » entre les deux univers.

L’autre objectif est de convaincre plus de jeunes à rejoindre ces filières qui ne conduisent pas obligatoirement à l’industrie du nucléaire mais à toutes les activités qui exigent le niveau de sécurité équivalent à celui du nucléaire. A la Région Haute-Normandie qui a la compétence des lycées et de la formation, le président du Conseil régional, Alain Le Vern, pense à l’ensemble de la filière Energie (construction, maintenance et déconstruction du nucléaire, mais aussi renouvelables) qui va être confrontée à une pénurie de main d’œuvre hautement qualifiée.

L’apprentissage dans un environnement aveugle 

Le succès de l’Emulation dieppoise, c’est son équipement pédagogique hors norme : la reconstitution de l’environnement interne d’une centrale. Apprentis chaudronniers, tuyauteurs, robinetiers apprennent leur métier dans des espaces confinés, pièces hermétiques à la seule lumière des néons avec le dédale de canalisations, de pompes, de disjoncteurs… Le contact avec l’extérieur se fait uniquement par téléphone. Pour accéder et sortir de ces salles de classe hors normes, les élèves doivent satisfaire la série de contrôles sanitaires et vestimentaires que doivent observer tous les intervenants dans une centrale. « Dans cet environnement aveugle et resserré, il y a énormément de risques d’erreur. La base, c’est de toujours prendre le recul nécessaire avant d’intervenir », explique Pierre Davoust, professeur en électro-technique qui supervise deux élèves – une lycéenne et un lycéen – chargés d’expertiser un filtre. Pendant que l’un est penché sur le démontage de la pièce, l’autre lit la feuille de procédures – la « gamme » – qui détaille une à une toutes les étapes de la procédure. « Le travail en doublette fait partie de la formation », ajoute Pierre Davoust qui, venu du lycée de Eu, a rejoint l’Emulation Dieppoise pour monter la filière bac-pro et demain celle du BTS.

Cette formation a été totalement élaborée avec les entreprises du secteur. « C’est une révolution culturelle, admet l’enseignant qui travaille régulièrement avec les agents de la centrale de Penly « pour comprendre, être réactif  ».

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