UN PREFET… ça sert à quoi?

Mont-Saint-Michel : l’Unesco interpelle la France

L'Unesco souhaite un comité de pilotage et de coordination avant tout travaux au Mont. Il rassemblerait les associations de défense du patrimoine et de l'environnement. Archives Ouest-France/Stéphane Geufroi

L’Unesco souhaite un comité de pilotage et de coordination avant tout travaux au Mont. Il rassemblerait les associations de défense du patrimoine et de l’environnement.© Archives Ouest-France/Stéphane Geufroi
En session à Saint-Pétersbourg à la fin du mois, l’Unesco adoptera un rapport sur le Mont-Saint-Michel classé en 1979. La France y est rappelée à ses devoirs dans la sauvegarde de ce patrimoine mondial.
En 1979, le Mont-Saint-Michel était classé au patrimoine mondial de l’Unesco « pour sa valeur universelle exceptionnelle ». En session à Saint-Pétersbourg, du 24 juin au 6 juillet, où il traitera d’une soixantaine de sites classés, le comité du patrimoine mondial va adopter des recommandations sur le Mont-Saint-Michel à partir du rapport que lui a remis l’Unesco-Paris.

Elles rappelleront la France à ses devoirs. Sont visés : le périmètre d’exclusion des éoliennes, la hauteur du futur gué au pied du Mont et la zone commerciale de la « Caserne ».Alors que sont souhaités un plan et un comité de coordination plus efficaces pour sa préservation.

L’Unesco pourrait-elle aller jusqu’au déclassement si ses prescriptions ne sont pas suivies ? «Cette mesure, extrêmement rare, n’est arrivée que deux fois depuis 1978 » indique-t-on à l’Unesco à Paris. Reste que l’État devra remettre à l’Unesco d’ici le 1er février 2014 un rapport actualisé sur l’état de conservation du Mont et la mise en oeuvre de ses recommandations.

Éoliennes

Le 9 avril, la France annulait le projet de trois éoliennes dans la baie du Mont-Saint-Michel, à Argouges. L’Unesco l’avait demandé, envoyant une mission sur place pour mesurer « l’impact sur le Mont et son cadre. Le mouvement des hélices dans la journée et les lumières la nuit ont un effet préjudiciable sur ce paysage éternel de terre et d’eau. »

Outre l’annulation du projet, l’Unesco obtenait de la France un périmètre de 40 km autour du Mont où aucune éolienne ne pourra être implantée. Elle va plus loin dans son rapport souhaitant que « cette zone soit établie sur la base d’éléments cartographiques irréfutables définis par ordinateur. Cela permettra une estimation rigoureuse, rapide et cohérente de tout projet. »

Le gué à 6,80 m

En 2015, une passerelle remplacera la digue-route actuelle. Au pied du Mont, elle débouchera sur une plate-forme et un gué nécessaires à l’intervention des secours et l’évacuation de blessés lors des marées hautes. L’État et François Fillon, alors Premier ministre, ont tranché pour une hauteur du gué à 7,30 m contre les 6,80 m établis par l’architecte et le syndicat mixte du Rétablissement du caractère maritime (RCM) du Mont. La mission de l’Unesco déjuge l’État français en recommandant une zone d’accès « maintenue à 6,80 m afin de réduire l’impact visuel à côté des remparts et de l’entrée principale ».

La Caserne

Pour la première fois, l’Unesco intervient aussi sur la Caserne, cette zone d’hôtels, restaurants et commerces sur le continent. Pour recommander « un projet qui réduise son actuelle vocation commerciale, la construction de logements pour les résidants, des parkings dissimulés et des espaces publics ».

Plan de gestion

L’Unesco estime qu’il est urgent « d’élaborer et d’adopter un plan de gestion du Mont et de mettre en place un comité de coordination » qui rassemblerait des autorités publiques, des privés, des associations impliquées dans la préservation de ce patrimoine mondial.

 

Xavier ORIOT.  Ouest-France 
(mardi 19 juin 2012)

Commentaire de Florestan:

 
La nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti a pris en compte les préconisations de l’UNESCO concernant le seuil de la câle d’accès dont la hauteur maximale a finalement été abaissée à 6,80 mètres…
 
Concernant le sanctuaire visuel autour de l’Archange, le principe en est aussi acté par le nouveau ministère de la Culture mais son périmètre exact fait actuellement l’objet d’âpres discussions au sein de la mise en oeuvre du futur Schéma de Cohérence Régional d’Aménagement Energétique (SCRAE) en clair, ne pas mettre des mâts d’éoliennes géantes partout dans le paysage normand qui regorge de sites et monuments classés… En effet, le préfet de région de Basse-Normandie n’a semble-t-il pas totalement pris la mesure de la volonté de l’UNESCO: déjà mis en échec sur l’affaire de la hauteur du seuil avec son collègue de la Manche, le préfet de région voudrait imposer à l’UNESCO un assouplissement de ses recommandations quant au sanctuaire visuel qu’elle exige sur la Baie du Mont St Michel (40 km par 30 km)… Son attitude risque de compliquer encore la tâche du président de région Basse-Normandie, Laurent Beauvais, par ailleurs président du syndicat mixte pilotant le rétablissement du caractère maritime du Mont et qui a défendu son architecte et son projet face à l’opposition préfectorale et qui se retrouve dorénavant en difficulté face à l’UNESCO sur un autre dossier: le classement au « Patrimoine mondial de l’Humanité » des plages du Débarquement de 1944 au moment où l’UNESCO fait les gros yeux pour la baie du Mont St Michel à cause des éoliennes…
 
On comprend que face à une telle incohérence et une telle désinvolture, l’UNESCO souhaite faire un exemple dans un dossier où seules les associations de défense du patrimoine naturel ou culturel sont capables de dire le droit au point d’aller régulièrement devant la justice administrative pour défendre l’intérêt général … contre l’administration et les élus!
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