(fil-fax 30/06/12)
Morphosis n’a pas fait le choix du clinquant : perdus au bout du boulevard Jules Durand au Havre, dans l’emprise d’un ancien chantier naval aujourd’hui démantelé, ses locaux ne paient pas de mine. Mais cette petite entreprise fondée en 2008 par Serge Kimbel, un ingénieur de 36 ans qui a d’abord travaillé chez Suez, est déjà bien connue des spécialistes du recyclage des déchets électriques et électroniques (D3E). Après quatre années d’évolution dans ce domaine, son chiffre d’affaires devrait atteindre en 2012, les 6,5 millions d’euros (+ 70 % par rapport à 2011) pour un effectif d’une vingtaine de salariés et 4.000 tonnes d’appareils collectés. Morphosis profite de la montée en puissance de cette activité qui en est encore à ses balbutiements mais qui est portée par les directives européennes obligeant au recyclage une part grandissante de ces déchets.
Diplômé de l’Ecole spéciale des travaux publics (ESTP) de Paris, Serge Kimbel est venu dans ce secteur après s’être rendu compte de « la méconnaissance » générale de la richesse que pouvait représenter la micro-informatique même au rebut. Ses composants contiennent non seulement du cuivre et de l’aluminium mais aussi des métaux rares comme l’or, l’argent, le platine ou encore le palladium. Avec Morphosis, Serge Kimbel offre des solutions de recyclage à l’intention de clients professionnels qui doivent recycler ces vieux ordinateurs. L’entreprise en assure la collecte et le démontage dans des ateliers protégés qui jouent le rôle de sous-traitants. Une fois les composants (cartes, disques durs, plastiques, câbles, moteurs…) séparés, ils peuvent connaître une seconde vie s’ils sont encore en état ou subir des traitements pour en extraire les métaux, dans le cas contraire. Mais c’est dans cette seconde voie où l’entreprise réalise 90 % de son chiffre d’affaires qu’elle porte tous ses efforts. Aujourd’hui, chez Morphosis, les parties métalliques sont transformées en broyats dont le degré de pureté est insuffisant. L’entreprise ne dispose pas de moyens pour aller au-delà et ces broyats sont revendus à des affineurs japonais, suédois ou allemands qui achèvent d’en extraire les métaux. « Le problème est que les process actuels requièrent énormément d’énergie et des produits chimiques dangereux », dit Serge Kimbel.
Son but est de trouver une solution plus écologique et plus économique pour extraire lui-même les métaux. Il s’est attaché le concours d’universités européennes et a lancé des recherches en ce sens. Dans sa petite entreprise, il a ouvert un laboratoire, mis en place un pilote et embauché un docteur en chimie. Il a en parallèle lancé d’autres programmes de recherche avec l’objectif d’optimiser la façon de travailler de l’entreprise. Serge Kimbel estime que la marge de progression de Morphosis est considérable. Il espère, dans les cinq ans, atteindre les 35 millions d’euros de chiffre d’affaires et franchir le cap des cinquante salariés.