(fil-fax 21/07/12)
Fauteuils démontés, trous béants en guise de scènes, tentures et mobilier disparus: l’espace Oscar Niemeyer du Havre est (re)devenu, en cet été, un monstre de béton dépouillé de sa chair. Dans ses entrailles, les ouvriers s’activent pour achever la phase de curage des lieux avant d’entamer le gros oeuvre prévu pour le début de l’automne. « Nous avons découvert dans certaines parties de l’amiante qu’il nous faut traiter mais cela n’aura pas d’incidence sur le calendrier« , assure Dominique Deshoulières, l’architecte qui assure la maîtrise d’oeuvre, en faisant visiter le chantier.
Celui qui fut longtemps surnommé « le pot de yaourt » ou « la centrale nucléaire » avant d’être plus ou moins officiellement baptisé « le Volcan » est engagé dans une cure de jouvence qui ne s’achèvera qu’au printemps 2014. Le but est de remettre à niveau cet équipement formé de deux bâtiments, de revoir ses missions et surtout de parvenir à l’insérer réellement dans la ville. Le « Grand Volcan » sera dédié au théâtre et à la musique et le « Petit Volcan » deviendra une bibliothèque. L’espace vide entre les deux bâtiments, en contrebas de la voirie, royaume des courants d’air aujourd’hui, délaissé par les habitants, sera complètement réaménagé. De grandes ouvertures vers la ville simplifieront les accès aux lieux avec notamment la création d’un emmarchement majestueux vers la place Perret et le plateau piétonnier. Sur le papier, les architectes ont réussi le tour de force de parvenir à apporter plus de lumière naturelle au sein des bâtiments mais aussi à l’espace dans sa globalité sans toucher aux principes fondamentaux d’Oscar Niemeyer. L’oeuvre est en effet protégée et l’architecte brésilien a été consulté à chaque étape de la procédure. La colombe que forment les bâtiments vus du ciel sera ainsi intégralement respectée.
Ce lifting constitue la première restructuration de cet espace depuis son ouverture, en 1982, pour accueillir la Maison de la Culture du Havre. Cet espace, un monstre de 40.000 m3 de béton et 1.500 tonnes d’acier remplaçait à l’époque le théâtre détruit, comme une bonne partie de la ville basse, lors des terribles bombardements britanniques de septembre 1944. Il avait coûté 90 millions de francs de l’époque apportés par la ville, l’Etat et le fonds des dommages de guerre. L’inauguration de ces batiments avait marqué la fin de la reconstruction de la ville qui aura duré près de quarante ans et le début d’une polémique sur l’oeuvre, contestée pour son absence de fenêtres et l’usage massif du béton. « Les gens peuvent aimer ou ne pas aimer, mais ils ne peuvent pas dire qu’ils ont déjà vu ça avant« , répondait alors à ses détracteurs, Oscar Niemeyer.
Une facture de 60 M€
Cette restructuration coûtera la bagatelle de 60 M€ TTC pour la plus grande partie (46,5 M€) à la charge de la ville. Le reste sera apporté par l’Etat (7,5 M€), la région de Haute-Normandie et le département de la Seine-Maritime (3 M€ chacun). Le conseil municipal a autorisé jeudi soir le maire Edouard Philippe (UMP) à signer les marchés avec les entreprises choisies après un appel d’offres européen. Les principaux adjudicataires sont Gagneraud pour le gros oeuvre (6 M€), Axima Saeitha pour la plomberie (4,3 M€), AMG Fechoz pour la machinerie scénique (4,1 M€) et SFEE pour l’électricité (2,7 M€).