Une molécule “cancérigène probable“ s’est installée dans l’eau du robinet autour de Bolbec

(fil-fax 26/07/12)

Les habitants du secteur Bolbec-Gruchet le Valasse (*) sont invités à ne plus consommer « par précaution » l’eau du robinet pour les usages alimentaires, a indiqué lundi la préfecture de Seine-Maritime. En cause, la présence anormale dans l’eau de Nitrosamines, une molécule classée “cancérigène probable“ par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Jusqu’à nouvel ordre, la Communauté de communes de Caux Vallée de Seine organise sur place une coûteuse distribution de bouteilles d’eau potable (20.000 €/jour) à destination des 20.000 habitants concernés. En urgence, le captage incriminé a été fermé tandis que des captages alternatifs d’eau non contaminée par interconnexion avec d’autres forages sont progressivement mis en place.

« La substance détectée en très petite quantité est la N-nitrosomorpholine (famille des Nitrosamines). Elle est potentiellement dangereuse pour la santé. Les recommandations à la population sont d’abord formulées au titre du principe de précaution », rassure Stéphanie Blaise pour la Communauté de communes qui dispose de la compétence eau sur son secteur. Néanmoins, l’interconnexion totale des réseaux d’approvisionnement « est accélérée » pour un coût évalué à 5 M€. La N-nitrosomorpholine ne faisait jusqu’en 2012 l’objet d’aucune recherche en France jusqu’à ce que l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) décide de lancer des études prospectives sur plusieurs dizaines de polluants émergeants dont les Nitrosamines. Les Agences Régionales de Santé (ARS) ont été sollicitées pour le choix des “points d’intérêts“ régionaux. Près de 500 captages d’eau ont été soumis en France aux différents tests depuis janvier. En Seine-Maritime, le test s’est révélé positif sur le captage de Bolbec. « Cette molécule d’origine non naturelle est très probablement liée à la présence d’industries sur le secteur. Elle peut provenir de la transformation du caoutchouc ou de l’industrie pharmaceutique », explique à l’ARS, Jerôme Le Bouard, responsable du Pôle santé et environnement. L’homme de l’art reconnaît cependant une difficulté. « Il n’existe actuellement sur cette substance qu’une seule norme OMS dite “inacceptable“ où une personne sur 100.000 pourrait développer un cancer en ayant bu durant sa vie entière 2 litres d’eau contaminée par jour. L’avis sur la définition d’un seuil d’alerte devrait être connu d’ici septembre ou octobre  », détaille Jerôme Le Bouard. « Aucun texte réglementaire n’identifiait cette molécule jusqu’ici comme un polluant potentiel ce qui explique qu’elle ne soit pas recherchée dans les captages, nous avons l’impression d’essuyer les plâtres », fait-on remarquer à la Communauté de communes.

Oril présumé coupable

«  On sait qu’un certain nombre d’usines déversent depuis des décennies des effluents toxiques dans la rivière le Commerce qui alimente le captage de Gruchet le Valasse », dénonce Jean-Louis Michaux, pour Europe Ecologie Les Verts (EELV) Caux Seine. Il vise directement l’usine pharmaceutique Oril (Laboratoire Servier) accusée de rejeter dans la rivière des Nitrosamines. « L’usine est un pollueur potentiel mais rien n’a été fait qui aurait pu contrarier son activité », s’insurge M. Michaux, Depuis l’alerte, un arrêté préfectoral impose à l’entreprise visée (en arrêt technique pour 3 semaines) tout rejet de Nitrosamines. Les rejets sont désormais stockés pour un traitement ultérieur. « Mais d’autres entreprises du secteur automobile font l’objet de la même interdiction. Il faut comprendre que ces pollutions n’ont jamais été étudiées », précise la directrice de cabinet du préfet de Région, Florence Gouache.

L’eau, une ressource fragile

Cette pollution d’un nouvel ordre n’efface pas des antécédents en région liés à des polluants bien répertoriés. L’ARS a lancé depuis 2010 plusieurs alertes d’envergure en Seine-Maritime pour des eaux contaminées aux pesticides ou nitrates. Sur Montville et près de Dieppe, 27.000 habitants ont été affectés en 2011 par une eau chargée de tétrachlorotéhylène. Une dérogation d’usage de l’ARS est depuis en place sur Montville.

(*) Communes totalement concernées : Beuzeville-la-Grenier, Gruchet-le-Valasse, Houquetot, Les Trois Pierres, Manneville la Goupil, Mélamare, Parc d’Anxtot, Saint-Jean-de-Folleville, Saint-Jean-de-la-Neuville, Saint-Antoine-la-Forêt, Saint-Eustache-la-Forêt, Saint-Nicolas-de-la-Taille, Virville. Communes partiellement concernées : Bolbec, Bréauté, Mirville, Saint Gilles de la Neuville et Saint Romain de Colbosc.

Un Numéro Vert est à disposition du public au 0800.949.444. Ressources sur www.cauxseine.fr ou http://www.ars.haute-normandie.sante.fr

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