Ce problème
d’engorgement routier n’est pas spécifique à notre région. Il ravage la France entière et c’est l’une des causes de la déconfiture économique
actuelle. Je m’explique. Depuis 1970, la distance entre le domicile et le lieu de travail a presque triplé. La démesure actuelle de la mobilité, qu’elle soit routière, ferroviaire et
aérienne, coûte actuellement plus cher à l’Etat qu’elle ne lui rapporte et constitue une cause de son endettement. Les ralentissements et les
bouchons coûtent, chaque année, 12 milliards d’euros environ, à l’économie. Les déplacements quotidiens grèvent le budget de nombreux foyers. Les maladies dues à notre mode de vie infernal, à la
pollution, ainsi que les accidents de la route (12 milliards d’euros environ) constituent l’une des causes du déficit croissant de l’Assurance-Maladie. Aux 5.000 personnes qui meurent sur les
routes, chaque année, il faut maintenant en ajouter plus de 15.000 qui succombent à la pollution sous toutes ses formes. Dans quelques années, il y
en aura beaucoup plus. Quant aux patrons, ils sont bien obligés de tenir compte du trajet entre le domicile et le lieu de travail dans le salaire de leurs employés ou alors, ils délocalisent… Alfred Sauvy qui fut un grand observateur de la société, avait prévu cette déroute
économique, dans un article paru dans le Monde, en Février1980, sous le titre « La corde au cou ».
Voici une autre
conséquence possible de cette caricature d’aménagement du territoire. Par beau temps, en été, les surfaces bétonnées, goudronnées, ainsi que les toitures (30.000 km2, en France, l’équivalent de 7
départements) sont de véritables fours solaires, produisant d’énormes quantités de chaleur qui viennent augmenter la chaleur produite par les 150.000 tonnes de pétrole et les 60.000 tonnes de gaz que nous brûlons, en moyenne, chaque jour, en été. La moyenne sur toute
l’année, c’est 200.000 tonnes de pétrole et 110.000 tonnes de gaz, par jour. C’est un facteur aggravant des canicules et de pics de pollution à l’ozone, responsable de 15 à 30% des décès
inhabituels survenus durant la canicule de 2003.
Réduire la
circulation routière en relocalisant le travail permettrait de libérer des capitaux, pour des investissements utiles à la société toute entière et amorcer le désendettement de l’Etat et celui des particuliers. Que les garagistes se rassurent : ils ne sont pas près
de manquer de travail. Dans un avenir plus ou moins proche, il y aura un rush sur les petites voitures très économes en carburant. D’ailleurs, c’est
la politique actuelle qui nuit à ce secteur : les parcs d’automobiles d’occasion sont pleins à craquer et les immatriculations commencent à baisser. Enfin, l’augmentation du prix du pétrole
risque fort de porter le coup de grâce à notre économie, ainsi qu’à celle de la plupart des pays d’Europe.
Il faut imaginer
tout ce que l’on pourrait faire avec l’argent gaspillé sur les routes : relocalisation de la production de nombreux biens de consommation courante dont les coûts de production deviendraient
tout à fait compétitifs, grâce aux économies réalisées sur les déplacements des travailleurs ; développement massif des énergies renouvelables. En outre, il faut savoir que 50% des accidents
de la route sont lieu durant les trajets entre le domicile et le lieu de travail…Que les chefs d’entreprise et les élus n’aient pas encore compris cette évidence, est absolument renversant.
Jadis, on disait « jeter son argent par les fenêtres ». Aujourd’hui, il faut ajouter « et sur les routes ».
Michel EVRARD, Responsable Génération Ecologie (73).