“Braquages” en série au Havre : quelles solutions ?

 

Les attaques de commerces se multiplient, au Havre, ces dernières semaines. (Photo Fotolia)

Les attaques de commerces se multiplient, au Havre, ces dernières semaines. (Photo d'illustration : Fotolia)


On les appelle « braquages », mais, en l’occurrence, il s’agit de « vols en réunion avec violence ». Des amateurs avec peu de moyens qui récoltent des butins souvent minables. C’est en cela qu’ils sont peut-être plus dangereux que les « vrais » braqueurs, car l’amateurisme peut faire commettre de multiples impairs : des coups, des accidents de voiture….

« Le Havre a toujours été une ville avec une petite délinquance très active, explique le commissaire Longuet, chef de la Sûreté urbaine au Havre. Ce qui change aujourd’hui, c’est que l’on passe aisément du statut de “petits délinquants” de base à des faits bien plus graves. Par effet de mimétisme sans doute. »

Des « vols en réunion avec violence », il  y en a eu une vingtaine en quelques mois à peine ! Mercredi 7 novembre encore, c’était la supérette Cocci Market située rue des Ponts, au Havre, qui était victime d’une attaque « à l’ouverture, peu après 8 h ».
Trois hommes encagoulés, gantés et armés, ont braqué l’épicier. La victime a été aspergée de gaz lacrymogène. Les malfaiteurs sont repartis avec le fonds de caisse, soit quelques centaines d’euros.
La semaine dernière, la députée (PS) de Seine-Maritime (8e circonscription), Catherine Troallic, alertait Manuel Valls, ministre l’Intérieur, « sur cette situation inquiétante » et demandait quelles mesures étaient « envisagées pour endiguer cette montée des violences » (notre article). En attendant, les commerçants s’inquiètent.

Inquiétudes pour les fêtes de Noël

« Nous sommes inquiets de ce qui est en train de se passer », témoigne Jean-Luc Picard, coprésident de l’association de commerçants, Halles Centre. De fait, les commerçants s’organisent. « Tout d’abord, nous avons rencontré les autorités : adjoints, responsables des services de la police nationale et municipale. Les fêtes de fin d’année ajoutées à l’inauguration du tramway, le 12 décembre, la période sera propice à ce type d’agressions. Les magasins sont pleins de marchandises, et la tentation est grande. »

Dans ce contexte, la police s’organise aussi : « Nous avons anticipé le plan hold-up national qui sera normalement opérationnel début décembre, annonce le commissaire Longuet, qui assure que la police havraise est extrêmement mobilisée. Nous sommes très vigilants et mettons des moyens dans les enquêtes qui suivent ce genre de faits. Moyens scientifiques notamment, qui, s’ils ne donnent pas des résultats rapides, permettent à termes d’avancer dans les investigations. »

« Les policiers ne peuvent pas être partout ! »

Rassurés les commerçants ? Oui et non… « Oui, parce que nous sommes assurés que les autorités font ce qu’elles peuvent pour prévenir ces agressions. » Non, parce que le risque zéro n’existe pas. « Et qu’en plus, ils ne peuvent pas être partout ! »
« Ils », ce sont les 550 policiers de la Sûreté urbaine du Havre, épaulés par les 85 fonctionnaires de la police municipale. Et leur présence ne redonne pas forcément le sourire à Raynald Moulin, commerçant des Halles qui a subi, il y a quatre ans, une attaque en « bonne et due forme » :

« Une cliente et moi-même avons été agressés par des individus. » Bilan : 13 000 euros et une frayeur qu’il n’est pas prêt d’oublier. « Je ne suis jamais totalement tranquille. Depuis cet événement, la peur est là. C’est très perturbant et comme ce type d’attaques devient récurrent, on finirait presque par en devenir fataliste. »

La solidarité entre les commerçants

Depuis, Raynald Moulin a investi pour se protéger : vidéosurveillance, détecteurs nocturnes. De quoi se rassurer, mais pas de quoi pavoiser : « l’intranquillité » a bel et bien pris le pas sur l’insouciance.

L’effet bénéfique de tout cela, « c’est la solidarité qui s’est mise en place entre les commerçants, il y a une réelle entraide entre nous », affirme Raynald Moulin.

« Une solidarité qui se traduit par des échanges de bons procédés, notamment, confirme Jean-Luc Picard. Nous faisons passer les infos. Individus suspects, chéquiers volés, nous faisons circuler nos impressions. » Et puis il y a les petits gestes du quotidien : des petites sonnettes mises en place de-ci de-là, autant de repères pour les voisins en cas de « coup dur ».
« On ne peut rien envisager en terme de sécurité sans parler des trois volets qui lui sont liés : prévention, dissuasion, répression », commente de son côté Bertrand Binctin, adjoint à la mairie du Havre chargé de la sécurité depuis 17 ans.

Déjà 130 caméras au Havre

  • Prévention : « Nous faisons un gros travail en milieu scolaire notamment (stage de citoyenneté, lutte contre l’absentéisme notamment).
  • Dissuasion : « Avec la vidéo protection par exemple. Nous avons 130 caméras actuellement au Havre. ce chiffre passera à 162 d’ici la fin 2013. » Les caméras vidéo, Bertrand Binctin en est sûr sont un atout pour une ville : « Car elles dissuadent les moins stupides des délinquants et permettent ensuite d’apporter des éléments d’élucidation pour les enquêteurs ».
  • Répression : « De vraies sanctions pour des faits gravissimes. Attaquer le commerce de proximité pour quelques euros, ça n’a pas de sens…»

Que faire si vous êtes victime d’une attaque ?

« La première chose est de ne pas jouer les héros, insiste Patrick Longuet. On ne s’interpose pas. » Les « braqueurs » amateurs, avec la nervosité, peuvent commettre de multiples impairs ; il ne faut pas leur donner de raisons de devenir plus nerveux.
Deuxième chose à faire : « Sans prendre de risques, ouvrir bien grand les yeux afin d’observer les moindres détails. C’est fondamental pour nos enquêtes. Une couleur d’yeux, une taille, un modèle de voiture, tout peut aider. »
Troisième chose : « On appelle le 17 et on donne tous les détails que l’on a notés. »
Quatrièmement : « On ne touche à rien une fois le vol terminé car la police scientifique peut trouver des tas de choses grâce aux empreintes et à l’ADN.
Malgré ce phénomène inquiétant, Bertrand Binctin veut rester confiant :

« Nous avons la chance au Havre d’avoir la capacité de travailler ensemble. » Dans le cadre du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, notamment, entité qui réunit tous les représentants de l’État, de la police, des associations, les élus sur ce vaste thème qu’est la délinquance.

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