Saint-Romain 2012 : l’année difficile des forains

Cette année, la foire Saint-Romain se terminera le 18 novembre.

Cette année, la foire Saint-Romain a commencé le 19 octobre et se terminera le 18 novembre (photo : DVelec).


L’année 2012 marquera les mémoires et l’histoire de la foire Saint-Romain, avec une succession de catastrophes « périphériques », comme les nomme le porte-parole des forains, Gérard Poetschke, patron de l’Ours Noir.
Camion en feu sur le pont Mathilde
, qui s’étend jusqu’aux caravanes stationnées en dessous (deux seront totalement détruites) ; embouteillages monstres en ville, qui n’incitent pas à venir flâner sur la foire ; dramatique accident sur un manège, vraisemblablement dû à l’imprudence d’un employé de l’attraction (dont le pronostic vital était toujours engagé, ce vendredi 9 novembre). Autant d’incidents, qui, ajoutés à une crise ambiante et un pouvoir d’achat en berne, ne font pas les affaires des forains.

La solidarité s’organise

Face à l’adversité, les forains s’organisent. Après la première catastrophe, un élan de solidarité est né spontanément, pour venir en aide aux deux familles de forains qui ont perdu leur caravane, leur lieu de vie…

« Les forains de la Saint-Romain se sont cotisés, pour que ces deux familles, dont une a quatre enfants, puissent trouver un logement en urgence et se racheter des vêtements : ils ont perdu toutes leurs affaires, tous leurs souvenirs, c’est difficile. Après, l’indemnisation des assurances viendra, mais dans l’urgence, il fallait les aider », souligne Gérard Poetschke, qui insiste sur le fait que le pire a été évité.
« On est passé très près d’une catastrophe humaine pire encore. Ma cousine, qui se trouvait dans sa caravane stationnée près du pont au moment de l’accident, m’a raconté qu’elle a juste eu le temps de sortir avec ses enfants sous le bras : elle voyait déjà des flammèches tomber depuis le pont », confie le patron de l’Ours Noir.

Les 24h motonautiques soutiennent les forains sinistrés

Côté solidarité, les forains ne sont pas les seuls à avoir agi comme une grande famille, soudée par les circonstances :

« Les 24 heures motonautiques de Rouen ont fait parvenir deux chèques pour les deux familles sinistrées. C’est vraiment généreux de leur part et le geste a été apprécié. Les forains qui font la fête sur l’Ile Lacroix durant les 24 heures avaient signé à l’époque une pétition, quand il s’agissait de sauver cette manifestation sportive populaire », commente Gérard Poestschke.

Les problèmes de circulation dans Rouen, démultipliés depuis la fermeture du pont Mathilde, ont un peu chamboulé la venue du public sur la foire. Mais les forains restent confiants pour la fin de la Saint-Romain.

« Les deux premiers jours après l’incendie, on a senti qu’il y avait moins de monde. Mais, après, les gens se sont organisés, ont pris d’autres habitudes et ils viennent sur la foire. On ne peut pas se plaindre de l’affluence. En revanche, c’est vrai que les temps sont durs et qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent à dépenser sur les attractions. C’est un autre problème », indique Gérard Poetschke.

Les manèges à 1 et 2 € les 13 et 14 novembre

Dans ces conditions, les deux journées à un et deux euros, prévues les 13 et 14 novembre sur la Saint-Romain, devraient inciter le public à goûter aux joies des manèges. À noter que tous les forains participent à l’opération, pour permettre à un large public de s’amuser et de s’enivrer dans les manèges à sensation.

« C’est une opération qui existe depuis des lustres et qui est renouvelée cette année. Généralement, le public apprécie de pouvoir bénéficier d’attractions à prix réduit », précise encore Gérard Poestschke.

Feu d’artifice… ou pas ?

Pour finir en beauté cette Saint-Romain 2012 et offrir une note de bonne humeur aux Rouennais et visiteurs de cette fête traditionnelle , les forains souhaitent cette année clôturer la foire avec un feu d’artifice qu’ils financeront eux-mêmes… mais il manque encore l’autorisation des autorités compétentes !

« On voudrait tirer ce feu le dernier samedi de la foire. Pour l’heure, on a demandé toutes les autorisations à la Préfecture et on attend la réponse. Espérons que l’on nous donne gain de cause, ce serait quand même bien de finir la foire dans une ambiance joyeuse », souligne le patron de l’Ours Noir.

Et comme il garde le sens de la fête et de l’humour, Gérard Poetschke glisse avec un sourire, que si c’est un problème d’emplacement pour savoir d’où on pourrait tirer ce feu d’artifice, « il y a toujours le pont Mathilde, totalement déserté ces temps-ci ! »

La Saint-Romain, vue par les forains

Actuellement sur la foire Saint-Romain, la confiserie Delarue sillonne les fêtes de village de Haute-Normandie toute l'année.

Actuellement sur la foire Saint-Romain, la confiserie Delarue sillonne les fêtes de village de Haute-Normandie toute l'année.


Lucie est foraine, une locale de l’étape pourrait-on dire, puisque toute l’année, elle sillonne la Haute-Normandie pour s’installer sur les fêtes de village et même lors de brocantes, à Rouen. Sa famille est bien connue des habitants de Rouen et de ses alentours, dont beaucoup restent attachés à la tradition de la fête foraine. Quand vient le mois d’octobre, Lucie installe la confiserie de famille sur les quais de Rouen. Cette année, elle se rend compte que le public commence seulement à arriver, après deux semaines de fête.

« Il y a eu un décalage dans les calendriers cette année, du coup la première semaine a été difficile. Les gens sont habitués à ce que la foire commence en même temps que les vacances et là, c’était plus tôt, donc les gens qui n’habitent pas Rouen par exemple, ne savaient pas tous que la foire avait commencé. Après, il y a eu l’accident du pont Mathilde et tous les problèmes de circulation et cet accident sur un manège… alors, évidemment, ça n’a pas aidé », soupire la jeune femme.

C’est jusqu’au 18 novembre

Un démarrage d’autant plus difficile que des rumeurs ont circulé quant à la continuation de la Saint-Romain.

« Avec le camion en feu sur le pont, qui s’est étendu aux caravanes, la rumeur a couru pendant un moment que les manèges aussi brûlaient. Il y a eu une confusion dans la tête des gens, mais pour nous, ça ne change rien, la fête continue. On doit travailler. Et même les familles qui ont perdu leurs caravanes sont à leurs métiers : tout le monde continue à travailler » , insiste Lucie.

Preuve sur le terrain que l’esprit de la fête demeure le plus fort : le public, dès la deuxième semaine, a renoué avec la foire Saint-Romain, en affluant sur les quais pour s’offrir une petite parcelle de bonheur. Et ça va durer encore jusqu’au 18 novembre.

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