Stan the flasher, une équipe refaite à neuf (Photo Laurent Gouby).
Dix ans entre les deux albums de Stan the flasher. Pourquoi ce laps de temps aussi important ?
Hervé Tirilly : C’est un album différent du précédent. Je suis le seul rescapé de l’équipe de l’époque. La sonorité du groupe varie en fonction de ses musiciens, et là ce ne sont pas les mêmes. Le groupe a 20 ans. Les dix premières années nous ont apporté un premier album. De 2002 à 2012, tous les musiciens sont partis un par un, progressivement, pour des raisons professionnelles. Pour autant, il n’y a jamais eu de remise en question du groupe car les musiciens ont été remplacés à mesure des départs.
J’ai donc tenu le flambeau. La personnalité du groupe repose sur ses textes, plus que sur la musique. Nous ne sommes pas barrés dans un style précis, mais nous ne ferons pas pour autant du funk ou du reggae.
Pourquoi avez-vous appelé cet album Mont-Gargan ?
Sur quatre musiciens, trois ont un rapport direct avec le Mont-Gargan. Un y habite, un autre y a habité pendant toute son enfance et moi-même. Cela remonte à l’époque du groupe Violette Nozière. Nous avions notre local de répétitions dans le sous-sol de l’école Jules Ferry.
La pochette de l'album (Photo Laurent Gouby)
« On cherchait une première partie »
Pourquoi et comment s’est passé la participation de Lady Arlette au titre Le monde change ?
La chanson parle de nos parcours musicaux respectifs, ce que l’on a fait avant d’arriver à Rouen. C’était le thème de départ. Chacun a écrit ses couplets. Les couplets sont nostalgiques, mais il fallait contrebalancer avec le refrain.
Notre collaboration est liée à une belle rencontre qui s’est faite au Théâtre du présent. Nous recherchions un jeune groupe pour faire notre première partie et nous ne le trouvions pas. Nous avons alors téléphoné à des musiciens reconnus pour savoir s’ils connaissaient des jeunes groupes qui pourraient faire notre ouverture. Lady Arlette nous a répondu que ça l’intéressait. Sans cela, jamais nous n’aurions osé lui demandé de faire notre première partie. Voilà comment le monde de Lady Arlette et le notre se sont croisés.
À Rouen, il y a toujours cette difficulté de trouver un groupe avec lequel on trouve un lien de famille car beaucoup chantent en anglais. Nous avons ce lien de famille avec Lady Arlette. Et musicalement, entre les deux formations, il y a des liens familiaux.
Est-ce qu’il y a un concept autour de cet album, est-ce qu’il répond à une envie de faire quelque chose selon une méthode bien précise ?
Il n’y a pas de volonté conceptuelle autour de cet album. Nous avions une nécessité de mettre dessus des morceaux que nous faisions tourner depuis longtemps et qui n’avaient pas été enregistrés. Par l’expérience, on sait que ce qui n’est pas enregistré tombe dans l’oubli.
Album mélancolique
Selon nos retours, la tonalité est assez sombre, plus sombre que le précédent album qui avait un côté plus ironique, humoristique. Celui-ci est plus mélancolique. Cela vient peut-être du fait de la différence d’âge entre nous. Notre bassiste est jeune. Il a 30 ans, nous en avons 50 ans. Nous n’avions pas les même références. Nous lui avons ressorti quelques albums pour lui faire écouter.
Avez-vous une méthode de travail particulière pour l’écriture des textes ?
En ce qui concerne l’écriture, il n’y a vraiment pas de règle, de méthode ni de recette. Parfois les textes sont faits avant la musique, parfois après. Certains morceaux sont travaillés pendant des semaines alors que d’autres sont bouclés en une seule répétition.
Il faut que tout colle ensemble, je ne veux pas de redondance. Je fais gaffe à ce que des mots ne soient pas répétés dans l’album, qu’il n’y ait pas de redite dans les textes.
Vidéo : Le mal de père, joué par Stan the flasher à Dieppe, en 2009 :
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Avez-vous un titre préféré dans l’album, ainsi qu’un titre que vous n’aimez pas ?
Ma préférée ? Ma Pierre de taille, car c’est la chanson qui a été faite dans l’urgence, elle dure deux minutes, elle est hyper directe. J’aime beaucoup le texte. Il y a plein de textes que j’aime bien qui ne sont pas sur le disque. Ceux que je n’aime pas finissent directement à la corbeille.
Rattrapée de justesse
Il y en a une cependant qui a failli ne pas être sur l’album car je la trouvais trop “chanson française” : Les pièces jaunes. On a été trop vite catalogué “chanson française alternative” alors que nous avons une approche plus rock et pop que la chanson française alternative.
Les pièces jaunes raconte comment un type qui n’a pas de boulot veut écrire une chanson pour se dire qu’il touchera peut-être des thunes sur les droits d’auteurs.
Vos textes sont-ils autobiographiques ?
L’éternel Ado est dédié à un ami qui est décédé dans les années 1990 des suites du sida. On avait tous 30 ans, c’était notre premier choc face à la mort. Là, je me suis mis dans la peau du personnage en me demandant ce que je ferais, ce que je dirais si j’étais lui. Il y a du moi sans être moi. À part cette chanson, il n’y a rien de vraiment autobiographique. Mais il y a des chansons qui comportent quelques détails personnels.
Des mélodies simples
Parlez nous un peu des musiques
Les gens portent beaucoup d’attention aux paroles alors qu’on a beaucoup bossé pour les musiques. Pour moi, il est plus difficile de faire les musiques que les paroles, ça demande plus de boulot de réflexion. Musicalement, on ne cherche pas le compliqué, simplement des mélodies simples qui se retiennent facilement.
Où peut-on trouver votre album ?
Il y a un réel problème à se faire connaître et se faire distribuer. C’est un vrai casse tête. Les gens achètent moins de CDs. Pour faire cet album, nous avions lancé une souscription. Nous en avons vendu 200 de cette manière. C’est difficile en auto-production d’être distribué. Mais nous sommes présents dans les réseaux Leclerc. Sinon, il reste les ventes lors des concerts, mais là aussi c’est compliqué. Mais nous voyons quelques portes s’entrouvrir.
En concert à la maison de l'université. (D.R.)
- Infos pratiques :
Le 16 novembre, Stan the Flasher est en concert à la Maison de l’Université, 2 place Emile Blondel, à Mont-Saint-Aignan, à 20h
Tarif : 5 euros