(fil-fax 16/11/12)
Une adaptation très impliquée d’Arthur Nauzyciel portant sur un des moments les plus dramatiques de l’histoire de l’humanité, une mise en scène d’une grande sobriété, un solo exceptionnel de Laurent Poitrenaux, le Hangar 23 nous a offert dans le cadre d’Automne un grand moment de théâtre.
Jan Karski est le nom de résistant d’un Polonais chargé par deux émissaires juifs qui l’ont introduit dans le ghetto de Varsovie et dans un camp d’extermination afin qu’il « voit » et devienne « le messager », de diffuser au gouvernement polonais en exil, aux milieux juifs internationaux et surtout aux gouvernements Alliés, trois messages afin que ce qui se passe à Varsovie – l’extermination des juifs polonais par le régime nazi – soit connu de tous. Il ne parvient pas à se faire entendre, notamment du Président Roosevelt qu’il rencontre le 28 Juillet 1943, ce qui constitue le drame de sa vie. Devenu citoyen américain, il a ensuite témoigné devant la caméra de Claude Lanzmann pour le film Shoah . De cet itinéraire personnel hors du commun, Yannick Haenel a tiré un roman dont l’adaptation est le fondement de la pièce.
Une adaptation qui n’est pas seulement un fait littéraire : comme il le fait souvent, Arthur Nauzyciel, personnellement concerné par ce drame s’est rendu plusieurs fois à Varsovie. Il y a répété pour entrer en immersion car, dit-il, « il y a une très grande différence entre dire à quelqu’un qu’il n’y a plus rien à voir du ghetto de Varsovie et le fait qu’il s’en rende compte par lui-même ».
La pièce respecte la structuration du roman de Haenel en trois parties. La première interprétée par Nauzyciel lui-même retrace l’audition de Karsky par Claude Lanzmann. La seconde, appuyée sur la voix off de Marthe Keller et sur une vidéo présentant sans relâche le cadastre du ghetto, se place sous l’angle du récit des faits autobiographique de Karsky. La troisième, la plus longue, réécrit les interrogations de Karsky : « Comment un monde qui a laissé faire l’extermination des juifs peut-il se déclarer libre ? » « Est ce que dieu est mort à Auschwitz ? »
L’interprétation de Poitrenaux y est exceptionnelle.La pièce créée pour l’édition 2011 du festival d’Avignon à l’opéra théâtre de la ville a obtenu le prix Georges-Lerminier du Syndicat de la critique 2012 et Poitrenaux le prix Beaumarchais du Figaro du meilleur comédien.
Les spectacles à venir (jusqu’au lundi 19 novembre)
Vendredi 16
Notre siècle. Fritz the cat/artavazo Pelechian. 20h30. Pont-Audemer, L’Eclat.
Les enfants de Jéhovah. Fabrice Murgia 20h30. Lillebonne, Juliobona.
Samedi 17
Thirteen/shaker Loops. Orchestre de chambre de Genève. 20h30. Louviers, Forum
Lundi 19
66 Gallery. Bérangère Jannelle. 20h30. Le Havre, Les Bains Douches.
Le Sacre du Printemps. 19h30. Rouen, Théâtre des Deux Rives