Ce matin, j’ai ouvert nos débats du Conseil national du PS à la Mutualité. L’occasion, en particulier, de remettre en perspective six mois d’action et de riposter à l’offensive de la droite en France et ailleurs en Europe que le changement en France défrise. La vidéo de mon intervention peut être visionnée en cliquant ici.
Cher Harlem, Chers camarades,
Notre Conseil national se déroule dans un moment particulier.
Et d’abord parce qu’il parachève le premier semestre d’action du Président de la République.
A la veille de son investiture, ici même, le 14 mai, François Hollande était venu remercier les socialistes, nous dire son amitié, et il avait délivré les messages essentiels, ceux qui ne doivent jamais cesser de guider notre action, par-delà les aléas de l’économie, les soubresauts de la vie politique ou médiatique. J’en ai retenu trois : « l’unité a été au rendez-vous, c’est ce qui a permis la victoire » ; « c’est parce que c’est difficile que les Français se sont tournés vers nous » ; « rien n’est possible sans l’appui d’un grand parti ». Tout était dit. Trois préceptes. Trois principes. Nous étions là pour les entendre. Tu étais là, Harlem. Et Jean-Marc Ayrault était là, à tes côtés. Et Martine Aubry était là aussi, Martine à qui je dis ce matin notre gratitude et plus encore notre affection. Et tous nous avons entendu ces principes qui sont la clé des victoires que nous devons désormais construire.
La victoire, c’est celle de l’intérêt général. Celle que nous aurons remportée quand sera redressé le pays, si longtemps affaibli et que, de nouveau, il fera la course en tête parmi les nations qui comptent, une nation de croissance, d’influence, d’indépendance, bref la France – une nation qui ne laisse à personne le soin de dessiner son avenir.
La victoire, c’est celle que nous devons obtenir face au chômage. C’est le drame national. Pas seulement parce qu’il est un drame économique, mais parce qu’il est à l’origine – nous le constatons dans nos territoires et dans nos permanences – de tant de drame sociaux et familiaux.
Enfin, cette victoire, remettre la France en tête, c’est celle qui, au terme d’efforts justement répartis, inscrira la gauche dans la durée. On peut être militants laïcs et espérer la confirmation : celle du Parti socialiste, de ses valeurs, de ses réponses, de ses élus, dans le temps long de l’action, au plan national comme à l’échelon local.
Unité, responsabilité, volonté, c’est le sillon qui a été creusé au cours des six mois qui viennent de s’écouler. 6 mois de gauche après 120 de droite ! Ce n’est pas l’heure de dresser un bilan, mais c’est le moment de constater et d’amplifier un élan.
L’élan, il est visible quand sont recensées les mesures décidées par le Gouvernement et le Parlement.
Elles concernent la lutte contre le chômage précisément, le pouvoir d’achat et les services publics : les emplois d’avenir et bientôt le contrat de génération ; les créations de postes dans l’éducation, la justice, la police et la gendarmerie ; la revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire, le coup de pouce au Smic, l’encadrement des loyers, l’intervention contre la flambée du prix des carburants et le refus d’augmenter celui du gaz, mais aussi l’annulation de la ponction de 13 milliards d’euros qui devait intervenir dès le 1er octobre de cette année, de façon massive et aveugle, sur les ménages modestes et les classes moyennes.
Ces mesures, elles concernent aussi l’esprit de justice. Il prévaut en matière budgétaire : la politique anti-crise n’affiche plus comme priorité la casse de l’école ou de la santé, comme ce fut le cas notamment pendant 5 ans, mais elle repose sur une taxation supplémentaire des plus fortunés et des plus grandes entreprises. Comme l’a noté Emmanuel TODD, « c’est une rupture avec l’idéologie dominante du monde occidental » – ce qui explique, j’y reviendrai, la radicalisation ici et ailleurs de nos adversaires.
Justice sociale avec le décret qui permet aux travailleurs qui ont commencé tôt à partir en retraite dès 60 ans dans un pays où – ce n’est jamais souligné – l’espérance de vie reste de sept ans inférieure pour un ouvrier à celle d’un cadre.
Justice pour moraliser la vie publique, aussi : moi, je suis fier que parmi les premières décisions de l’exécutif aient figuré la baisse de l’indemnité du chef de l’Etat et des ministres, et l’écart de 1 à 20 pour les rémunérations dans les entreprises publiques.
Justice aussi, celle de la République, qui doit prévaloir en Corse, meurtrie par la violence : le ministre de l’Intérieur a justement parlé de sursaut, celui de l’Etat de droit et de la société corse elle-même. Ce sursaut, il n’est pas attendu seulement par nos concitoyens sur l’île, qui aspirent à la sécurité et à la tranquillité. Il est attendu par tous les Français qui peuvent compter sur la détermination totale du Gouvernement pour rendre possible ce sursaut de la loi et du civisme en Corse.
Et puis, il y a des mesures qui font moins la « une » des quotidiens ou le « buzz » sur les réseaux sociaux – des mesures que, parfois, nous-mêmes qui les prenons oublions de rappeler ou de revendiquer. Je pense notamment à la santé, préoccupation de millions de nos concitoyens qui peinent à accéder aux soins.
Faisons savoir que le projet de loi de financement de la sécurité sociale améliorera la prise en charge des personnes âgées et handicapées, qu’il rendra gratuite la pilule contraceptive pour les mineurs, qu’il remboursera intégralement l’IVG, qu’il garantira une meilleure prise en charge des étudiants, des victimes d’accident du travail et des salariés agricoles. Tout cela, c’est pour 2013 ! Tout cela en réalisant plus de 2,5 milliards d’euros d’économies sans aucun déremboursement ! Et tout cela en mettant fin à la convergence tarifaire entre hôpitaux publics et cliniques privées, approche injusteet inapplicable conçue par les ministres UMP successifs.
C’est contre ces progrès – qui ont mobilisé toute la gauche depuis 2002 – que certains ont voté au Sénat avant-hier. Que ces votes « contre » proviennent de la droite, il n’y a pas là motif de surprise. Mais qu’ils viennent d’ailleurs, au sein même de la gauche, il y a là un réel motif d’ahurissement, aux deux sens du mot : étonnement et effarement. Eh bien nous, les socialistes, nous serons volontaires pour d’autres s’il le faut, mais rien ne nous dissuadera d’engager des réformes de structure, d’améliorer la vie quotidienne, de faire des choix de société. Cela vaut en matière de santé comme pour d’autres priorités – infrastructures de transports en Loire-Atlantique comprises ! C’est pour cela que nous avons reçu mandat des Français les 6 mai et 17 juin !
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Mais le changement n’est pas seulement l’inventaire de mesures ambitieuses ou le bréviaire de décisions courageuses. Bien sûr, notre GPS, ce sont les 60 engagements du pacte présidentiel – leur rythme et leur ordonnancement relèvent du Président de la République qui dispose de 5 ans pour agir. Aucune réforme n’est un isolat, aucune avancée n’est un îlot. Toutes s’inscrivent dans un projet global. C’est ce projet global qu’a remis en perspective le Président il y a quelques jours. Et c’est pourquoi notre Conseil national prend aussi tout son sens.
A nous de relayer ce projet qui est au fond semblable à un triangle qui aurait 3 sommets.
Le premier sommet, c’est la réorientation de l’Europe, avec la négociation d’un pacte de croissance que M. Sarkozy n’avait pas demandé sachant que Mme Merkel n’allait pas l’accepter. Avec aussi le rempart face aux attaques spéculatives sur les dettes souveraines – tout cela n’est pas étranger à la stabilisation de la zone euro et c’est à François Hollande qu’on le doit. Il s’agit désormais de passer à l’étape suivante, celle de l’harmonisation fiscale et sociale, de la réciprocité commerciale, de la solidarité communautaire par un budget 2014-2020 favorable à l’emploi et à l’investissement.
Le deuxième sommet du triangle, c’est le redressement des comptes publics. Après dix ans de gestion UMP, ils avaient atteint la zone d’alerte, qu’il s’agisse du déficit de l’Etat ou des comptes sociaux. Depuis six mois, par un collectif budgétaire puis une loi de finances, la France a engagé une trajectoire de réduction des déficits – qui n’est pas étrangère à la détente des intérêts d’emprunts – tout en fixant des priorités – emploi, éducation, logement, sécurité.
Le troisième sommet du triangle, c’est le soutien à la compétitivité de notre économie. C’est le sens du plan annoncé par le Premier ministre et qui comporte 35 mesures destinées à permettre la montée en gamme de nos produits, l’investissement des entreprises, la localisation des activités en France, le financement d’une croissance sociale-écologique. Là aussi, portons avec fierté ce projet d’intérêt national et d’urgence sociale, celui de la reconquête industrielle alors que partout les fermetures d’usines se multiplient et que des centres de recherches sont menacés !
Porter ce projet avec fierté, c’est se souvenir que le projet socialiste que nous avons adopté à l’unanimité s’ouvrait sur l’impératif de production, d’innovation, de formation.
Et porter ce projet avec fierté, c’est être inventifs à l’heure de fixer des garanties au soutien par la puissance publique des marges d’action des entreprises, notamment des grands groupes : présence des salariés aux conseils d’administration mais également sites de production et emplois en France, réseaux de compétences entre donneurs d’ordre et sous-traitants – notamment pour les délais de paiement –, réinvestissement des bénéfices. Entre ceux qui, à l’ultra-gauche, disent « 0 euro pour 0 entreprises » et ceux qui, à droite, ces dernières années, ont multiplié les largesses fiscales sans réelles garanties – aux banques, aux constructeurs automobiles, aux restaurateurs –, nous disons qu’il y a une place pour le contrat. C’est cela, une économie moderne : une économie où l’Etat et les entreprises passent un contrat avec des droits respectifs et des devoirs respectés. C’est la pratique que nous avons, avec succès, mise en place dans nos collectivités et d’abord dans les Régions. C’est en ce sens que doivent continuer d’œuvrer, ensemble, le Gouvernement et nos groupes parlementaires.
Europe en cours de réorientation, finances en cours de redressement, compétitivité et croissance en cours de relance, c’est le chemin de la gauche qui veut agir pour les producteurs que sont les entrepreneurs et les travailleurs, contre les spéculateurs et les boursicoteurs. Alors disons-le avec force : l’économie réelle et la justice sont de retour !
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Alors évidemment, ces changements promis et accomplis défrisent la mèche bien faite des conservateurs. Et c’est une autre raison qui rend le moment que nous vivons si particulier : voilà que six mois après l’alternance, des forces se coalisent pour mettre des bâtons dans les roues du changement. Et le message que nous adressons aujourd’hui à ces forces adverses est simple : nous ne vous laisserons pas faire ! Nous ne vous laisserons pas entraver, caricaturer, ni abîmer le changement voulu par les Français !
Nous ne laisserons pas faire l’internationale des libéraux qui se pavanent devant les photo-montages laborieuses de The Economist ! Pas plus que devant le tapis rouge déroulé depuis Londres aux exilés fiscaux par un Premier ministre abonné à ce journal ! Nous n’avons aucune leçon à recevoir de ceux qui, en 30 ans, ont livré leur pays aux grandes fortunes, privatisé les chemins de fer et les hôpitaux, fait la guerre de Bush en Irak ou, plus récemment, réduit les aides familiales et les allocations aux chômeurs et aux personnes handicapées. Il suffit d’adopter le regard d’un Ken LOACH pour savoir que la bombe à retardement pour les peuples, c’est le déséquilibre entre capital et travail, c’est la concentration dans les mains d’une minorité de l’essentiel de la richesse. Alors oui, en France, en 2013, la plus haute tranche du barème de l’impôt sur le revenu sera relevée à 45 % au-delà des 150 000 euros par part, un vrai ISF sera rétabli et une contribution exceptionnelle sera instaurée à 75 % sur les revenus supérieurs à un million d’euros ! Et oui, en France, dans les prochaines semaines, l’Assemblée nationale débattra de la création d’une banque publique d’investissement pour les PME et les ETI, d’une séparation des activités bancaires pour distinguer activités utiles à l’économie et spéculation, ainsi que d’une réforme de l’épargne réglementée pour financer l’intérêt général et non les intérêts des banques. Notre réponse à The Economist, c’est la réponse socialiste.
De même, nous ne laisserons pas la droite s’ériger en professeur de bonne gestion ni en arbitre des élégances Quand on a endetté le pays, quand on a désindustrialisé les territoires, quand on a précarisé les salariés et les retraités, quand on a opposé les Français entre catégories ou entre générations, un passage par la case modestie s’impose.
Au lieu de cela, ceux qui n’ont pas consacré une demi-journée à s’interroger sur la cause de leur échec dans les urnes au printemps, se livrent à une surenchère d’outrances contre ceux que les Français ont choisis – je pense, notamment, à laviolence des propos dans l’hémicycle à propos du mariage pour tous.
Cette escalade des mots et parfois des gros mots est attisée par le congrès pour le contrôle de l’UMP. Il touche à sa fin. Le suspense est à son comble. Du monde entier et des autres planètes, les médias accourent pour savoir. Voilà que demain on nous promet le résultat du choc de titans. Qui sera désigné, de celui qui fut Premier ministre sans l’être vraiment ou de celui qui ne le fut pas mais qui le voulait tellement ? La vérité est que l’issue ne fera aucune différence sur la nature du parti sarkozyste : désormais, la frontière entre la droite et son extrême est devenue poreuse, spongieuse. Lors du congrès fondateur de l’UMP en novembre 2002, Alain Juppé déclarait, solennel : « Sur la défense des valeurs humanistes, sur le respect dû à chaque personne humaine, quelles que soient ses origines ou sa condition sociale, l’UMP ne transigera pas. » 10 ans plus tard, le même ne pourrait prononcer cette phrase sans provoquer des doutes dans la salle ou à l’extérieur. En écoutant Monsieur Ciotti à l’Assemblée l’autre jour, je me disais qu’on peut parfaitement voter Fillon et parler comme Copé. Le vainqueur demain soir à l’UMP, hélas pour notre démocratie, ce sera Madame Le Pen…
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Voilà pourquoi il y a le Parti socialiste : pour se dresser face aux conservateurs et aux extrêmes et pour réussir le changement au service des Français.
C’est le sens de l’équipe qui sera présentée tout à l’heure par le Premier secrétaire et qui sera au travail dès lundi. Elle travaillera, dans l’efficacité par la collégialité.
C’est le sens des réunions publiques « six mois d’action pour les Français » que nous allons organiser, dans les semaines qui viennent, dans les départements de métropole et des outremers, avec une mobilisation des parlementaires pour relayer les réformes engagées par le Président et le Gouvernement.
C’est le sens des argumentaires qui seront adressés aux militants, dans les fédérations et les sections, pour soutenir l’action de la gauche et riposter à la droite.
C’est le sens du soutien que nous apporterons, en tant que formation politique, à la modernisation de la vie publique, dans le prolongement du rapport de la Commission présidée par Lionel JOSPIN.
C’est le sens des conventions que nous allons organiser, au cours des prochaines années, sur la transition écologique et la croissance, sur la démocratie sociale et les pouvoir des travailleurs dans l’entreprise, dès l’année prochaine sur l’Europe et sa réorientation, conformément au programme fixé par Harlem au Congrès de Toulouse. Le Parti socialiste doit continuer d’avoir une gauche d’avance par les idées !
C’est le sens de la réflexion que nous allons engager avec nos élus et nos militants pour bâtir nos propositions en vue des élections municipales et de la plate-forme commune que nous voulons construire avec nos partenaires du PSE en vue des européennes de 2014.
Enfin, c’est le sens du comité de liaison que nous devons mettre en œuvre avec nos partenaires de la majorité présidentielle afin que prévale la diversité dans la responsabilité.
Voilà pourquoi, chers camarades, notre Conseil national est particulier : parce que le changement est engagé et que le Parti socialiste en est un acteur décisif. « Rien n’est possible sans l’appui d’un grand parti » – à six mois d’intervalle, 14 mai, 17 novembre, c’est le serment de la Mutualité. Il nous motive, il nous oblige. Merci à vous.
