(fil-fax 17/11/12)
Le MuMa du Havre vit à l’heure espagnole. Avec le sculpteur catalan Riera i Arago, les sous-marins volent, les zeppelins naviguent, les avions restent immobiles sur leurs tiges de fer, les îles de bronze teinté s’oxydent. La centaine de sculptures, installations et peintures exposées sont de drôles de machines à rêver, hors du temps, choisies pour s’inscrire parfaitement dans l’architecture transparente et maritime du Musée d’art moderne du Havre.
A l’entrée du musée, dans les bassins, des sous-marins orange fluo se donnent des allures de poissons. A l’intérieur, ils flottent dans l’air (Orange Submarine, 2007 et Colors 2 U, 2008), en apesanteur, insérés dans des filins d’acier, ou bien, accrochés à un mur, se transforment en sept îles Baléares (1997). On voit aussi, alignés, 111 petits avions en bois coloré, anthropomorphiques, tournés dans la même direction. Riera i Arago, un grand enfant de 58 ans ? Dans la lignée de Paul Klee pour qui l’art est parabole, de Joan Miro et sa schématisation symbolique ou de la simplification des formes sculptées en fer de cet autre catalan Julio Gonzalez, l’artiste espagnol explore à l’infini, depuis trente ans, le même vocabulaire formel : une forme oblongue. A l’origine un œil, puis la forme est devenue zeppelin, sous-marin pour explorer les paysages maritimes, enfin doublée, une hélice d’avion. L’artiste y mêle, dit-il, son intérêt pour les machines et pour « les éléments essentiels » de la nature -la mer, le ciel et la terre-, le tout avec des matériaux traditionnels et de récupération (bois, fer, vieux tissu). Ces formes « volent dans mon imagination, dans mes rêves, ce qui me permet de composer des images qui sont comme des paroles pour s’exprimer ». Elles deviennent monumentales avec « l’avion » en fer peint, cinq mètres de haut, acquis par le musée de Ceret pour son ancienne abside de l’église du XVème siècle : son hélice inclinée en avant, il semble marcher pour vous saluer, à votre arrivée. « Le voyage, c’est la vie ». Riera i Arago avoue nager peu et avoir le mal de mer : ses voyages et navigations sont tout imaginaires. Et ce grand enfant vous invite à une contemplation silencieuse, devant ces rochers qui s’oxydent sous l’effet de l’eau (Iles, 2002-2003) ou ces sept sous-marins (Immersion, bronze, 1998) disparaissant progressivement sous l’eau.
• “Le Rêve du navigateur”. Jusqu’au 20 janvier au Musée d’art moderne André Malraux MuMa Le Havre (co-produite avec les musées d’art moderne de Céret et de Collioure). Film de Claude Mossessian (30 mn). Catalogue Riera i Arago Le Rêve du navigateur (Gallimard, 35 €).