©Eddy Brière-Les Films du 24-UGC Distribution
Marc Georges a rencontré Audrey Tautou et Gilles Lellouche, lors du dernier festival de Cannes, alors qu’ils présentaient Thérèse Desqueyroux, film posthume du réalisateur Claude Miller, décédé en avril dernier. Rencontre et échanges avec les comédiens sur ce film qui revisite le roman de François Mauriac narrant l’histoire d’une minutieuse empoisonneuse. Une autre approche de l’œuvre, après l’adaptation de Georges Franju, réalisée en 1962. Audrey Tautou y campe une Thérèse volontaire et déterminée, Gilles Lellouche incarne le mari bourru qu’une sinistre destinée va rattraper.
76actu : Vous souvenez-vous des débuts du projet ?
Audrey Tautou : Non, je ne m’en souviens pas particulièrement, mais Claude Miller m’avait d’abord envoyé le roman de François Mauriac, avec un synopsis pour savoir si j’aurais envie de jouer ce personnage et raconter cette histoire avec lui.
Quelle a été votre réaction ?
AT : Extrêmement pour, parce que j’ai senti que c’était un personnage que l’on ne m’avait jamais offert auparavant, dans un registre différent. J’avais surtout le grand désir de travailler avec Claude Miller, et ce, depuis toujours. Alors, enfin, on arrivait à trouver le moment et l’histoire qui puissent nous rassembler.
Qu’est-ce qui vous touche le plus dans le personnage de Thérèse ?
AT : Ce qui me touche le plus, c’est le fait que malgré sa violence intérieure et son désir de vivre autre chose, finalement, elle se plie toujours au poids des conventions et continue de subir cette éducation qui l’a marquée au fer rouge… C’est ce que j’aime, elle ne fuit pas, elle reste malgré tout, elle fait les choses…
Claude Miller ne juge pas les personnages. C’est cela, les monstres changent de camp au fur et à mesure du film, c’est-à-dire que c’est ni blanc ni noir et finalement, le geste de Thérèse, ce n’est pas parce que son mari est un rustre. Du coup, cela donne beaucoup plus de mystère et de force à la « détestation », car ce n’est pas la faute de Bernard Desqueyroux.
Le personnage de Monsieur Desqueyroux est presque plus complexe, plus attachant dans le film que dans le roman. Cette volonté, Claude Miller vous en a-t-il parlé très vite ?
Gilles Lellouche : Oui, relativement vite, mais je crois que c’était une volonté de ramener le roman à quelque chose de plus cinématographique, de ne pas avoir un point de vue totalement tranché, de ne pas être intégralement du côté de Thérèse, d’essayer d’avoir un peu de compassion pour cet homme. Autrement, le film aurait certainement perdu un peu d’intérêt, donc il avait envie, comme dans tous les films de Claude, d’avoir de la compassion pour tous les personnages, et donc il a voulu rendre M.Desqueyroux un peu moins monolithique, un peu moins bourru, même s’il le reste relativement quand même. C’était une façon, je crois, surtout, de vouloir en faire un homme éperdument amoureux ; ce qui était moins le cas dans le roman.
Comment, vous, Audrey Tautou, femme très actuelle, êtes-vous entrée dans la tête d’une personne des années 20 ?
Audrey Tautou : Je pense que la personnalité de Thérèse n’est pas celle d’une femme des années 20. Sa modernité, son désir d’indépendance la rendent extrêmement avant-gardiste, et je dirais que le fait que le film, se passant à cette époque, donne de la force au contexte bourgeois, à la pression de cette société et du poids au film. Mais le personnage est très moderne, j’ai donc pris cela en considération : il s’est agi de visualiser son esprit intérieur et comment cette violence pouvait exister en elle. On en a beaucoup discuté avec Claude : il m’a envoyé quelques extraits de textes, pas de Mauriac d’ailleurs, qui pouvaient m’inspirer…… Le travail avec lui a été délicat. Ça a été simple : il avait un regard d’une telle acuité qu’il voyait tout ce qu’on lui proposait et on a travaillé beaucoup en amont, on a fait des lectures…. Finalement, quand on arrivait sur le plateau, on avait la responsabilité de nos personnages. On a été très libres et il venait, par petites touches, corriger nos imperfections. Ça n’a absolument pas été laborieux : c’était très léger.
La bande-annonce du film à découvrir, ici :