"Faut-il que je sécurise ma boutique comme une banque ?", interroge Thierry Picard, le patron du Fournil de la Marine.
76actu s’en est largement fait l’écho : au Havre, le nombre de braquages de commerces se multiplient. En quelques mois seulement, une vingtaine de « vols en réunion avec violences » ont été perpétrés dans les commerces et établissements bancaires du Havre et de son agglomération (notre article).
Face à cette recrudescence, la question de la gestion de l’après-braquage s’est imposée, car les commerçants, bien souvent dans l’obligation de maintenir leurs affaires ouvertes, vivent au quotidien avec un important choc psychologique qu’il leur faudrait arriver à dépasser. Y arrivent-ils seulement ?
Thierry Picard, le patron de la boulangerie-pâtisserie familiale – bâti par son père, 50 ans en arrière – Le Fournil de la Marine, a accepté de répondre aux questions de 76actu. Le mardi 20 novembre, à 19h, son entreprise a été braquée par un individu encagoulé qui, pour seulement 100 euros, a aspergé de gaz lacrymogène, et les vendeuses, et la clientèle qui entrait dans la boutique au moment de sa sortie. Ce vol constitue le tout dernier « braquage » connu au Havre.
« Reste en chacun de nous, la violence de leur geste »
« Les choses sont passées si vite. »
Thierry Picard n’était pas dans la boulangerie, au moment des faits. 19 heures : le moment est plutôt consacré au repos ; l’artisan est derrière les fourneaux très tôt dans la nuit. La boulangerie était donc tenue par deux vendeuses. Sept, au total, sont employées par Thierry Picard.
« Il n’aura fallu que trente secondes au gars pour opérer. Il est entré, et sans dire un mot, il a gazé tout le monde avant de s’emparer de la caisse, 100 petits euros au total », raconte-t-il à partir des témoignages de son personnel.
En mai 2010, le boulanger avait déjà été victime d’un même type d’agression.
« Mais le gars était armé cette fois-là. Tout cela pour ne repartir qu’avec 80 euros. »
Dépité, l’entrepreneur l’est énormément.
« Ces gars ne s’imaginent pas le mal qu’ils font. À chaque fois, c’est un véritable traumatisme qu’ils créent car reste bien en tête de chacun de nous, la violence de leur geste. Une violence qui ne s’explique pas pour de si petits larcins. On désespère. »
Depuis le 20 novembre, ses deux vendeuses agressées sont en arrêt, au motif de l’accident de travail.
« Et elles ne veulent plus revenir travailler tant elles sont encore choquées. L’une d’elle est passée hier nous dire bonjour ; elle a été dans l’impossibilité de rentrer dans la boutique. Elle est encore la peur au ventre. »
Sécuriser le magasin comme une banque ?
Thierry Picard et son épouse multiplient en conséquence leurs heures de présence pour préserver l’amplitude horaire d’ouverture du magasin. Ce dernier est ouvert six jours sur sept. « Sauf cette après-midi, nous fermons, nous sommes vraiment épuisés », regrette le commerçant.
Comment envisager l’avenir ? Thierry Picard avoue être démuni.
« La multiplication de rondes de police pour protéger le magasin ne servirait à rien tant les malfaiteurs sont rapides dans leur exécution. Pour l’anecdote, lors de ce tout dernier braquage, la police était dans mon établissement, une poignée de minutes avant l’arrivée du voleur. Elle était venue s’acheter à manger. Et une fois, le vol effectué, elle était de retour quelques instants après. »
Un instant de réflexion et Thierry Picard déclare : « je ne sais pas à ce rythme là, si je vais aller jusqu’à la retraite. Où alors, il faut peut-être que je sécurise mon magasin comme une banque. Imaginez-vous devoir passer un sas pour l’achat d’une simple baguette de pain ? ». Son portable sonne : une livraison l’attend. Thierry Picard repart en tournée comme dans le cadre d’une journée normale. Sauf que tout a changé. L’artisan est bien amer.