Maillon essentiel de la biodiversité, l’abeille est en danger, et au delà, si elle venait à disparaître, l’homme. Menacées en raison de mutations profondes de l’environnement dues à certaines pratiques agricoles inadaptées (emploi abusif de produits phytosanitaires de plus en plus toxiques, remembrement, monoculture, OGM, ensilage…), depuis 1995, près de 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année
Certains depuis longtemps l’ont bien compris, et conscients que la ville pouvait être un sanctuaire pour la préservation de l’espèce, ils y ont installé des ruches pour aider à leur survie.
L’occasion était donc là vendredi soir d’engager durablement Rouen dans une démarche que le Maire de Canteleu, Christophe Bouillon aura été le premier à initier en Normandie. Une délibération présentée par une première adjointe qui aurait pu retrouver là un militantisme d’ancienne élue écologiste, mais que sa conversion socialiste aura réduit à un projet minimum : une implantation de ruches au jardin des plantes et sur le toit de la MJC !
Alors que les apiculteurs sont en demande régulière de nouvelles implantations, que la Ville de Rouen s’est engagée dans une démarche de zéro pesticide dans la gestion de ses espaces verts, nombreux sont les lieux capables d’accueillir les insectes. On aurait donc pu croire la Municipalité plus audacieuse, lorsqu’elle installait en 2010, la banque du miel à Saint Maclou et Saint Sever dans le cadre de Rouen Impressionnée. L’occasion de passer de la Comm aux travaux pratiques était donc là, mais elle n’aura pas été saisie. Des implantations limitées, quand le territoire de la Ville offre de nombreuses opportunités, et surtout, aucun projet éducatif et de recherche en accompagnement.
Éducatif d’abord, quand en parallèle des expositions pourraient être proposées au public, notamment dans les écoles avec l’AREHN, notre muséum d’Histoire Naturelle ou même le parc de Clères fort de la création de son rucher conservatoire.
Dans la recherche aussi, en inscrivant ces rares installations dans le cadre du programme E-Ruche, en adhérant au programme « Abeille, Sentinelle de l’Environnement » de l’Union Nationale des Apiculteurs, afin de sensibiliser l’opinion publique et de fédérer différents travaux scientifiques. Dans ce cadre, depuis 2 ans, le département Mesure Physique de l’IUT de Bourges mène des recherches sur l’instrumentation des ruches afin d’effectuer un suivi en ligne quotidien de différents facteurs liés à l’environnement des abeilles. E-ruche consiste à créer un système pratique de mesures automatiques en temps réel dans une ruche, avec transfert de données via internet. Les paramètres mesurés sont les données météorologiques, la masse de la ruche, sa cartographie thermique, le taux d’humidité, de gaz carbonique, et l’évolution de sa population au cours d’une journée. Les données recueillies sont disponibles en temps réel via internet et permettent d’alimenter une base de données dédiée à chaque ruche. Ce monitoring à distance présente les avantages d’avoir un suivi quotidien de paramètres vitaux, et d’en avoir une traçabilité fiable. La mise en réseau de ruches permet ainsi d’avoir une vision du phénomène CCD à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale.
A Rouen, rien de tout cela. On aurait pu attendre du groupe EELV qu’il pointe lui aussi le minimum de cette délibération. Mais trop occupé à se réconcilier avec le Parti Socialiste, il n’en n’aura rien été. Non, nous auront donc été les seuls. Preuve s’il en faut que l’écologie et la défense de la biodiversité ne sont pas des domaines réservés.
La préservation des abeilles, chez nous, ce sera donc programme minimum. Mais qu’on se rassure, la municipalité annonce tout de même que le miel issu des ruches rouennaise sera estampillé Miel de Rouen, alors…
Comm quand tu nous tiens …