L’ennoblisseur textile Leboucher-Texlibris doit innover pour espérer survivre

(fil-fax 29/11/12)

A Notre-Dame-de-Bondeville, Leboucher-Texlibris perpétue, vaille que vaille, la tradition du textile dans la vallée du Cailly. Cette petite entreprise d’une vingtaine de salariés vient de mettre au point un procédé d’impression numérique sur coton. Jusqu’alors cette faculté de transférer des images sur des vêtements était réservée aux supports en polyester. « Le coton est hydrophile et boit l’eau ce qui ne permettait pas aux couleurs de tenir », assure Francis Macron, PDG de Leboucher-Texlibris. Sa gamme comporte trois modèles de tissus en coton baptisés Maupassant, Flaubert et Malo imprimables avec des encres latex ou en base aqueuse. Grâce à cette nouvelle offre, le patron espère donner de l’air à son entreprise en doublant son chiffre d’affaires qui s’est élevé à 2,8 millions d’euros en 2011. Dans le même registre, il a mis en oeuvre un système permettant d’assurer la traçabilité de produits de marque pour battre en brèche la contrefaçon. « Nous incorporons dans le tissu des microsphères luminescentes invisibles à l’oeil nu qui sont activités par un lecteur », explique-t-il. Il a aussi développé un procédé permettant d’intégrer dans les tissus, par micro-encapsulation, des parfums ou des crèmes hydratantes qui se libèrent par simple frottement.

Né à Fécamp, Francis Macron a racheté cette entreprise en 2005 parce qu’il avait envie de « faire autre chose » après une carrière de cadre financier dans une multinationale de l’eau et de l’énergie. Il avait été séduit à l’époque par le potentiel de cette PME familiale créée en 1865 à Doudeville, dans le Pays de Caux. Elle avait migré, au début du XXème siècle, dans la vallée du Cailly, alors surnommée « le Petit Manchester » pour l’importance de ses filatures, de ses ateliers de tissage et de ses teintureries. Spécialisée à l’origine dans le blanchiment et la teinture des textiles, elle se définissait comme « ennoblisseur textile ». En 1958, elle avait étendu ses activités au domaine des tissus contrecollés pour livres, carnets, étuis et cahiers avec le rachat de Textlibris. Dans les années 1970, elle s’était diversifié dans les sacs en toile de jute pour le transport des pommes de terre et les tissus muraux concurrents des papiers peints.

Mais ces années-là avaient aussi été celles de la montée en puissance de la concurrence de l’Asie du sud-est avec le cortège de délocalisations qu’elle a généré. L’entreprise qui a compté jusqu’à 300 salariés n’a cessé depuis de se restructurer. Mais alors que toutes ses voisines disparaissaient les unes après les autres, Leboucher Textilibris est parvenue tant bien que mal à survivre. « Il nous faut déployer beaucoup d’énergie pour simplement maintenir l’activité », reconnaît Francis Macron. Cette entreprise est aujourd’hui la seule rescapée de l’industrie textile dans la vallée du Cailly où les friches industrielles témoignent d’un passé révolu. Son patron veut toutefois croire en un avenir à condition de miser sur l’innovation et la petite série.

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