Au Havre, à bord du plus gros porte-conteneurs du monde

Un colosse qui pèse 53 000 tonnes !

Un colosse qui pèse 53 000 tonnes !


Impressionnant colosse des mers, le Marco Polo navigue sous pavillon anglais. 396 mètres de long, 54 mètres de large, son tirant d’eau est de 16 mètres ! À son bord, 25 marins seulement mais pas moins de 16 022 conteneurs ! 76actu est monté à bord ce mercredi 19 décembre, au Havre, pour découvrir les coulisses de ce mastodonte d’acier qui s’est amarré, peu avant 7h, ce mercredi matin, lors d’une manœuvre de deux heures…
Mis à l’eau le 5 novembre dernier, le navire effectue actuellement son premier voyage et, nouveauté oblige, ce dernier a été ponctué de nombreuses cérémonies.

« Le commandant a beaucoup de mérite de combiner la navigation et les réceptions qui ont lieu à bord à l’occasion de cette inauguration », souligne Nicolas Sartini, directeur central groupe chez CMA CGM.

Construit au chantier Daewoo en Corée, ce navire sera suivi par deux navires jumeaux qui seront livrés en mars et avril 2013 : le Alexander von Humboldt, du nom d’un explorateur allemand, et le Jules Verne, qui naviguera sous pavillon français et sera baptisé au Havre en juin prochain.

165 000 tonnes de marchandises

Après avoir crapahuté le long d’une passerelle qui semble d’une improbable fragilité face à la masse de ce navire, nous sommes arrivés en salle de pilotage. Face à nous, des murs de conteneurs empilés : « Ce soir, quand il partira du Havre, vers 22 h, le navire sera à son tirant d’eau maximum. À bord, un chargement de 165 000 tonnes de marchandises ce qui est le record mondial de chargement sur un navire porte-conteneurs.»
Le Marco Polo est un navire de la flotte Asie-Europe pour CMA-CGM. Il effectue un voyage de 77 jours, ce qui veut dire que tous les 77 jours il reviendra au Havre.

« Une rotation assez classique sur une ligne Asie Europe. Nous desservons les grands ports chinois et d’Asie (Shangaï, Xiamen, Hong-Kong, Ningbo, Chiwan, Yantian, Port Kelang) et faisons une escale importante à Tanger car c’est le hub qui nous permet de desservir toute l’Afrique de l’ouest. Puis nous entamons la tournée européenne qui est importante avec six ports de charge et de décharge : Southampton, Hambourg, Bremerhaven, Rotterdam et Zeebrugges et Le Havre, dernière escale à l’export », explique Nicolas Sartini.

Et d’ajouter : « Avec le marché Asie Europe, on a souvent en tête l’importation en provenance de l’Asie mais on assiste actuellement à un rééquilibrage entre les flux : le fait que ce navire quitte l’Europe à pleine charge à destination de la Méditerranée, du Golfe et de l’Asie, est un signe intéressant car il faut être en mesure de charger les navires à pleine capacité dans les deux sens. »

L’hommage au Grand Port Maritime du Havre

Deux heures de manœuvre ont permis ce mercredi 19 décembre au navire de s’amarrer au Havre. « On a eu la chance d’assister à cette manœuvre d’approche réalisée de façon impeccable par le pilote, avec l’appui du commandant. » Une manœuvre rapide car « le port du Havre est un port avec un accès aisé par rapport à la route maritime. Le port du Havre présente un tirant d’eau permettant d’accueillir les grands navires. Ce soir, le bateau partira à pleine charge avec un tirant d’eau à 16 mètres. C’est une performance que nous ne pouvons pas réaliser dans tous les ports européens (Le Port de Hambourg a par exemple un tirant 12,60 m). »
Le directeur central groupe chez CMA CGM insiste :

« Il faut que le GPMH continue à faciliter l’accès à ces grands navires car c’est vraiment le gage du développement. Le port du Havre est situé idéalement à l’entrée de la rangée européenne, c’est soit le premier port d’import ou le dernier port d’export et ceci est rendu possible grâce à l’installation actuelle et l’infrastructure intermodale. »

Une exportation diversifiée

Le navire transporte principalement des produits agroalimentaires : du vin, de l’eau minérale, des produits laitiers, des produits réfrigérés, mais aussi des pneus, un navire de plaisance à destination de la Chine. Bref, une exportation très diversifiée. Il est doté de 1200 prises pour les conteneurs réfrigérés mais peut contenir 16 022 conteneurs au total. Ce soir, nous partirons avec 125 00 conteneurs dont 12 000 pleins et 500 vides. »

Un navire plein d’innovations

Ce bateau exceptionnel a été construit lors d’un chantier de 12 mois. « Cela semble long mais finalement c’est peu parce que ce sont des bateaux qui sont construits avec des méthodes industrielles, précise Ludovic Gérard, vice-président et architecte naval au sein de CMA CGM. Ce sont des anneaux qui sont prêts à être assemblés en cale sèche. Tout est monté en un bloc. »

Des mensurations impressionnantes !

La coque de bas en haut mesure 30 mètres ; du bas jusqu’à la passerelle, il y a environ 60 mètres. Du bas jusqu’à la cabine de pilotage, nous sommes à 45 mètres au-dessus de l’eau. Le Marco Polo pèse 53 000 tonnes ! On rappelle sa longueur, 396 mètres ce qui est la longueur de 5,5 Airbus A380 ou une vingtaine de piscines olympiques.
  • Notre visite panoramique :

Puissance du bateau

Doté d’un moteur diesel sur le même principe que les moteurs de voiture, il ne compte pas moins de 108 000 chevaux soit environ 1 000 voitures. Le moteur fait 25 mètres de long 15 mètres de haut et comporte 14 cylindres alignés dans la salle des machines. Le moteur propulse le bateau par l’intermédiaire d’une ligne d’arbre directement couplée sur le moteur à une hélice de neuf mètres de diamètre et pesant une centaine de tonnes.
« Quatre groupes électrogènes pour produire l’énergie nécessaire au navire. Ces derniers produisent 13 000 mégawatts, l’équivalent d’une ville de 16 000 habitants. »

Innovations environnementales

Des efforts ont été fournis pour minimiser l’impact du navire sur l’environnement.

« Que ce soit au niveau des consommations de combustibles et donc d’émission de CO2, quand dans les formes de coques qui ont été optimisées. L’hélice a été tout spécialement conçue et le safran optimisé lui aussi. Le moteur à injection électronique permet de consommer moins de combustibles. Nous sommes déjà en conformité avec les indices d’efficacité énergétique requis en 2025. »

À bord du navire, une machine de traitement des eaux de ballast permet de minimiser l’impact sur la diversité bio marine. « Nous sommes capables de traiter les eaux de ballast puisées dans un port. En déballastant les eaux, on évite de transport des organismes vivants d’un continent à l’autre. »

Sécurité

Ce navire est entièrement automatisé avec une salle des machines sur l’arrière et 3 000 points de mesure intégrés dans un système de monitoring qui envoie des alarmes. « Si un défaut est détecté, un mécanicien intervient alors pour le corriger. » Le Marco Polo compte 25 membres d’équipage : « la moitié de l’équipe est dédiée au service machine, l’autre moitié est affectée au département pont-navigation. » S’ajoutent un cuisinier et un maître d’hôtel.

En chiffres

  • Le tour du bateau fait un kilomètre.
  • Vitesse maximale : 24 nœuds, minimale : 13 nœuds. Vitesse moyenne : entre 16 et 18 nœuds.
  • En 77 jours, le bateau consomme 8 000 tonnes de combustibles (il y a 4/5 ans, le même bateau aurait consommé 10 000 tonnes). On notera que le port du Havre est désormais un point de ravitaillement de plus en plus important pour CMA-CGM. « Un facteur important car très longtemps l’escale de Rotterdam était privilégiée pour son fioul avantageux. Le Havre est désormais compétitif dans ce domaine. »

Tourisme

3 à 5000 touristes embarquent sur ce type de bateaux chaque année !

« Cinq cabines doubles peuvent accueillir 10 passagers qui, pour une centaine d’euros par jour, peuvent voyager de façon insolite. Nous proposons des voyages à la carte. » Les passagers partagent ainsi la vie de l’équipage.

Le Marco Polo repartira ce mercredi 19 décembre vers 22h sans que beaucoup de Havrais aient eu la chance de l’apercevoir en dépit de son impressionnante stature. Qu’ils se rassurent, son frère jumeau, le Jules Verne, sous pavillon français, sera baptisé au Havre en juin prochain. Une belle fête en perspective.

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