Catherine Laboubée raconte la Belle et le Magnifique

L'histoire des PArens de Guillaume le Conquérant, en deux tomes.

L'histoire des parents de Guillaume le Conquérant, en deux tomes.


76actu : Pourquoi avoir choisi d’écrire sur les parents de Guillaume le Conquérant ? Comment est-ce que ce sujet a été traité jusqu’alors ?
Catherine Laboubée : Jusqu’à maintenant, Arlette et Robert, tout illuminés qu’ils sont par leur légende, ont été les « parents pauvres » de l’Histoire normande, relégués au mieux dans quelques pages des livres dédiés à leur fils tout-puissant ou dans un court chapitre d’ouvrages généraux sur les ducs de Normandie.

Une mine d’or

J’ai voulu savoir si cette situation venait du peu de choses à dire sur eux, d’un manque d’intérêt émanant de leur personne. J’ai commencé mes recherches et j’ai découvert une mine d’or : des personnalités riches, avec des vies pas si simples et pavées de rebondissements, et éminemment sympathiques. Cela m’a décidée à me lancer dans cette entreprise, et je ne l’ai pas regretté un seul instant.

Ecrire simplement l’histoire, et de façon accessible, c’est votre volonté. Est-ce un exercice facile ?
C’est ma volonté et cela me paraît assez simple. Enfin, je crois que c’est dans ma nature. Je ne suis pas, sauf pour me documenter dans mon travail, amateur de gros pavés pompeux, destinés exclusivement aux gens que l’auteur estime aussi intelligents que lui pour les comprendre. Cet élitisme me convient fort mal. Ma seule idée est de partager, de faire découvrir aux lecteurs des personnages qu’ils connaissent mal, mais qu’ils ne demandent qu’à connaître ; de leur faire parcourir des routes par lesquelles ils ne sont pas passés et de les faire entrer dans l’univers de ces gens qui vivaient il y a si longtemps.

Le tome II vient de paraître

Le premier tome de La Belle et le magnifique.


La meilleure manière, pour moi, est de les y inviter en leur faisant découvrir l’environnement dans lequel évoluent les héros de cette histoire, leurs coutumes, leur façon de vivre et de penser. Sans oublier un seul instant la rigueur de l’historien, ni le fait que ces gens étaient simplement… des gens, comme vous et moi. C’est pourquoi je me refuse à faire parler des gens du XIe siècle comme dans les comédies de Molière ou à truffer les dialogues de mots normands compliqués pour lesquels il faut consulter un lexique à chaque ligne. Je tiens à ce que mes personnages soient aisément accessibles à tous les lecteurs, sans que la qualité des informations que je leur fournis ne soit compromise. Pas d’effets de manche, pas la peine… À une telle époque, des documents doivent manquer.

Ecrits encore rares

Comment avez vous choisi de traiter ce qui peut apparaître comme des zones d’ombre dans vos recherches ?
Des zones d’ombre, Dieu sait qu’il y en a dans cette histoire, tant les documents écrits sont encore rares, hormis les chartes de fondation d’abbayes – quand nous les possédons encore – et les chroniques souvent bien plus tardives que les faits qu’elles relatent. Alors, on s’en accommode, en essayant de garder la notion qui me paraît la plus importante : le bon sens. Si l’on est sûr de deux faits, mais que la période qui sépare le premier du second est historiquement floue, examinons quel chemin a pu mener de l’un à l’autre.

Si plusieurs hypothèses s’offrent à moi, je choisis celle qui me paraît la plus plausible, tout en prévenant le lecteur que je m’engage alors dans une voie hasardeuse. Là réside la différence entre histoire et roman. Après, à lui de se faire son opinion… Je mets entre ses mains tous les éléments qui lui permettront de se faire sa propre idée.

La belle et le magnifique, tome 1

Le tome II vient de paraître.


Que faut-il retenir de la Belle Arlette, mère du Duc conquérant ?
Avant tout que ce fut une Normande de son temps, ancrée dans la réalité bien que sans doute féminine en diable, et dont l’intelligence lui permit de se garantir, bien que non mariée officiellement à Robert, un avenir et une position sociale qu’elle put transmettre à ses enfants. Après la mort prématurée de Robert en pèlerinage (25 ans, c’est jeune !), elle sut préserver la vie menacée de son fils et le mener jusqu’à la couronne. C’est à elle et à sa famille maternelle qu’il doit d’avoir pu régner sur la Normandie, et non à sa famille paternelle, qui se détourna bien vite de lui. C’est d’ailleurs à la famille d’Arlette que Guillaume réservera la plupart des plus hauts postes du duché, puis du royaume d’Angleterre, en favorisant ses oncles et ses demi-frères.

Quels sont les autres personnages historiques sur lesquels vous souhaiteriez écrire ?
Il y en a tellement !!! Les ducs de Normandie me plaisent bien, et un ou deux d’entre eux me paraissent eux aussi un peu mal lotis par la postérité… Je vais peut-être m’orienter dans cette voie…

Du Moyen-Age aux Dogs

Un autre personnage me passionne aussi, toujours au Moyen-Âge, mais nettement plus tard, c’est Yolande d’Aragon, la « faiseuse de rois » et la protectrice de Jeanne d’Arc. Mais elle a déjà été l’objet de nombreux ouvrages, dont certains très réussis, et ma décision à ce propos reste sujette à hésitations, notamment en ce qui concerne l’angle d’attaque, qui devrait se démarquer de ce qui a été fait jusqu’ici.

Enfin, pour l’instant, je quitte le Moyen Âge pour quelques mois, le temps de finir, d’ici fin janvier j’espère, le livre Too much class…, sur Dominique et Dogs, puis un livre de cuisine (hé oui…) qui mettra en scène un cahier de recettes du début du XXe siècle, assorti de l’évocation d’une dynastie de domestiques, dont la cuisinière en question fut une des actrices…

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