Le Havre est avant tout victime de la "désindustrialisation", selon un adjoint.
Les chiffres de l’Insee sont sans appel pour la ville du Havre, qui, contrairement à Dieppe et Rouen, notamment, perd des habitants (près de 1500 par an, notre article). En tant qu’élu, savoir que la population « fuit » n’est sans doute pas la meilleure des nouvelles. Face à ce phénomène récurrent, quelle attitude avoir ? Quelles explications donner ? Quelles solutions trouver ?
76actu a interrogé Jean-Baptiste Gastinne, adjoint au maire du Havre en charge du développement territorial.
« La perte d’habitants nous fait nous poser des questions, mais pas depuis les derniers chiffres de l’Insee (Ndlr : datant du 31 décembre 2012) puisque cet état de fait perdure depuis les années 70 avec une perte d’environ 1 000 habitants par an.»
« Le Havre est avant tout victime de la “désindustrialisation”. On note une baisse notable du nombre de salariés dans le domaine de l’industrie et aussi dans le secteur automobile », souligne Jean-Baptiste Gastinne. Ceci expliquerait cela. « Voilà qui n’empêche pas la municipalité de miser sur l’industrie qui reste un secteur porteur. Nous mettons beaucoup d’espoirs sur l’éolien offshore (notre article), notamment, qui pourrait générer jusqu’à 1 200 emplois. Même si ce n’est pas demain que nous allons inverser la tendance démographique, nous restons optimistes. »
La ville, par la voix de l’élu, mise aussi sur la rénovation urbaine du Havre : « Je crois sincèrement que ce que nous faisons va dans le bon sens. Augmenter la population serait une bonne chose, la stabiliser serait déjà une première victoire. »
Replacer dans le contexte
Et puis, les chiffres de l’Insee, l’élu souhaite les relativiser :
« Tout d’abord dans le cadre d’un contexte global. En outre, on note que ce sont essentiellement les jeunes qui partent, ce qui nous semble normal. On n’est pas fait pour naître et vivre toute sa vie au même endroit. Il est bien que nos jeunes aillent chercher une expérience ailleurs pour ensuite mieux nous revenir. »
L’élu a aussi une explication par rapport aux « bons scores de Rouen » : « On compte dans l’aire urbaine de Rouen près de 20 000 personnes qui travaillent sur Paris. Tandis qu’au Havre, on en compte un petit millier. S’installer à une heure de trajet de son travail est tout de même plus envisageable qu’à deux heures. Le manque de transports rapides entre Le Havre et Paris est clairement un handicap ! »
Le Havre, ville touristique : l’Arlésienne ?
« Certes, nous n’avons pas les atouts touristiques que peuvent avoir d’autres villes de la région dans ce domaine, car nous sommes avant tout une région de production. C’est à la fois très stimulant mais aussi très concurrentiel car cela nous place dans une situation de dépendance. Mais il me semble que petit à petit nous gagnons du terrain dans une forme de tourisme et s’il reste un gros travail de valorisation à faire, nous avançons. »
Des erreurs dans des programmes immobiliers ?
Quid de ces lofts qui ont poussé comme des champignons dans les quartiers sud, avec pour vocation d’attirer une clientèle « sélect » qui viendrait gonfler (au sens propre et figuré) la richesse havraise ?
« Hélas, certains ont été livrés au moment où la crise démarrait, plaide Jean-Baptiste Gastinne, sans peut-être tenir toutes leurs promesses. Mais, tout de même, ces nouveaux programmes immobiliers ont permis d’accueillir de nombreux nouveaux habitants. »
Quel avenir pour Le Havre ?
« Il faudra être patients avant de recueillir les fruits de nos investissements, mais je reste optimiste car nous avons des perspectives et des projets », affirme Jean-Baptiste Gastinne.
- Vos réactions :
Vous avez été nombreux à réagir suite à l’annonce des derniers chiffres de l’Insee sur nos pages Facebook : 76 actu et Le Havre Infos
Pour Yohan : « Le Havre ne fait rien pour garder ses jeunes. En centre-ville, à 19h, c’est désert ! Réveillez-vous les élus sinon bientôt vous n’aurez plus qu’une ville fantôme !».
Lenny estime que « le problème du Havre, c’est que trop de boutiques vers le Rond-Point sont laissées à l’abandon. Pas assez de vie nocturne, tout est mort à part les boîtes de nuit qui sont dangereuses ! Et de conclure tristement “Le Havre se meurt peu a peu…”
Maud enfonce le clou : « Le Havre devient une ville de braquages, d’agressions, et de pauvreté…»
La faute à la météo ?
Le temps pourrait aussi, selon vous, être une raison à la désertification havraise. Ainsi, Annie raconte : « Je suis arrivée au Havre en 1983, mon ex-mari venait d’être muté , on arrivait de Toulon, sacré changement ! Depuis, les enfants ont grandi, ils ont épousé des Havrais, et nous sommes restés. Maintenant, je ne pourrais pas vivre ailleurs, parce que j’ai ma famille. Le seul hic pour moi, c’est la météo ! Il fait froid ici, même l’été ! »
« Je ne quitterai jamais Le Havre »
Et puis il y a les inconditionnels du Havre : Ludovic reste au Havre « parce que je suis né au Havre, je suis attaché a ma ville, je ne quitterai jamais Le Havre ! »
Alexis confirme : « Le Havre, c’est MA ville et je ne me vois pas ailleurs ! ». Gwénaëlle est « Rouennaise d’origine », mais elle vit au Havre « depuis 14 ans.» « Je suis arrivée pour le travail et mon confort de vie est bien meilleur que sur Rouen. Circulation routière, plage, balades parc et forêt …», liste-t-elle.
« J’aime Le Havre parce que Le Havre est une ville au charme brut, pas conventionnelle, pas carte postale et elle plaît à ceux qui se donnent la peine de sortir des schémas de pensée habituels. C’est une ville pas comme les autres, avec de multiples facettes. On commence à se lasser des poncifs, lieux communs et idées reçues. Les gens quittent Le Havre, pas besoin de chercher pourquoi ! Ses propres habitants ont totalement intégré l’image négative que leur donne l’extérieur… Peut-être qu’ils ne sont pas allés assez souvent ailleurs pour se faire une opinion et pour vraiment comparer et apprécier ce qu’ils ont », écrit Gaëlle.
« 1 500 de perdus, 3 de retrouvés ! »
Tiffany, elle, est arrivée au Havre il y a deux ans « pour le travail. J’aime bien cette ville. Ma sœur est là depuis la même période, elle, c’était pour ses études et maintenant elle s’y est installé, et est en couple avec un non Havrais. Vous voyez, la ville a gagné trois habitants ! », sourit-elle.
Jean-Christophe « reste parce que j’aime Le Havre et que, en plus, je n’en ai pas honte ! Je ne suis pas né au Havre, j’y suis depuis 1987 et j’y suis très bien. Principal défaut de la ville : le complexe d’infériorité de ses habitants. Qui n’a pas lieu d’être. »