La plage de Sainte-Adresse doit-elle être protégée ?

"La plage est à proximité d'une zone d'urbanisation dense. L'ajout de contraintes supplémentaires ne semble pas judicieux", défend Olivier Jougla, l'adjoint en charge du développement durable au Havre.

"La plage est à proximité d'une zone d'urbanisation dense. L'ajout de contraintes supplémentaires ne semble pas judicieux", défend Olivier Jougla, l'adjoint en charge du développement durable au Havre.


Invitée à délibérer sur le périmètre d’extension du site Natura 2000 du littoral cauchois, la municipalité du Havre a émis, en décembre 2012, un avis défavorable, préférant l’exclusion de la plage de Sainte-Adresse de ce nouveau projet. Olivier Jougla, l’adjoint au maire en charge du développement durable, explique les raisons de ce refus à 76 actu.

Rappelons en premier lieu que le site Natura 2000 du littoral cauchois, dont il est question, s’étend à l’heure actuelle de Sainte-Adresse, au nord du Havre, au sud de la commune du Tréport et couvre 3 510 hectares de falaises et d’estrans. Il est l’un des 1 753 sites français du réseau Natura 2000.
En date du 30 octobre 2012, les préfets de Région et de Département, ainsi que le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, avaient invité les instances municipales concernées par le territoire à formuler leur avis sur la modification de son périmètre.

« La réflexion sur la classification de ce site date de 1995 et la définition des objectifs a été officiellement approuvée en janvier 2012 », rappelle la mairie du Havre.

Qu’est-ce qu’un site Natura 2000 ?

« En 1992, au “sommet de la Terre” de Rio de Janeiro, en réponse aux inquiétudes croissantes concernant la diminution de notre patrimoine naturel, l’Union européenne s’était engagée à enrayer la perte de la biodiversité sur ses territoires en créant un réseau de sites écologiques nommés Natura 2000 », détaille, sur son site Internet, le ministère de l’Écologie et du Développement durable.

Ce réseau vise à assurer la survie à long terme des espèces et des habitats particulièrement menacés, à forts enjeux de conservation en Europe. Il est constitué d’un ensemble de sites naturels, terrestres et marins, identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces de la flore et de la faune sauvage et des milieux naturels qu’ils abritent. Désormais, sont prises en compte au sein des zones délimitées, selon des critères scientifiques, les activités humaines, dans une perspective de développement durable. Il s’agit ainsi de concilier les dimensions scientifiques avec les réalités culturelles, économiques et sociales des territoires.

Un problème de cohérence

Pourquoi, alors, la proposition d’extension du territoire de Natura 2000 du littoral cauchois ne convient pas aux élus havrais ?

« C’est la question des limites qui se pose », argumente, d’emblée, Olivier Jougla, adjoint au maire en charge du développement durable, de la santé et du handicap.

Le nouveau périmètre inclut désormais le plateau de Dollemard, au nord de la ville, et se poursuit vers le sud sur toute la façade maritime de Sante-Adresse en s’élargissant au niveau de la plage de cette commune.

« Il s ’arrête ensuite de manière inattendue à la limite entre Sainte-Adresse et le Havre, en plein milieu du front de mer urbanisé », s’étonne la majorité municipale.

La Ville du Havre voit néanmoins deux avantages indéniables dans ce nouveau périmètre.

« D’abord, en incluant dans de plus larges proportions le plateau de Dollemard, ce périmètre vient consolider la vocation de ce territoire pour lequel la municipalité, dans une action menée conjointement avec le Département, entend développer un projet de renaturation », développe Olivier Jougla.

Un projet qui fait lui aussi débat puisque dans cette volonté à redonner au site sa vocation 100% naturelle, certaines activités (un stand de tir, notamment) devraient disparaître ainsi que certaines constructions légères de propriétaires privés.

L’intégration du cap de la Hève dans le périmètre de Natura 2000 est aussi une satisfaction en soi. « Ce site remarquable faisait l’objet d’une stricte protection », insiste l’élu havrais.

Pas de contraintes supplémentaires

La pertinence du nouveau périmètre est remise en question par la municipalité havraise dès lors qu’il s’agit de son arrêt brutal entre la plage du Havre et celle de Sainte-Adresse. « S’il y avait une cohérence, il y aurait tout intérêt à inclure la plage du Havre », développe Olivier Jougla, même si dans un même élan, il se déclare réfractaire à l’inscription de ces deux zones dans le cadre restrictif de Natura 2000.

« Nous sommes en présence d’une plage proche d’une zone urbanisée, dense et organisée et qui développe une politique balnéaire. Il faut être prudent sur l’ajout de contraintes.»

Aussi, la Ville du Havre a demandé un ajustement du périmètre en ce qui concerne sa partie maritime.

« Une délimitation s’arrêtant au niveau du Cap de la Hève, place Maréchal Joffre, à Sainte-Adresse, paraît plus conforme tant au niveau des enjeux de protection de Natura 2000 que d’animation maîtrisée de la plage de la Ville de Sainte-Adresse », défend cette dernière.

Une suggestion que l’opposition municipale n’a pas validée. Le groupe PS-EELV-PRG s’est déclaré, lui, favorable au classement tel qu’il leur a été soumis. « La plage de Sainte-Adresse est au voisinage immédiat d’une zone de forte densité urbaine. Une bonne raison pour la classer  ! ».
D’autant, les élus le rappellent, que le réseau Natura 2000 concilie préservation de la nature et préoccupations socio-économiques du territoire ».

Surprise pour Sainte-Adresse

Contactés sur le sujet, Antoine Vivien, l’adjoint au maire de Sainte-Adresse et Hubert Jean de la Batie, adjoint en charge du développement durable, précisent que la ville de Sainte-Adresse a été la première à émettre un avis défavorable au périmètre soumis. Elle a ensuite été suivie dans sa décision par l’ensemble de la Codah (Communauté d’Agglomération) du Havre.

« L’extension du périmètre du site Natura 2000 Littoral cauchois est un sujet débattu depuis des années, indique Antoine Vivien, et il y a encore trois mois, nous étions tombés d’accord avec les Services de l’Etat pour arrêter le nouveau périmètre au niveau du site exceptionnel de la Hève. D’où notre surprise quand nous avons reçu le document final incluant la plage de notre commune. »

Pour les deux élus, aussi, il n’y a aucune logique à inscrire cette bande littorale dans le périmètre Natura 2000.

« On ne sait pas ce que cela peut induire au niveau du développement de la politique balnéaire de la ville. Nous avons des projets comme la création d’un mini-centre nautique ou encore l’installation d’une cale de mises à l’eau au niveau des épis (NDLR : des épis qui seront totalement remplacés dans un avenir proche). Nous ne voudrions pas que ces projets soient empêchés ou contraints parce qu’ils sont inscrits dans un site Natura 2000. Cette inscription dans le site aurait même une influence sur notre zone de baignade, soumise alors à validation. Nous voulons nous épargner ces contraintes supplémentaires », argumente Antoine Vivien.

Des contraintes qui lui semblent d’autant plus injustifiées qu’elles n’ont pas fait l’objet d’une concertation.

  • Et vous, qu’en pensez-vous ?
Le périmètre d'extension de la zone Natura 2000 apparait en rouge sur la carte

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