Près du Havre, la culture ouvrière à l’honneur

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Depuis neuf ans, la ville de Gonfreville-l’Orcher propose, pendant une semaine, de mettre à l’honneur la classe ouvrière, catégorie sociale qui compose majoritairement la population gonfrevillaise :

« Ce projet de Semaine en culture ouvrière est une demande qui émane du maire, monsieur Jean-Paul Lecoq (PCF), pour rendre hommage à ses habitants. À Gonfreville, il y a un taux très élevé d’ouvriers, pas loin de 7/10 personnes actives appartiennent à la classe ouvrière. Cela s’explique par l’énorme site industriel implanté sur la commune », précise Cédric Lavisse, programmateur de l’Espace Culturel de la Pointe de Caux.

Afin de remettre la culture au centre de la vie, chaque année, la manifestation propose des événements autour de la thématique du travail, de l’emploi, interrogeant la place de l’homme dans le contexte économique :

« Reconquérir le public ouvrier »

« Chaque année, les manifestations proposées mettent en scène ou en situation des difficultés liées au monde du travail. C’est une façon de réfléchir sur la condition ouvrière aujourd’hui. Le défi est, en effet, de reconquérir le public ouvrier. En effet, dans les années 70, les comités d’entreprises (CE) relayaient la culture et incitaient les ouvriers à ouvrir leurs horizons. De nos jours, les CE se limitent souvent à la vente de billets pour des concerts de variétés », note Cédric Lavisse.

L’Espace culturel de la Pointe de Caux, par sa programmation, se donne ainsi pour objectif d’apporter la culture à un public qui en est parfois éloigné : « Ce n’est pas simple, mais on a déjà pu accueillir des spectacles sur la fermeture des usines SEB ou encore sur les licenciements chez Levis. Cette année, nous poursuivons la même idée, tout en nous attaquant au monde de la finance.»

Une comédienne militante aux côtés des Conti

Les spectacles présentés dans le cadre de la Semaine en culture ouvrière sont résolument militants :« Ils correspondent clairement aux idées que la mairie souhaite mettre en avant.» Les derniers spectacles étaient sombres car consacrés aux fermetures d’usines, à la détresse dans le monde du travail, mais, cette année, Cédric Lavisse accueille une programmation particulière avec la venue de la comique Audrey Vernon :

« Souvent, on a été dans une approche dramatique et un peu douloureuse. Quand j’ai découvert Audrey Vernon au festival d’Avignon, cette année, il m’a paru intéressant d’inviter cette comédienne militante qui était aux côtés des Conti lors de leur lutte et qui propose un savoureux spectacle sur le monde de la finance.»

Ce spectacle d’humour était donc une aubaine : « D’abord parce que les spectacles d’humour fonctionnent très bien et attirent du public, mais aussi parce que c’est une façon de traiter l’économie sur le mode de la finance.» Un spectacle qui vise à rappeler l’essentiel : l’argent ne fait pas le bonheur. Les enfants ne sont pas oubliés dans cette programmation :

« Le spectacle Johnny du Tara Théâtre, pour enfants à partir de 8 ans, relate les aventures d’un gamin qui travaille pour nourrir ses frères et sœurs. Ce récit, d’après Jack London, interroge sur la place de l’enfant. Malgré la difficulté du sujet, ce spectacle de marionnettes séduira les enfants par son esthétique et les parents par la réflexion à laquelle il invite », souligne Cédric Lavisse.

Visite d’une centrale nucléaire de Seine-Maritime

Outre ces deux spectacles, cette Semaine en culture ouvrière propose une visite d’un site industriel. Cette année, la centrale de Paluel s’ouvre au public (visite sur réservation et limitée à 20 personnes) :

« Le nucléaire est au cœur du débat actuel. Il est intéressant d’aller visiter un tel site et ainsi de rester en contact avec le monde de l’industrie.»

D’autres événements sont prévus : une exposition-photo par le collectif Zoom en seine revient sur les manifestations anti G8, dans le hall de l’espace culturel, des rencontres autour de l’ancienne cité Schneider, la cité de Mayville, et la mémoire ouvrière de Gonfreville auront lieu à la médiathèque.
Une semaine en culture ouvrière riche en événements et en propositions. Si elle veut remettre l’ouvrier au cœur du dispositif, cette semaine cherche aussi et surtout à encourager et à favoriser l’accès à la culture pour tous.

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