Billet. À Rouen, la galette des rois prise en otage

Des parents se sont inquiétés de la disparition de la galette des rois, dans les cantines de Rouen.

Des parents se sont inquiétés de la disparition de la galette des rois, dans les cantines de Rouen.


Une fois encore, en Seine-Maritime, le débat s’est enflammé, ces derniers jours, sur Twitter, et sur différents blogs (d’extrême droite), et ce… pour une galette des rois, dont le sort a même été évoqué sur France Info, ce week-end !
En fin de semaine dernière, un courriel est parvenu à la rédaction de 76actu :

« J’ai pensé que vous seriez intéressés d’apprendre que les enfants scolarisés à Rouen n’auront pas leur traditionnelle galette des rois à la cantine, afin d’éviter les “ségrégations communautaires”. Cette décision a été prise par la mairie de Rouen et cela semble tout simplement révoltant. J’aimerais que la mairie revienne sur sa décision, et, pour cela, il serait intéressant de médiatiser cette histoire. Je précise aussi que j’avais été surprise de ne pas voir d’intitulé “repas de Noël” sur les menus, bien que l’on pouvait quand même noter qu’il s’agissait d’un repas amélioré… ».

Questionnée sur ses « sources », cette prétendue « mère de famille » (qui souhaitait néanmoins rester anonyme) était catégorique : « Il s’agit de tous les établissements de la Ville de Rouen. J’ai téléphoné à la mairie, demandé le service de restauration scolaire et demandé pourquoi il n’y avait pas de galette, c’est la réponse que m’a fournie la mairie. Il n’y a eu aucune autre information, ni note. »

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« Ce n’est simplement pas le menu le plus équilibré…»

Interrogée par 76 actu, la Ville est tombée des nues. « En réalité, nous ne souhaitions pas servir la galette des rois aux enfants dès le début d’année. Après les repas de famille pendant les fêtes, nous souhaitions les laisser digérer ! Ce n’est pas le menu le plus équilibré. C’est la seule explication. »
Face aux critiques d’une poignée de parents pour qui « on » remettrait en causes « nos » traditions, l’adjointe chargée des affaires scolaires à la mairie de Rouen a finalement expliqué sur les ondes de France Info que 500 galettes des rois avaient été commandées et seraient servies, jeudi 17 janvier, dans les écoles de Rouen… Fin de l’histoire ?
Sur les réseaux sociaux, les commentaires se multiplient :

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Le dessert du jour à la poubelle, « pour l’égalité et la sérénité… »

Sauf que le 29 novembre 2012, au Havre, des milliers de mousses au chocolat, contenant de la gélatine de porc, avaient, elles… été détruites, selon un « principe de précaution » quelque peu précipité, dans une soixantaine de cantines de la ville.

« Des employés (non musulmans) des cantines de la ville nous ont fait part de leur inquiétude au cas où l’information selon laquelle les desserts du jour contenaient de la gélatine de porc arrivait aux oreilles des enfants », expliquait alors Philippe Brunel, le directeur général adjoint au développement social et à la famille, à la mairie.

Par souci « d’égalité et de sérénité », et parce qu’ils n’étaient plus certains que cette crème puisse être servie « partout, à tous les enfants », la décision de changer le dessert du jour, à la dernière minute, avait été prise. Or certaines cantines l’avaient déjà fabriqué, et, faute de pouvoir le conserver, ont donc dû le jeter.

Une laïcité sur le qui-vive…

Que penser de ces « évènements » ? Si l’on apprenait, lundi 14 janvier, dans Paris Normandie, que le Front National « prépare sa stratégie pour les élections municipales de 2014 à Rouen », on peut aussi se questionner, comme l’a fait Le Monde, sur « cette laïcité sur le qui-vive », en France.
« Il existe pourtant plusieurs grandes démocraties – les États-Unis, le Royaume Uni, le Canada, l’Inde, la Belgique, les Pays-Bas – où les “accommodements raisonnables” entre un État laïque et les religions sont courants, même s’ils sont parfois très discutés. Qu’entend-on par là ? Il s’agit de respecter la foi des personnes comme le veut la laïcité : sans agresser la majorité. Un ouvrier peut demander une pause pour prier à son travail, une communauté réclamer la construction d’un lieu de culte, des employés demander à manger halal ou kasher à la cantine, des fonctionnaires demander à porter un turban ou un hidjab. Tous seront écoutés par les entreprises ou par l’État. Des décisions seront prises et justifiées au regard des principes d’une démocratie laïque : respecter la liberté de croyance, ne pas imposer une religion à tous », y note l’auteur de l’article, Frédéric Joignot.

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