La vie (?) nocturne au Havre fait débat.
Récemment, un blog havrais, LHibou, consacrait un article à l’absence de discothèques dans le centre-ville du Havre. Le titre du billet : « Quand l’absence interpelle : à quand une boîte de nuit dans le centre du Havre ? »
Derrière LHibou se cachent des jeunes qui se présentent ainsi : « Nous sommes deux hiboux et une chouette qui aimons notre ville et souhaitons exprimer notre point de vue, qu’il soit bon ou mauvais. » Le groupe déplore que le centre-ville ait été déserté par les bars de nuit et les discothèques. En effet, il n’y a pas si longtemps, la Ville comptait encore des boîtes de nuit en centre-ville : citons Le Duplex (boîte de nuit implantée sur un bateau amarré au bassin du commerce ; l’ancien Cap, qui avait retrouvé vie. En raison du mauvais état du bateau, celui-ci a dû quitter les bassins et disparaître ), Le Del Rio (sous l’Espace Niemeyer) ou encore, dans les années 90, Le Grillon (rue Édouard Herriot) ou encore Le Plazza (boulevard de Strasbourg).
« Cela fait maintenant quelques années que la mairie nous a retiré les dernières boîtes du centre-ville, nous obligeant à migrer dans le quartier de l’Eure qui voit défiler, la nuit venue, des tas de caisses bondées d’une jeunesse enivrée rue des Magasins Généraux », constate LHibou
Recherche discothèque désespérément, au Havre…
Désormais, fréquenter une discothèque en centre-ville, est devenu impossible : toutes se sont implantées rue des Magasins Généraux, non loin des Docks Vauban. Beaucoup avaient misé sur le dynamisme de ce quartier : on y a implanté Le Wab (bar lounge) et d’autres lieux de vie nocturne. Situé non loin du quartier Saint-Nicolas, récemment réhabilité, on aurait pu penser que ce site jouirait de l’implantation d’une nouvelle population, plus jeune et en quête de loisirs et sorties. Mais les lofts du quartier Saint-Nicolas ont peiné à trouver preneurs et les nouveaux habitants n’ont pas suffi à générer un nouveau pôle de vie nocturne.
Ainsi, désormais, la rue de Magasins Généraux abrite les discothèques du Havre, mais certains déplorent ce choix.
« La voiture roule jusque dans la rue des Magasins Généraux. Le faible éclairage l’incite à ralentir. À tâtons, sur la pointe des roues, elle s’immisce enfin entre les crevasses et les flaques d’eaux, car il semble que la mairie souhaite planter le décor jusqu’au bout en laissant en friche les routes qui défoncent les amortisseurs des plus téméraires », commente LHibou.
« La rue des Magasins Généraux, ce n’est pas nous », répond la Ville
Clairement mise en cause par ce blog, repéré par 76actu, la Ville, contactée, répond par la voix de Marc Migraine, adjoint au maire, en charge du commerce, notamment :
« D’abord, il faut rappeler que l’implantation des discothèques ne dépend pas de la Ville. Nous n’intervenons pas dans ce domaine et ne pouvons donc être tenus pour responsables de cette désaffection du centre-ville par les boîtes de nuit.
Par ailleurs, concernant le mauvais état des routes rue des Magasins Généraux et rue d’Iena, je tiens à préciser que leur entretien ne relève en aucun cas de la mairie car cette rue est la propriété des entreprises qui y sont installées. Il n’appartient donc pas à la Ville de rénover ces routes qui sont, il est vrai, en mauvais état… »
Une fois ce malentendu dissipé sur les compétences de la Ville dans le domaine de la voirie, l’élu revient sur le contenu de ce billet et insiste : « La présence ou non de boîtes de nuit en ville n’est en rien le reflet de la volonté de la Ville. Ainsi, Le Duplex et L’Alexia ont été fermés pour raisons de sécurité. Quant au Plazza, la boîte a été transformée en restaurant. La Ville soutient l’activité nocturne au cœur de la ville», insiste Marc Migraine.
« Des fermetures liées à la crise… »
Mais quelle activité ? En effet, de nombreux témoignages recueillis sur les réseaux sociaux dressent un tableau noir de la vie nocturne du Havre, étrange constat pour une ville qui compte « 11 000 étudiants et une université dynamique », comptabilise Marc Migraine. Les commentaires sont sans appel :
« C’est vrai que Le Havre, le soir, c’est mort !», commente Lydi-Lyne. « En général, à partir de 21h, il n’y a plus personne dans les rues », poursuit Laurent. Angela, désabusée, écrit : « Il manque de l’ambiance, déjà qu’il fait rarement beau … au moins, un peu de vie nocturne, cela ne ferait pas de mal ! ».
Les Havrais ont donc bel et bien envie d’une vie nocturne, qui, depuis quelques années, semble s’être éteinte. En effet, les lieux d’attractivité culturelle ont déserté le centre-ville : fini Le Cabaret Électric ; Le Volcan a quitté temporairement son site pour l’avenue Lucien Corbeaux ; la rue Guillemard – ex « rue de la soif » – n’est plus le lieu privilégié des oiseaux de nuit, car, peu à peu, les bars ont fermé. Marc Migraine explique, lui, ces fermetures par des raisons purement conjoncturelles :
« C’est la crise, et le propre du commerce est le turn-over. C’est la loi du marché qui détermine l’implantation commerciale.»
« Il faut être patient »
Ainsi, la Ville ne pourrait-elle pas infléchir la tendance actuelle ? N’existe-t-il pas une politique de la ville qui permettrait d’empêcher les fermetures de commerces et favoriserait l’implantation de nouveaux magasins et lieux de vie ? « Nous favorisons le développement du commerce et favorisons son maintien dans les quartiers. Le FISAC est une aide qui soutient les commerces et permet leur rénovation. Par ailleurs, nous avons beaucoup amélioré les quartiers du Rond-Point et les aménagements ont été nombreux. Cela devrait relancer le commerce.»
Pour l’élu en charge du commerce, il faut donc être patient : « Concernant le commerce, les opérations de soutien sont maintenues et il faut permettre aux choses de s’installer.» De même pour la vie nocturne, il faut prendre son mal en patience :
« Nous avons conscience, à la mairie, que la vie nocturne dans une ville est un facteur d’attractivité. Néanmoins, il faut qu’on nous laisse le temps de finir les travaux entamés. Les lieux achevés relanceront alors l’activité en ville.»
Le Tetris n’est pas non plus en centre-ville…
Marc Migraine cite notamment l’ouverture en 2013 du Tetris : « Deux salles de concert en centre-ville et réunies sur un même lieu. C’est un beau projet », insiste-t-il.
Mais, situé au Fort de Tourneville, ce nouveau site dédié aux musiques actuelles redessine-t-il la géographie de la ville ? En effet, Tourneville n’est pas inscrit au cœur de la ville, car le fort, surplombant Le Havre, est excentré et y accéder à pied n’est pas chose aisée, sauf pour les sportifs et les personnes véhiculées.
Le Tetris, contrairement au Cabaret Électric (qui n’existe plus) n’est donc pas au cœur de la ville, et c’est cette mise à distance des lieux de culture et de divertissement que déplorent certains Havrais. Ce sont des quartiers plus excentrés qui semblent accueillir les nouveaux projets. Même s’il est louable et important de faire revivre des quartiers trop longtemps oubliés, on peut s’interroger sur ces choix d’implantations : le Tetris et l’Électro – projet d’un lieu dédié à l’art dans les quartiers sud – ne sont pas en plein centre-ville (ce fameux centre qu’on peine à définir au Havre), comme s’ils devaient être repoussés pour ne pas déranger la tranquillité de ses riverains.
Vie nocturne et tranquillité des riverains : entente possible ?
En effet, bien souvent, la vie nocturne engendre plaintes et colères des habitants, car il faut, parfois, supporter cris et débordements à l’heure de fermeture.
Au Havre, suite à des plaintes nombreuses pour nuisances sonores, une charte de la vie nocturne a été mise en place en juin 2012, afin de permettre à tous, fêtards et riverains, de vivre en bonne intelligence : « C’est une façon de permettre le maintien de la vie nocturne, tout en prenant en compte le bien-être des riverains. Pour l’heure, il est trop tôt pour dresser un bilan, mais nous espérons que ce texte permettra de ramener le calme et de résoudre les problèmes. Depuis mi-décembre, des médiateurs sont présents dans les bars.» Il semble que la fête ait du mal à se faire une place en ville, mais Marc Migraine pense qu’il faut, encore une fois, s’armer de patience :
« En 2014, rouvriront Le Sirius et le Volcan. La médiathèque au cœur de Niemeyer créera aussi une dynamique. Dans un futur très proche, les choses vont évoluer.»
Plus de policiers dans le quartier des Docks…
Pour l’heure, un seul constat : les boîtes de nuit au Havre ont disparu et celles de la rue des Magasins Généraux ne seraient pas bien fréquentées. D’après Christophe, un internaute : les boîtes des Docks seraient même « dangereuses ». « Chauffeur de taxi, beaucoup de mes passagers se plaignent de ces endroits qui sont “normalement” un lieu de fête», explique-t-il.
Marc Migraine souligne, lui, que les problèmes d’insécurité dans ce quartier « sont en passe d’être résorbés. La “vidéoprotection”, rue d’Iena, a permis de sécuriser les lieux et un effort important a été fait pour intensifier la présence policière.»
Les avis sont donc partagés sur ces questions de vie nocturne au Havre et certains commencent à s’impatienter. Le Havre retrouvera-t-il ses bars et lieux nocturnes d’antan ?
« Franchement, on a beau dire, mais c’était mieux de notre temps à nous les quinquas ! L’Étable, L’Alligator, Le King’s, Le Cap et j’en passe… Tout était réuni pour faire la fête à pied ! Maintenant, les jeunes doivent prendre des voitures et on connaît tous les risques !», se désole Paskal.
Le débat est lancé, voire relancé par LHibou. La vie nocturne au Havre existe-t-elle ? À-t-elle un avenir ? Si oui, quelles actions mener pour rivaliser avec d’autres villes étudiantes qui attirent la jeunesse pour leur dynamisme et leurs propositions multiples en matière de sorties ?
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