Conseil Municipal du 25 janvier 2013
Intervention de Cyrille Moreau
Monsieur le Maire, chers collègues,
Nous avons déjà eu à nous exprimer sur ce sujet à la CREA mais compte tenu de son importance, permettez-moi, au non du groupe des élu-es EELV, d’y revenir.
A ce titre on ne peut que regretter le caractère extrêmement sommaire de la communication faite aujourd’hui en conseil municipal.
En effet, il est impossible de traiter dans un recto verso l’ensemble des enjeux liés à la distribution de l’eau. Par ailleurs, se limiter à la seule commune de Rouen n’a pas de sens car les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières administratives.
A titre d’exemple, vous vous souvenez peut être de la pollution qui a récemment frappé la ville de Bolbec qui a dû fermer son captage d’eau suite à une pollution liée à l’activité de l’entreprise Oril, filiale du groupe Servier. Sachez que la pollution à la N-Nitrosomorpholine ne s’est pas arrêtée à Bolbec mais s’est diffusée, via les failles géologiques du sous-sol jusqu’au captage du Havre.
En matière environnemental il faut toujours penser global si l’on ne veut pas un jour se retrouver dans une impasse.
Ainsi, si on regarde la situation sur Rouen et notre agglomération, on constate que les alertes à la pollution se multiplient. A plusieurs reprises les seuils d’alerte ont été franchis pour les pesticides, les nitrates et même récemment plusieurs communes de l’agglomération ont dû interdire la consommation d’eau à cause de la turbidité.
Ce phénomène n’est pas propre à notre seule agglomération, l’année dernière près de 300.000 seinomarins ont consommé de l’eau polluée.
A chaque fois la Préfecture a accordé une dérogation aux communes pour poursuivre la distribution. Nous sommes totalement opposés à cette gestion de l’eau qui constitue une fuite en avant.
En effet, qu’est-ce qui se cache derrière la notion de dérogation ?
Quand une pollution est constatée, la Préfecture laisse un délai de trois ans à la commune pour y remédier. Dans 95% des cas, les communes n’ont pas résolu le problème au terme des trois ans et le Préfet accorde systématiquement une seconde dérogation de trois ans. Malheureusement une fois sur deux les communes n’ont toujours pas résorbé la pollution au terme de la dérogation ce qui conduit le Préfet à accorder une troisième et dernière dérogation de trois ans. Ainsi, entre la constatation d’une pollution et le retour à la « normale » il peut se passer jusqu’à six ans !
Pourquoi un tel délai ?
Tout simplement parce que les pollutions du type d’Oril dont la source est identifiée sont rares et son plus généralement d’origine diffuse. Les sources sont diverses, pollutions industrielles, résidentielles mais surtout agricoles du fait du modèle productivistes spécifique à la France qui recourt massivement aux nitrates et pesticides.
Si nous continuons ainsi, dans moins de vingt ans notre région sera privée d’eau potable.
Il est urgent d’agir et à ce titre nous condamnons vivement les manifestations organisées par la FNSEA, en France et en particulier à Rouen pour dénoncer la directive nitrate qui vise, timidement, à diminuer l’usage de ce polluant.
Il est urgent d’agir et ne croyez pas que la ville de Rouen sera épargnée sous prétexte parce qu’elle n’a pas d’exploitation agricole et de moins en moins d’activité industrielle sur son territoire.
Comme je le rappelais dans le cas de Bolbec, les polluants circulent dans les sous-sols et passent d’une nappe phréatique à une autre.
En outre, ce phénomène est accéléré par la solution technique utilisée par les pouvoirs publics pour faire face à une pollution. Quand un captage est pollué, on ne le dépollue pas, on le ferme et on connecte la commune à un captage voisin par des canalisations.
Vous comprendrez aisément que cette politique ne mène nulle part, elle n’est pas sans rappeler la stratégie des sauterelles.
Si nous ne voulons pas qu’un jour l’accès à l’eau potable relève du souvenir, il est urgent d’ouvrir le débat en toute transparence et de cesser de minimiser les pollutions quand elles surviennent.
Nous avons le devoir d’informer nos concitoyens sur les origines des pollutions, les dangers qu’elles représentent pour la santé et l’environnement, ce que les pouvoirs publics mettent en œuvre pour y remédier. Plus important, nous devons peser de tout notre poids pour faire changer les pratiques agricoles et industrielles et assumer nos responsabilités. Lorsqu’un captage est pollué, il ne faut pas se contenter de le fermer mais il faut le dépolluer en appliquant le principe du « pollueur-payeur ».
Je vous remercie
L’intervention en PDF