"La Cité Chauvin, 21 arbres coupés, une noue disparue, la rive sud du fossé pluvial largement impactée" commente Pierre Dieulafait
Pierre Dieulafait, élu de l’opposition havraise, prend sa casquette de secrétaire de l’association Écologie pour Le Havre pour se féliciter du fait qu’ « au cours du dernier trimestre 2012, la Ville du Havre a été amenée à refuser des permis de construire en raison, notamment, d’avis défavorables de la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), motivés par la non prise en compte des milieux et des espèces, vivant sur les terrains concernés. C’est une satisfaction pour notre association qui n’a cessé d’attirer l’attention des différents services consultés pour les attributions des permis de construire ».
Corridor écologique
Ces permis de construire avaient été demandés par Dugrand Logistique SAS, la SCI Sohavre et Turbo’s Hoet France qui projetaient d’installer leurs activités au niveau du 379 du boulevard Jules Durand :
« Là où existe un terrain qui appartient à RFF (Réseau ferré de France) qui veut s’en défaire pour qu’il soit loti. Et de préciser : très riche en termes de biodiversité, ce terrain est le prolongement du fossé pluvial de la cité Chauvin, fossé qui a été largement impacté et abîmé lors de la construction de la déchetterie Chauvin. Le fossé pluvial et ce terrain se prolongent en un corridor écologique qui va jusqu’à La Brèque. Il convient donc de le préserver. »
Le maire du Havre, Édouard Philippe, a pris contact avec Arnaud Montebourg
Satisfait donc Pierre Dieulafait, mais pas fanfaron pour autant : « Nous sommes conscients que ces refus de permis de construire, s’ils ont l’avantage de générer une prise de conscience, ne constituent que temporairement un obstacle à la destruction des milieux concernés ». Car il en est convaincu :
« Ce n’est pas de gaieté de cœur que la Ville a été amenée à les refuser. Le maire du Havre, Édouard Philippe, a pris contact avec Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, invoquant la nécessité du « redressement industriel » du Havre concernant ce dossier. »
Effectivement, ce courrier en date du 16 octobre 2012, adressé par Édouard Philippe au ministre du Redressement productif argumente sur l’impératif de compétitivité des entreprises dans un contexte de crise économique.
« L’avis négatif de la DREAL sur trois permis de construire au motif qu’il faut protéger les tritons orvets, lézards et oiseaux sur un espace laissé en friche (dit en substances le courrier du maire) va retarder d’au moins 8 mois la date de démarrage des travaux, ce qui aura pour conséquence, des difficultés majeures pour les entreprises qui ont des contraintes et baux…»
Méfiant, très méfiant Pierre Dieulafait : « On a de quoi l’être après le massacre des zones refuges pour le Grand Stade tout comme celui des terrains agricoles du Grand Hameau. La ville s’enorgueillit de projets tels que son Agenda 21 mais nous attendons toujours les mesures compensatoires du Grand Stade… Quand il faut passer aux travaux pratiques pour protéger la biodiversité, c’est plus difficile que de proclamer qu’on le fait dans des documents de communication destinés au grand public. »
Edouard Philippe, maire du Havre, écrit à Arnaud Montebourg
Ce qu’en dit la CODAH
« J’invite Pierre Dieulafait à prendre ses chaussures de terrain et à se rendre sur place pour voir ce qu’il en est ! commente Jean-François Caux, directeur adjoint de la CODAH. Nous nous étions engagés sur 200 000 euros en termes de mesures compensatoires, nous en sommes à 400 000. En outre, un comité de suivi de faune/flore sur la zone Grand Stade, composé de membres des associations écologiques et de professionnels, surveille, conseille. Ce site, rappelons-le, en est toujours au stade expérimental. »
Le directeur adjoint de la CODAH refuse d’entendre parler de « massacre, quand personne n’a été capable de prévoir ce qui allait se passer en termes d’équilibre de la biodiversité. Il faut faire preuve d’honnêteté intellectuelle ». La CODAH nous a adressé le Rapport annuel 2012 des suivis naturalistes des mesures de compensation du chantier du Grand stade du Havre. Un document d’une centaine de pages, très complexe, rédigé par plusieurs prestataires dont l’Office National des Forêts. Il en ressort d’une façon très synthétique qu’effectivement la construction du Grand stade a eu un impact défavorable sur l’environnement :
« mais, tiens à préciser Stéphane Milien de la CODAH, les aménagements réalisés ont d’ores et déjà permis à des espèces de revenir. Il faut laisser du temps au temps ; il ne s’est écoulé que six mois depuis la fin du chantier mais nous avons des signes encourageants. Le comité de suivi aura à cœur de faire valoir toutes les préconisations pour améliorer et adapter les aménagements en cours afin de continuer à favoriser le retour des espèces ».
À suivre donc.