L’agglo du Havre contrainte de retapisser le joyau décrépi de Jean Nouvel

(fil-fax 16/02/13)

Dix mille mètres carrés de mosaïque à remplacer, huit mois de travaux pour une facture de 7,4 M€ : cinq ans seulement après leur ouverture, les Bains des Docks signés Jean Nouvel font l’objet de travaux engagés par la Communauté de l’agglomération havraise. Et ce, sans attendre la conclusion de l’expertise judiciaire en cours.

Deux mois après son inauguration le 17 juillet 2008, quai de la Réunion, le complexe aquatique de 5.000 m2 de bassins blancs aux allures de thermes romains jouant avec la lumière naturelle présentait ses premières malfaçons : les carreaux de pâte de verre se décollaient sous les pieds des baigneurs. Si le geste architectural fait l’unanimité, les défauts de fabrication s’alignent : mosaïques décollées, peintures écaillées, murs fissurés, traces de moisissures. Le 5 février 2009, la Codah, maître d’ouvrage (1), lançait une requête en référé aux fins de désignation d’expert devant le tribunal administratif de Rouen, « en vue notamment de constater et décrire les désordres affectant le complexe aquatique, rechercher les causes des désordres et proposer les mesures susceptibles d’y mettre fin ».

Pas facile. Les acteurs mis en cause sont nombreux : Les Ateliers Jean Nouvel, maître d’œuvre, et les sociétés SERO, CET Ingénierie, GEC Ingénierie, Arcora, Avel Acoustique, Ingélux. L’exécution du marché a été confiée à Quille (Bouygues) et Hervé Thermique. Pour Nouvel, « il s’agit d’un problème de qualité, tant du point de vue du matériau que de la colle utilisée ». L’expertise est en cours. En attendant la conclusion, la Codah a décidé de lancer les travaux de reprise. La procédure du « dialogue compétitif » lui a permis de choisir Sogea (Vinci) parmi quatre groupements d’entreprises candidats. Adieu donc, la pâte de verre italienne : elle s’est avérée « incompatible avec la destination de l’ouvrage », commente Jean-François Caux, directeur général adjoint de la Codah. 10.000 m2 de mosaïque vont être remplacés par des carreaux de grès cérame blanc. Leur format (30×30 cm) va être adapté au lieu : une trame de 20×20 mm, taille des carreaux en pâte de verre, est réalisée grâce à un sciage à mi-épaisseur. Et Jean Nouvel ? « Etonnamment discret », s’étonne Jean-François Caux. Lequel ne mâche pas ses mots : « Egocentrique, buté voire borné », l’architecte se serait entêté dans la solution de la pâte de verre. Et, depuis, n’aurait communiqué « aucune proposition technique pérenne ». Initiés en janvier, les travaux devraient durer huit mois, « avancés » par la Codah à hauteur de quelque 7,4 M€ HT (2), dont 53% pour le carrelage. Depuis, le bel ouvrage a disparu du site Internet des Ateliers Jean Nouvel.

(1) Le complexe aquatique avait finalement coûté environ 25 M€, principalement financés par la Codah (15,9 M€), le reste par la Région de Haute-Normandie (2,6 M€), la Ville du Havre (1,3 M€), les fonds FEDER, le CNDS, la FNADT et le Département Seine-Maritime.

(2) Pour mémoire, le coût de la réparation du pont Mathilde à Rouen (démontage et remontage compris), est estimé à 8 M€ (fil-fax 30/01/13)

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