Réserve naturelle de l’Estuaire : le râle des genêts et des écologistes

(fil-fax 19/02/13)

La mare plate, zone humide © Marie Girard

Deux ans de procédures judiciaires, menaces et dépôt de plainte : le nouveau plan de gestion de la réserve naturelle de l’Estuaire de la Seine, qui doit être finalisé d’ici le 1er juillet, s’élabore sur fond de tensions. Les associations écologiques réclament l’application des décrets de création de la réserve et déplorent « une pression de chasse excessive ».

Très sollicitée, la réserve naturelle de l’Estuaire de la Seine. Ses 8.528 hectares de champs, prairies humides, vasières et roselières sont convoités par agriculteurs, éleveurs, coupeurs de roseaux, chasseurs, pêcheurs, développeurs du port du Havre. Et défendus par les protecteurs de l’environnement. Résultat, de multiples usagers : les uns font paître leurs bovins, cultivent le maïs et fauchent l’herbe, d’autres chassent la sarcelle d’hiver ou le canard, coupent les roseaux, pêchent la crevette grise, construisent des digues ou encore défendent le butor étoilé ou le râle des genêts. De son côté, la fédération Haute-Normandie Nature Environnement (HNNE) brandit régulièrement les protections de l’Europe, via les directives Oiseaux et Habitats. Et s’appuie sur le décret de création de la réserve du 30 décembre 1997 qui rappelle la vocation de la réserve : « Sauvegarder la diversité biologique d’un ensemble de milieux estuariens. » A l’appui, les plans de gestion, gérés par la Maison de l’Estuaire, comprennent des cahiers des charges précis portant sur l’entretien des mares cynégétiques, les pratiques agricoles, la coupe des roselières, les niveaux d’eau, la pratique de la chasse…

Mais voilà. Le second plan de gestion proposé par arrêté du 9 octobre 2009 aurait été au final fort modifié par le préfet de la Seine-Maritime. En négligeant notamment la réduction de la pratique de la chasse. Recours de HNNE, en avril 2010. Mai 2012 : le tribunal administratif de Rouen annule le plan de gestion. Appel (systématique) du ministère de l’Ecologie. En janvier 2013, la Cour d’appel de Douai décide que l’arrêté de 2009 est illégal, notamment pour avoir « méconnu l’objectif de réduire la pression exercée par la chasse, fixé à l’article 9 du décret du 30 décembre 1997 ».

« Injustice », selon les chasseurs qui protestent contre l’augmentation de la zone de non chasse qui implique la suppression de 25 des 207 gabions et contestent la justification scientifique de cette diminution. Le 2 février, une poignée de promeneurs a dû rebrousser chemin, lors d’une sortie nature de la Maison de l’estuaire, face à 70 chasseurs en colère. Le soir même, des hommes masqués surgissaient dans une conférence sur l’avenir de l’estuaire. Menaces, jets d’œufs : SOS Estuaire et Ecologie pour Le Havre (EPLH) ont porté plainte. Une sortie prévue dimanche a été annulée. « Des moyens d’action regrettables quand le processus s’est engagé pour réécrire le plan de gestion, déplore Michel Coletta, administratif EPLH. Il s’agit seulement de respecter un décret. » La Fédération départementale des chasseurs a condamné la méthode mais les chasseurs ont appelé à une manifestation nationale le 25 mai. Les groupes de travail, constitués des usagers de la réserve, comités scientifiques, associations écologistes doivent reprendre leurs réunions en mars.

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