(fil-fax 23/02/13)
Le rapport d’information « Déserts médicaux : agir vraiment » adopté le 5 février par la commission du développement durable, des infrastructures, de l’équipement et de l’aménagement du territoire du Sénat tente d’apporter des réponses pragmatiques aux inégalités croissantes dans la répartition territoriale de l’offre de santé. Son rapporteur, le sénateur de l’Eure Hervé Maurey (UDI) et maire de Bernay y prône 16 mesures « indispensables » et « volontaristes » dont la « régulation » des choix à l’installation des jeunes médecins. Une option aussitôt repoussée par la ministre de la Santé.
Le nombre total de médecins n’a jamais été aussi élevé en France alors que les écarts de densité départementaux varient de 1 à 2 pour les médecins généralistes libéraux (101,2 médecins généralistes pour 100.000 habitants dans l’Eure contre 226,9 à Paris) et de 1 à 8 pour les spécialistes et les autres professions de santé. Dans ce contexte, il serait ainsi nécessaire d’adapter les études de médecine comme d’appréhender différemment l’accès aux soins. Côté formation, la commission veut diversifier un enseignement « aujourd’hui centré sur la pratique hospitalière ». Il conviendrait d’introduire dès le début du cursus universitaire de nouveaux modules (communication, psychologie, bioéthique, économie de la santé), formations sensées mieux responsabiliser et rendre plus autonomes les futurs médecins. Une quatrième année dite professionnalisante devrait être imposée en fin de troisième cycle aux étudiants en médecine générale. « Sans tabou ni a priori » mais avec « le souci de l’intérêt général », le rapport préconise également d’étendre aux futurs médecins le système de régulation à l’installation déjà en place dans les professions paramédicales.
Interrogée par la commission, la ministre de la santé, Marisol Touraine, a exclu tout recours à la coercition. La ministre a estimé que celle-ci serait « injuste à l’égard des jeunes praticiens, qui porteraient seuls les conséquences de problèmes qui leur sont antérieurs ». Sur l’accès aux soins, le rapport défend notamment la mise en place de transferts de tâches entre les différentes professions de santé. Les infirmiers, par exemple, pourraient se voir confier l’accomplissement d’actes aujourd’hui médicaux comme les vaccinations « au lieu de se trouver cantonnés à des soins d’hygiène et de confort ». Dans le même esprit, les pharmaciens pourraient contribuer au suivi des patients atteints de maladies chroniques.
Un questionnaire a été adressé à des médecins dont 452 du département de l’Eure. A la question vous paraît-il pertinent de revoir le partage des tâches entre les médecins et les professions paramédicales, les “pour“ ont admis que la prise en charge globale du patient est trop vaste pour le seul généraliste. Les “contre“ ont pointé le risque élevé d’erreur médicale. Recommandé par le rapport, le développement de la télémédecine est majoritairement rejeté par ces médecins. Trop risqué en termes de diagnostic en dissociant l’interrogation et l’examen clinique.
• Le rapport complet : http://www.senat.fr/rap/r12-335/r12-335.html