En décembre, près 150 éducateurs de rue avaient "squatté" le hall de l'Hôtel du Département. (DR)
Le 17 décembre 2012, le budget alloué par le Conseil général de la Seine-Maritime à la prévention spécialisée a été divisé par deux. De 6,8 millions d’euros l’an passé, il ne sera plus que de 3,4 en 2013. La conséquence directe de cette cure d’austérité ? Le licenciement économique (pris en charge par le Département) de 80 personnes, tous salariés de neuf associations reconnues dans le champ de l’action sociale et qui vivent en grande partie des subventions départementales.
Outre la baisse des dotations, les structures de Seine-Maritime sont invitées « à recentrer leur travail sur les jeunes de 13-18 ans ». Et, in fine, de laisser tomber les jeunes actifs et les familles.
Des procédures de licenciements déjà en cours
Le jour du vote, près 150 éducateurs de rue avaient “squatté” le hall de l’Hôtel du Département. Sans réussite. Un collectif de lutte a été créé en début d’année. Première victoire : l’invitation du Conseil général, vendredi 15 février. Sophie Courtois et ses collègues ont vite déchanté.
« Le rendez-vous avec Nicolas Rouly (Ndlr, le vice-président à l’Action sociale) et le directeur de cabinet de Didier Marie, le président du Département, était empreint de dédain et de mépris », raconte l’éducatrice, salariée à l’Aspic à Saint-Étienne-du-Rouvray. Nous avons été escortés par des vigiles. Ils se moquent de l’impact de leur politique sur nos territoires. »
La réunion a simplement confirmé « le grand saut » du Conseil général en matière de prévention spécialisée. Fin de non-recevoir . « Ils ne veulent pas bouger. Il n’y a eu aucune concertation, regrette Sophie Courtois. Après l’insertion et les centres d’hébergement, le Département continue la casse… »
Elle dit avoir déjà recueilli 3 000 signatures depuis le lancement d’une pétition. Des anonymes. Des élus aussi. Communistes et écolos en première ligne. « Il y en a de droite aussi. » Ceux de la majorité PS feraient, eux, « profil bas », selon Sophie Courtois.
« Maintenant, il faut arrêter d’être gentil ! »
Si, pour l’instant, les opérations menées par le Collectif sont restées sympathiques, Sophie Courtois prévient qu’elles pourraient rapidement se muscler :
« Les associations, elles existent depuis cinquante ans. On ne lâchera pas. Nous allons lutter juridiquement (Ndlr, non-respect du fait associatif et de l’annexe 14 et du référentiel de la prévention spécialisée, etc.), médiatiquement, et politiquement ».
Allusion directe aux prochaines échéances électorales. Où les éléphants socialistes pourraient perdre quelques plumes. Alors la bataille n’est pas perdue, pense l’éducatrice. Elle et ses camarades réfléchissent d’ailleurs à l’organisation de futures manifestations. Pendant les six heures de la prévention spécialisée par exemple.
Et la salariée d’annoncer : « Maintenant, il faut arrêter d’être gentil ! »
Julien Sureau
Du lundi 18 au vendredi 22 février, France Inter a consacré l’émission Carnets de campagne à la Seine-Maritime. Le journaliste, Philippe Bertrand, a interrogé la présidente de l’Aspic, Gyslaine Morrow.