Les pilules 3e et 4e génération, un nouveau scandale sanitaire ? ©Fotolia.
C’est la plainte de Marion Larat, 25 ans, contre les directeurs généraux des laboratoires Bayer et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) à la suite de son accident vasculaire-cérébral, qui a mis le feu aux poudres.
La Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux de la Région Aquitaine a reconnu que cet accident était lié à la pilule contraceptive. Depuis, le débat autour des pilules 3e et 4e génération ne cesse d’agiter les milieux médicaux. Pour répondre aux inquiétudes des femmes, le gouvernement a mis en place, le 23 janvier, un numéro vert (donc gratuit, mais seulement d’un poste fixe) pour répondre aux questions sur les pilules de troisième et quatrième génération : le 0 800 63 66 36.
Le Ministère de la santé y recommande de s’orienter vers les pilules de 1ère et 2e génération.
La pilule, un danger ?
Ce sont en effet les pilules 3e et 4e génération qui sont au cœur du débat. Les pilules 1ère et 2e génération ne sont pas concernées. Comment reconnaître les pilules qui représenteraient un éventuel danger ? Seules les pilules contenant un estrogène feraient courir un risque pour la santé.
La pilule progestative (au progestogène) seule ne génère aucun risque thrombo-embolique. Il est recommandé aux femmes qui prennent – depuis moins de deux ans – une pilule de 3e ou 4e génération de consulter leur gynécologue et de lui demander de prescrire une pilule de 2e génération.
Les premiers symptômes apparaissent dans la première année : douleurs thoraciques, essoufflements. Quant aux femmes qui ont plus de 35 ans, fumeuses, il est clairement recommandé de recourir à un autre mode contraceptif ou d’arrêter le tabac.
Outre l’alerte sur les pilules de 3e et 4e génération, l’ANSM, suite à une récente étude, met aussi en garde contre le patch contraceptif EVRA :
« Cette analyse confirme un risque de thrombose veineuse jusqu’à deux fois plus élevé chez les femmes utilisant le contraceptif EVRA que chez les femmes utilisant un contraceptif oral combiné (COC) de 2e génération contenant du lévonorgestrel.»
Pour connaître la génération de la pilule prescrite, il est recommandé de consulter le tableau de l’ANSM. Le site renseigne également sur les autres modes de contraception et leurs dangers potentiels.
Le silence coupable des médecins, dénoncé par Martin Winckler
Sur ces questions de santé publique, les praticiens et gynécologues refusent, pour la plupart, de s’exprimer. Professionnels de l’hôpital Jacques Monod au Havre ou encore médecins de ville, ils n’ont pas souhaité répondre aux questions de 76 actu.
Le docteur Marc Zaffran, connu sous le nom de Martin Winckler, auteur de La maladie de Sachs et du Chœur des femmes, anime sur la toile un site dédié à la santé féminine. Le gynécologue français exilé à Montréal a accepté de répondre à 76actu. Entretien.
76actu : La France est actuellement agitée par différentes plaintes déposées contre les pilules de 3e et 4e génération. Ces types de pilules devraient être prescrites dans des cas bien précis, mais il s’avère que les gynécologues les privilégient aux dépens des pilules 1ère et 2e génération, pourtant aujourd’hui recommandées par le Ministère de la santé. Les 3e et 4e génération sont-elles vraiment dangereuses ?
Martin Winckler : Il ne s’agit pas de diaboliser toutes les pilules et d’en faire une question de « spécialistes », malgré le bruit que provoque le débat actuel sur les pilules de 3e et 4e génération. Toutefois, la pratique plus que désinvolte d’un trop grand nombre de médecins leur a fait oublier que certaines pilules ne devraient pas être prescrites comme première contraception.
Car le risque est alors élevé de voir survenir un accident thrombo-embolique. La pilule progestative seule n’entraîne aucun risque thrombo-embolique, ce sont les pilules contenant un estrogène qui font courir un risque. Sur ces questions, je vous renvoie aux articles que j’ai publiés sur mon site : j’y fais le point sur la « dangerosité » des pilules.
76actu : Diane 35 va être retirée du marché. Que dire aux femmes qui ont pris ce médicament, pensant que c’était un contraceptif et qui apprennent aujourd’hui que la pilule était logiquement destinée à traiter l’acnée ? Comment rétablir une confiance ainsi ébranlée ?
M. W. : Cela va être difficile… Mais c’est seulement l’un des symptômes du manque de confiance : quand on refuse de répondre aux questions des femmes et de leur proposer toutes les méthodes, on ne mérite pas leur confiance.
Ce que les femmes découvrent avec cette histoire, c’est ce dont elles se doutent depuis longtemps : des médecins français sont incompétents et traitent les femmes par le mépris. Ainsi, beaucoup de médecins (70 % des gynécos) refusent de poser des DIU (Dispositif intra-utérins, communément appelés stérilets) aux femmes sans enfant, ce qui indique le niveau de cette incompétence, et leur refus d’aller plus loin pour répondre aux besoins des patientes…
D’autres méthodes contraceptives moins nocives ?
76actu : Outre le stérilet, les implants et le préservatif féminin sont également des moyens à disposition des femmes. Pourquoi n’en fait-on pas plus la promotion ?
M. W. : Parce que cela prend du temps d’expliquer tout ça et de répondre aux questions. Et les médecins préfèrent marquer le nom d’une pilule, et encaisser. Ça va plus vite. Et on voit plus de patientes comme ça. Comme s’ils étaient des ouvriers payés aux pièces… C’est scandaleux.
76actu : Pourquoi les médecins refusent-ils de se positionner sur ces problèmes, conduisant les femmes au trouble et au questionnement ?
M. W. : Parce que le plus souvent, ils réagissent de manière corporatiste. Personnellement, je me sens d’abord solidaire des patient(e)s, ensuite seulement des médecins. Il y a beaucoup de médecins dans ma situation, mais nous sommes moins nombreux que les autres.
Alors, évidemment, quand on interroge beaucoup de praticiens, ils ont tendance à fuir ou à se taire pour faire «corps» avec leurs confrères. C’est contraire à l’éthique, c’est corporatiste, c’est un réflexe de classe. C’est insupportable.
Une bonne gestion ministérielle ?
76actu : Depuis le Canada, comment regardez-vous ces problèmes de santé publique ? Que pensez-vous de la gestion de ces derniers par la ministre de la Santé ?
M. W. : Je pense qu’elle s’y prend très mal. Au lieu de s’allier les médecins, qui, objectivement, auraient pu l’aider, elle se met tout le monde à dos en les traitant de nantis, alors que beaucoup bossent 150 heures par semaine et n’ont pas le temps de voir leurs enfants grandir.
Sa méconnaissance des problèmes est grande, et ça ne présage rien de bon. Je me demande qui lui sert de conseillers… Bref, je suis assez atterré par ses attitudes.
76actu : Pensez-vous que le numéro Vert mis en place par le ministère de la Santé puisse suffire à rassurer les femmes ?
M. W. : Je pense que l’internet sera beaucoup plus utile. Les femmes n’ont pas seulement besoin d’être « rassurées », mais elles ont besoin d’informations claires données par des gens qui ne les traitent pas comme des demeurées. Ça va demander du travail.
Un manque de dialogue et un manque de confiance
76actu : Peut-on expliquer ce manque de communication par la crainte de voir une augmentation des interruptions volontaires de grossesse, IVG, (suite à une interruption inopportune de la pilule) et donc, à long terme, de voir une remise en question du droit à l’avortement ? Craint-on une répétition du cas britannique où, suite à la médiatisation, de nombreuses femmes avaient arrêté la pilule et s’étaient donc exposées à une grossesse non désirée ?
M.W. : Je trouve cet argument insupportable pour deux raisons. Premièrement, ça présuppose que les femmes sont idiotes en voulant arrêter ; or, ce qui pose problème, c’est qu’une femme qui veut changer de contraception (quel que soit le motif) ne trouve personne pour lui en prescrire une meilleure (ou pour lui expliquer qu’elle n’est pas à risque, puisque toutes les utilisatrices de pilule de 3e et 4e génération ne le sont pas).
Savez vous que je continue à recevoir des messages de femmes françaises qui me demandent, à moi qui vis au Canada, si je connais un médecin en France qui accepterait de leur poser un DIU alors qu’elles n’ont pas d’enfant ? Je trouve insupportable qu’elles n’aient personne vers qui se tourner. S’il y a un retour des IVG, ce sera à cause de l’incompétence des médecins, pas de la faute de la décision des femmes.
Sans oublier que la vérité vaut toujours mieux que le mensonge. Les médecins ne devraient jamais mentir ou donner des informations frelatées. S’il y a une résurgence des IVG, ce ne sera pas la faute des femmes, ou de ceux qui ont tiré la sonnette. Ce sera la faute de ceux qui ont menti et prescrit n’importe quoi. Quand on a découvert, en Amérique du Nord, que le Distilbène provoquait des malformations graves aux enfants des femmes qui en avaient reçu pendant leur grossesse, on l’a interdit. C’était en 1970.
En France, les médecins ont continué à en donner jusqu’en 1977 ! Qui est responsable de cette catastrophe ? Les femmes qui ont pris le médicament en toute confiance, ou les médecins qui ont continué à en prescrire ?
- Pour aller plus loin, l’émission de France Culture consacrée au sujet