L'héritage de cette maison de Rouen, ayant appartenu au frère de Madame Franck, serait au cœur de cette affaire (photo : Briac Trébert).
Deux suspects ont été présentés au parquet de Rouen, lundi 1er avril au soir. Ils sont soupçonnés du meurtre d’un couple de sexagénaires, survenu samedi 30 mars. Tôt ce matin-là, le docteur Jacques Franck, 65 ans, médecin généraliste à Rouen depuis de nombreuses années, et sa femme, étaient retrouvés morts, tués par balles, à leur domicile de Grand-Quevilly, à l’angle des rues de l’Espérance et du Général Leclerc.
L’héritage d’une maison comme mobile
Le jour-même, un premier suspect était placé en garde à vue. Puis un deuxième, le dimanche 31 mars. Tous les deux n’ont aucun lien familial avec le couple décédé. Le mobile retenu par les enquêteurs du Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen, à l’issue de ces deux gardes à vue ? Un héritage. L’héritage d’une maison de Rouen, appartenant au frère de Madame Franck, et située à quelques mètres du cabinet médical du médecin. Ce serait à cause de cette maison que le couple est mort.
« Ils ont été exécutés au petit matin, samedi 30 mars », relate le patron du SRPJ, Philippe Ménard. Sa femme en premier, le docteur ensuite. Chacun a reçu deux balles dans la tête. « Un tir d’arrêt pour stopper, et un tir pour achever », souligne un enquêteur.
Deux balles dans la tête
L’un des deux mis en cause aurait été animé « par un souci de vengeance, une détermination sans faille », souligne Philippe Ménard. Cette maison (en photo ci-dessus), située à l’angle des rues Alexandre Barrabé et Théophile Meunier, appartenait au frère de Nelly Franck. À sa mort, en 2010, un conflit est né. Le frère de la victime vivait avec un homme depuis 2003…
« Un homme qui ne savait ni lire ni écrire, mais était menuisier, et bon bricoleur. C’était un voisin du frère de Madame Franck. Il a réalisé de très nombreux travaux dans cette maison. Il avait convenu avec le défunt, qu’à sa mort, cette demeure lui reviendrait. Le frère de Nelly Franck était quelqu’un de bien, il l’hébergeait par pur altruisme, car il le connaissait depuis longtemps », commente le patron du SRPJ.
« Cette maison, c’était l’enjeu de sa réussite, le sommet de sa vie »
Lors du décès du frère de la victime, le suspect avait entamé une procédure civile, pour obtenir le droit de rester dans cette propriété, que les époux Franck, eux, souhaitaient vendre. Le médecin et sa femme venaient finalement d’obtenir gain de cause auprès de la justice.
Il s’était ainsi retrouvé expulsé, alors qu’il affirmait détenir un testament, attestant d’un accord passé avec le frère de la victime. Un écrit dont il n’aurait pu produire qu’une copie lors des procédures, et dont il soupçonne les victimes d’avoir supprimé l’original…
« Un désir de vengeance est alors devenu obsessionnel au cours de ces trois années de procédures. Dans son esprit, en tuant ce couple, il se délivrait de gens qui l’opposaient à son bien immobilier, qui, pour lui, lui était dû. C’était l’enjeu de sa réussite, le sommet de sa vie. », raconte un enquêteur.
Devant le cabinet du docteur Franck, situé avenue de Caen, une rose a été déposée pour lui rendre hommage (photo : Briac Trébert).
Samedi 30 mars, « vers 7h15 », il serait passé à l’acte. Un riverain du domicile du couple, à Grand Quevilly, entend alors des appels au secours, et prévient la police. Plus tard, c’est le fils du couple, prévenu par la secrétaire de son père, inquiète de ne pas le voir au cabinet médical, qui découvrira les deux cadavres…
Très vite, le suspect numéro 1 est placé sous surveillance et interpellé. Son complice, un ami d’enfance, qui aurait une dette de plus de 20 000 euros envers lui (une reconnaissance qui avait été rédigée par le frère de Nelly Franck !), se présentera de lui-même au commissariat, pour dénoncer son ami…
Le premier, âgé de 37 ans, reconnaîtra sa participation au meurtre, en garde à vue ; le second, 39 ans, nie avoir participé à cette expédition punitive. L’arme du crime, elle, n’a pas été retrouvée.
Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité
Et, affaire dans l’affaire, « dans cette maison, les deux mis en cause avaient entreposé beaucoup de matériel d’origine frauduleuse (matériel de chantier, de mécanique..) qui représentait une certaine valeur. Les deux individus avaient pour objectif de monter une entreprise commune, donc ils avaient besoin du matériel, et ne voulaient pas risquer de le perdre, en perdant cette maison », détaille un enquêteur.
Si l’enquête se poursuit, les deux suspects sont aujourd’hui en détention provisoire. Ils ont été présentés à un juge d’instruction, lundi 1er avril, dans la soirée. Le parquet de Rouen a ouvert une information judiciaire pour assassinat. Les deux mis en cause encourent la réclusion criminelle à perpétuité. L’autopsie des corps des deux victimes devrait avoir lieu dans les prochaines heures.
Ce double meurtre a ému, voisins, riverains et patients du docteur Franck. Devant son cabinet, situé avenue de Caen, juste en face de la maison de son beau-frère, une rose a d’ailleurs été déposée pour lui rendre hommage. Et sur 76actu, tout au long du week-end, de nombreux patients du médecin ont rendu hommage à « un homme dévoué pour ses patients ».
Regardez :
Philippe Ménard, directeur du Service régional de police judiciaire de Rouen (SRPJ), parle de l’état d’esprit du principal suspect :
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