Le couple Franck avait été retrouvé mort, samedi 30 mars, dans cette maison à Grand Quevilly, près de Rouen (photo : Briac Trébert)
Un différend à propos d’un héritage serait, d’après l’enquête du Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen, à l’origine de l’assassinat d’un médecin et de son épouse, samedi 30 mars 2013, à Grand-Quevilly (notre article). Une affaire dans laquelle deux hommes avaient été mis en examen et écroués pour assassinat, lundi 1er avril. Mais l’un des deux suspects a demandé – et obtenu – sa remise en liberté, jeudi 4 avril, devant le juge des libertés et de la détention, au tribunal de Rouen.
« Je suis innocent, j’étais au courant de ce qu’il allait faire, mais moi, je n’ai rien fait. Je veux revoir mes deux enfants, être chez moi », a-t-il confié en larmes lors d’une audience qui est restée ouverte public. Son avocat, Maître Hugues Vigier, a estimé que dans ce dossier, on « confondait indice grave et indice dans une affaire grave. Je suis furieux d’entendre dire que mon client est resté muet. Il a donné des tas d’alibis. Rien de ce qu’il a dit n’a été vérifié », s’est insurgé l’avocat.
Il avait dénoncé le meurtrier présumé à la police…
Le médecin, Jacques Franck, 65 ans, et son épouse Nelly, 60 ans, ont été tués de deux balles dans la tête, samedi 30 mars, au petit matin, à leur domicile. Les policiers du SRPJ avaient découvert sur place un dossier contenant les pièces d’un procès concernant un héritage, après la mort du frère de Nelly Franck. Cet homme vivait avec l’un des deux suspects, âgé de 37 ans, qui avait produit, après le décès, un testament faisant de lui l’héritier du défunt, en particulier de la maison où ils cohabitaient. Ce testament avait été contesté par Nelly Franck devant la justice qui lui avait donné raison, récemment, selon un arrêt de la Cour de cassation, après une longue procédure. Mais l’homme n’a jamais accepté cette décision tant il tenait à cette maison dans laquelle il avait fait lui-même de nombreux travaux. Et serait donc passé à l’acte, samedi 30 mars.
« Un désir de vengeance est alors devenu obsessionnel au cours de ces trois années de procédures. Dans son esprit, en tuant ce couple, il se délivrait de gens qui l’opposaient à son bien immobilier, qui, pour lui, lui était dû. C’était l’enjeu de sa réussite, le sommet de sa vie. », raconte un enquêteur.
Les policiers ont interpellé dès samedi après-midi ce suspect, tandis que le lendemain, un complice présumé, âgé de 39 ans, se livrait à la police, pour dénoncer le premier… C’est lui, mis en examen également pour assassinat, lundi 1er avril, qui était de retour devant le tribunal de Rouen, jeudi 4 avril, et qui a été remis en liberté.
« Mon client a vu dans les journaux ce qui s’était passé dimanche matin. Là, il s’est dit : “Je sais qui a fait ça !” et a décidé de se rendre à l’hôtel de police pour dire ce qu’il savait… Résultat, il a été mis en examen », résume son avocat, Me Vigier.
Jeudi 4 avril, en début d’après-midi, c’est avec les menottes et des chaînes aux pieds que le mis en cause arrive dans le bureau du juge des libertés et de la détention. Pour le juge d’instruction et le représentant du parquet, l’homme « a un casier judiciaire et n’est pas un enfant de chœur. Nous devions nous assurer qu’il ne disparaisse pas ».
« Samedi, il était dans son lit à l’heure des coups de feu »
Pour son avocat rouennais, Hugues Vigier, l’affaire est pourtant simple :
« J’ai déjà défendu cet homme pour des violences. J’étais avec lui lundi 1er avril en garde à vue dans la journée et j’étais avec lui lundi soir. Son ami (le suspect numéro 1, ndlr) a toujours crié sur tous les toits qu’il allait tuer le couple. Donc mon client, en apprenant leur décès, s’est rendu à la police pour le dénoncer. On a dit qu’il était muet pendant ses auditions. Mais pas du tout ! Il a expliqué ses alibis en long et en large, des alibis vérifiables et qui n’ont pas été vérifiés. Dès le début, il ne fallait pas le mettre en examen.
Premier alibi. On dit qu’à 7h20, il y a des coups de feu dans la maison de Grand-Quevilly. Or sa compagne dit que ce samedi matin, il s’est levé vers 8h30-9h et est venu prendre son petit déjeuner.
Deuxième alibi. Le 29 mars, alors qu’il aurait soit-disant été en train de préparer le meurtre, mon client est en fait dans un bar où il passe beaucoup de temps. Il y reste de 13h-13h30 à 19h. Les clients sont tous des habitués, tout le monde l’a vu et il s’est fait raccompagné par quelqu’un. Il donne le numéro de cette personne à la police et personne n’a vérifié cet alibi ! Personne n’a pris la peine d’aller interroger le patron du bar non plus. C’était pourtant urgent de vérifier cette piste !
Avec ça, on ne met pas quelqu’un en examen, ce n’est pas possible. Et là, on saisit le Juge des libertés et de la détention, on le place en détention, il a des chaînes aux pieds ! Je suis très choqué : il se rend à la police à 11h30 pour parler à un policier qu’il connaît et dire qu’il pense connaître le tueur. Et on le met en garde à vue. Et les policiers l’accusent immédiatement. »
Argumentaire reçu par le juge des libertés et de la détention qui ne souhaite pas « laisser une personne en prison avec un dossier comme celui-ci » et a demandé sa libération immédiate, sans contrôle judiciaire.
Le parquet a immédiatement fait appel de cette décision.
Regardez :
Maître Vigier explique à 76actu pourquoi il estime que son client devait être remis en liberté :