Interview. Disiz revient et passe par le 106, le 5 avril

Le fait d'arrêter le rap à permis à Diziz de prendre du recul. (Photo Johann Keezy Dorlino)

Le fait d'arrêter le rap à permis à Disiz de prendre du recul. (Photo Johann Keezy Dorlino)


76actu : Comment se passe la tournée ?
Disiz : Extrêmement bien, je suis vraiment content. Ce qui est étrange, c’est que si on remonte 15 ans en arrière, quand je vendais énormément de disques, la tournée était beaucoup plus mitigée que celle-là. Aujourd’hui, j’en vends moins, l’industrie du disque a changé entre temps, mais les salles sont quasiment remplies partout. Ça fait extrêmement plaisir. D’ailleurs, la tournée va se prolonger avec la sortie de Transe-lucide à la rentrée. On va repartir sur une deuxième salve à l’automne, Transe-lucide étant presque fini.

La tournée avait débuté le 9 novembre 2012. Est-ce qu’aujourd’hui le show a changé ?
Non pas tellement. Il y a eu des ajustements mais cela reste la même structure. Pour la première fois, j’ai un gars aux lumières, ce qui apporte vraiment au show. Mais sinon, j’ai toujours les mêmes musiciens, le même DJ.

L’inséparable Veda

Votre DJ c’est Veda, il y a beaucoup de dédicaces pour lui dans l’album. En quoi il est important ?
Veda, c’est mon pilier. On se connaît depuis 2005. Au départ, il était mon DJ sur scène, puis mon compositeur, puis mon ami, puis le mec qui m’a toujours suivi. On a le même regard sur le rap, le même éclairage sur la musique. Si j’étais Michael Jordan, il serait Scottie Pippen.

Ça fait quel effet de retrouver la scène après quatre ans d’absence ?
Extrêmement jouissif. C’est ce que j’aime et c’est pour cela que je rappe. C’est une musique qui se vit sur scène. Le côté MC, Maître de cérémonie, est important pour moi. À chaque fois, c’est un challenge de faire en sorte que le public prenne plaisir, s’amuse, pleure, rigole. Et le challenge, il est plus là que dans les ventes de disques.

Le plaisir : la scène

J’ai déjà vendu beaucoup de disques mais les récompenses, comme les disques d’or ou autres, au-delà du fait que ça fait de l’argent, cela me fait moins plaisir, sincèrement, que de passer des moments sur scène, rencontrer les gens. C’est plus concret en fait, plus vrai.

Le clip du titre Extra-lucide :

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Qu’est-ce qui vous a fait revenir au rap après Disiz the end ?
Le fait d’arrêter m’a fait prendre du recul. Ayant connu le succès très jeune, à 19 ans, j’avais un peu perdu pied. J’avais l’impression d’être dans une case où l’on attendait de moi que du rap marrant à la J’pète les plombs. Le recul m’a fait prendre conscience que j’avais un public qui me suivait. Et surtout, j’ai fait plein de choses pendant cette période d’arrêt. J’ai stoppé la musique mais j’ai repris les études, j’ai écrit deux bouquins, j’ai donné des cours de théâtre au Théâtre de l’Odéon. J’ai aussi fait un album aux sonorités rock, Dans le ventre du crocodile.

Un rap plus lumineux

Tout cela a été source d’inspiration pour mon retour au rap. Aussi, le rap est devenu plus lumineux. Pas tout le rap, mais des artistes comme Youssoupha, Orelsan, Sexion d’Assaut, la nouvelle scène rap ambiance années 1990 comme l’Entourage, 1995, c’est un rap qui s’autorise à rire, à ne pas parler que de son bâtiment. Et surtout, c’est un rap qui rappe bien, dans les temps, sur des “instrus”. Pendant quatre ans, on avait beaucoup de “rap de racailleux” mais qui ne savaient pas rapper.

 

Le vrai plaisir de Diziz : le contact avec le public. (Photo Johann Keezy Dorlipo)

Le vrai plaisir de Disiz : le contact avec le public (Photo Johann Keezy Dorlipo).


« Je suis mon propre producteur »

Vous ne faîtes pas semblant quand vous revenez au rap ?
Ça c’est vrai. En plus, je suis mon propre producteur avec mon label Lucidream. Mais tout cela n’était pas calculé. Je reviens, je fais mon petit disque dans mon coin, je n’ai vraiment plus l’espoir de repasser en radio. Et cela a bien pris, c’est comme ça.

On vous a connu au tout début sous le nom de Disiz la Peste. Aujourd’hui, c’est Disiz. Pourquoi avoir amputé votre pseudo ?
Ça n’a jamais été mon nom en fait. Celui que je me suis trouvé, c’est Disiz, mais les gens avec qui je travaillais au départ, en 1997, ont rajouté la Peste parce qu’ils trouvaient que j’avais un côté taquin.

Extra-lucide est basé sur l’amour, le partage. C’est pour cela que l’on retrouve votre clan dans tous vos clips, ceux que vous appelez vos « bienveillants » dans un morceau de l’album ?
Oui bien sûr. Je ne pouvais revenir que comme cela. Ce qui m’a beaucoup écœuré dans cette musique que j’ai connue très jeune, c’est le cynisme de l’industrie du disque, des médias. Je n’aurais pas pu revenir sans les gens qui m’accompagnent au quotidien. Comme je le dis dans le titre Everything : « je préfère être disque utile que disque de platine ».

Evreything en live, à Montpellier, en novembre 2012 :

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« J’ai besoin de vivre des choses »

Je n’ai pas cette soif de records, de ventes de disques. Cela ne m’intéresse pas. J’ai besoin de vivre les choses, de les ressentir, de partager. Si on est simplement dans une logique économique, on se dit : « Je pars tout seul en tournée, cela me fera plus d’oseille »… Oui mais après le concert, tu t’emmerdes. En plus, comme je ne suis pas le genre de gars qui fait monter des filles dans sa chambre en tournée, j’ai besoin de partager ce plaisir d’être en colonie de vacances avec les gens que j’aime. Et cela se voit aussi dans les clips.

Pour Diziz, le rap est devenu plus lumineux. (Photo Johann Keezy Dorlino)

Pour Disiz, le rap est devenu plus lumineux (Photo Johann Keezy Dorlino).


Quelle est la signification du titre de l’album, Extra-lucide ?
C’est la continuité de Disiz. J’ai choisi la thématique de la lucidité parce que l’on est dans une époque particulière, où beaucoup de gens s’inquiètent pour leur avenir. D’un autre côté, d’autres disent que tout cela va s’arranger, que tout va bien. Ils sont dans un cynisme assez dégoûtant. Et je pense que ces deux types de personnes ne sont pas dans le vrai, elles ne sont pas lucides.
Être extrêmement optimiste ou au contraire, extrêmement pessimiste à l’époque où l’on vit, ce n’est pas être lucide. Extra-lucide, c’est regarder les choses avec justesse et lucidité. C’est pour cela que dans l’album, il y a des titres très sombres voire résignés comme Salauds d’pauvres ou Les moyens du bord. Mais à côté de cela, il y a Life is good qui a un univers plus joyeux. La colonne vertébrale de ce disque, ce que je veux dire aux gens c’est : « Enlevons le fake partout où il est, pas de postures, pas de rôles ».

Featuring : oui, mais…

Comment est venue l’idée d’un featuring avec Mac Miller ?
Étant donné que j’ai signé une licence chez Def Jam (le plus gros label de rap dans le monde, ndlr), ils m’ont expliqué que Mac Miller allait sortir son album en France, qu’il avait besoin d’un featuring. Ça tombe bien, j’aime bien ce rappeur. J’ai dit : « Ok, mais à une condition, qu’il pose aussi sur mon projet, et surtout, que je le rencontre pour cela. » On m’a dit d’accord. Parce que les featurings à distance, par ordinateurs interposés, ce n’est pas mon truc. Donc on s’est vus au Casino de Paris, j’ai posé sur son titre Loud et je lui ai dit : « Maintenant, à ton tour ». C’est ce qu’il a fait.

Au début de Fukushima, vous dites que c’est « le texte le plus ambitieux que tu n’as jamais tenté ». Pourquoi ?
En fait, je m’adresse directement à celui qui m’écoute. Je veux lui donner les clefs, partager avec lui ce qui m’a permis de réussir, ce qui m’est arrivé dans la vie pour en arriver là. Je veux réussir à bien illustrer mon propos et que cela fonctionne par la catharsis. Je veux que la personne qui écoute et qui est touchée par ce texte arrive à débloquer certaines choses qui le gênent dans sa vie.

À écouter : Fukushima

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L’image, c’est important

Sur votre page Facebook, vous avez mis beaucoup de titres en écoute gratuite grâce à Vendredi, c’est Siz-Di. Les réseaux sociaux, qu’est-ce que ça vous apporte ?

Cela m’a complètement rendu indépendant, au niveau des médias notamment. Internet, c’est la désintermédiation. Cela te donne un rapport privilégié avec ton public. Tu n’es pas à la merci d’un programmateur ou d’un rédacteur en chef qui dirait : « J’aime bien, j’aime pas, on fait un encart, on fait une pleine page ». Là je sais directement si mon travail plait et c’est cool !

Vous avez déjà écrit deux livres (Les derniers de la rue Ponty et René), est-ce qu’il y en aura un troisième ?
J’espère vraiment oui. En tout cas, j’ai des envies et des thèmes qui me trottent dans la tête. Mais je ne peux pas concilier écriture d’un album et écriture d’un roman. Ce sont deux temps, deux processus de maturation différents.

Ne pas jouer les clichés au cinéma

Vous avez déjà fait des apparitions dans des films, des séries. Le cinéma vous intéresse toujours ?
Oui. Mais en France, un rappeur qui veut jouer la comédie, c’est compliqué donc je me dis : « Prends déjà ce que l’on te donne et tu verras après ». On m’a proposé tellement de rôles clichés que si j’y reviens, ce sera soit par des choses que j’écrirai moi même, soit des choses plus intéressantes que ce qui m’a été proposé.

Actuellement, je joue Othello au théâtre avec Denis Lavant. On rode la pièce un peu partout dans le sud de la France. On sera au Théâtre des Amandiers de Nanterre à la rentrée. Avec ce que je fais dans cette pièce, on se rendra peut-être compte que je peux jouer autre chose que des rôles-clichés de banlieusard.

Propos recueillis par Arnaud Antonio

  • Infos pratiques :
    Disiz en concert à Rouen
    Vendredi 5 avril, au 106, quai Jean de Béthencourt, à 20h
    Tarifs : de 6 à 22 euros
  • Et pour le plaisir, un autre morceau intitulé “mon amour”
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