Mis en examen pour avoir transmis le virus du sida

Une juge d'instruction de Rouen a mis en examen un  habitant de l'agglomération pour avoir transmis le virus du sida à sa compagne

Une juge d'instruction de Rouen a mis en examen un habitant de l'agglomération pour avoir transmis le virus du sida à sa compagne


Administration de substance nuisible, empoisonnement, viol, menaces de mort : les motifs ne manquaient pas à la juge d’instruction de Rouen, Géraldine Gueho, pour mettre en examen un habitant de l’agglomération. Ce dernier, originaire de Metz mais vivant en Seine Maritime, aurait en effet violé et contaminé sa compagne de 26 ans par le virus du sida en 2012, alors qu’ils vivaient tous les deux à Rouen. La jeune femme a finalement porté plainte une fois revenue dans sa région natale, à Metz, il y a quelques mois, mais pour une raison de compétence territoriale, c’est la justice rouennaise qui a été saisie du dossier.

Un « calvaire insupportable » pour une jeune femme de 26 ans

Un dossier particulièrement sordide et dramatique, comme le confirme l’avocat de la jeune Messine, Jean-Christophe Duchet.

« Cette jeune femme ignorait que son concubin était séropositif et quand elle a découvert la vérité, elle a voulu partir. Refusant de la laisser le quitter, il l’a attachée et violée. Elle a vécu un calvaire insupportable, mais elle a trouvé la force de se libérer et de s’enfuir avec ses trois enfants », décrit l’avocat, passant sous silence les détails les plus sordides de ce viol.

Se sachant contaminée, la jeune femme n’était pourtant pas au bout de ses souffrances, puisqu’elle a mis au monde un enfant en novembre dernier, dont elle ne sait pas encore s’il sera porteur ou non du virus du VIH. « Pour le savoir, il faudra attendre que le bébé n’ait plus les anticorps de sa maman. Mais c’est vraiment un énorme drame pour elle et je m’interroge pour savoir ce qui aurait pu être le plus grave : lui tirer une balle dans la tête ou lui distiller ce poison qui va la faire mourir à petit feu », plaide l’avocat.

Sous contrôle judiciaire, mais toujours libre

L’homme est actuellement sous contrôle judiciaire, avec obligation de soins, mais il est toujours libre. Une anomalie de plus selon Maître Jean-Christophe Duchet, qui estime que dans cette affaire, « un juge des liberté et de la détention aurait dû être saisi ».

« Nous sommes ici en présence d’un pervers narcissique, une vraie bombe à retardement. Notre premier intérêt est qu’il soit incarcéré pour ne pas continuer à contaminer d’autres personnes », insiste l’avocat, qui signale que des expertises psychiatrique et psychologique ont d’ores et déjà été mandatées, dans le cadre de l’instruction du dossier.

Outre le fait que les procès pour contamination par le virus du sida restent encore à la marge aujourd’hui – tout simplement parce que les victimes ont peur d’être stigmatisées et mises à l’index de la société – ce dossier instruit par la juge Géraldine Guého présente par ailleurs la particularité de toucher à un milieu très particulier, celui du monde libertin.

Un dossier qui touche le monde libertin

« Ce dossier ouvre un débat, celui d’une société hypocrite où pour un ticket d’entrée à 30 euros, vous pouvez assister et participer à une soirée échangiste et où par ailleurs, les maisons closes sont interdites. Le mis en examen fait partie de ce monde libertin et c’est un dossier qui dérange », confie Me Jean-Christophe Duchet, qui n’ignore pas que l’instruction risque évidemment, au passage, de peut-être éclabousser quelques notables.

Pour la jeune femme aujourd’hui victime, la mise en examen de son ex-concubin constitue en tout cas une première victoire. Elle qui est « une jeune femme très bien » et qui ignorait la séropositivité du géniteur de son enfant se bat aujourd’hui avec un énorme courage. D’autant que son avocat vient de recevoir le témoignage d’une deuxième victime de l’ancien compagnon de la jeune Messine.

Une deuxième victime témoigne

« Elle a eu la chance de ne pas être contaminée par le virus du sida, mais elle tient à témoigner pour soutenir ma cliente. D’ailleurs, la liste des jeunes femmes victimes de cet homme doit être impressionnante, mais on peut comprendre qu’il soit difficile pour elles de franchir le pas », admet l’avocat.

En attendant, l’auteur présumé de la contamination par le virus du sida est toujours en liberté, mais il n’a plus aucun contact avec sa victime. La mise en examen aura au moins permis à la jeune femme de retrouver un semblant de sérénité, puisqu’elle ne reçoit plus les SMS et menaces de mort de son ex-compagnon, qui n’a d’ailleurs pas le droit de quitter la région seinomarine. Son dossier est actuellement en pleine instruction et sera jugé par la Cour d’assises de Rouen. Il encourt de 20 à 30 ans de réclusion criminelle.

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