
Comme auraient pu dire les Monty Pythons, la dame de fer n’est
plus. Elle a cessé d’être. Elle a poussé son dernier souffle pour rejoindre son
créateur. Alors que la société bien pensante britannique s’apprête à lui rendre
un hommage solennel et militaire, une autre partie de la société a célébré sa
disparition…
Il n’y a guère que dans les dictatures que les gens fêtent avec joie la
disparition du tortionnaire en chef. Pourtant, dans une démocratie installée de
longue date comme en Grande Bretagne, la mort de l’ancien premier ministre a
été l’objet de fêtes de rue ou s’étalait la haine suscitée par la
« baronness ». Comment expliquer cela ?
Et bien comme aurait pu dire Sherlock Holmes au bon docteur Watson, c’est
élémentaire. Arrivée au pouvoir en 1979, Margaret T. mit en œuvre une politique
qui mit à genou une partie des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté. On se
souvient des grèves des mineurs qui se soldèrent par une catastrophe sociale.
On se souvient également du traitement par la dame de fer du problème irlandais
qui vit les prisonniers politiques de l’IRA se mettre en grève de la faim, ce
qui coûta la vie à Bobby Sands. On se souvient également de l’entrain guerrier
avec lequel la première femme premier ministre britannique entra en guerre
contre l’Argentine à propos des îles Malouines, en argentin Malvinas et en
anglais Falklands.
Après son décès, le ressentiment exprimé par un certain nombre de ses
compatriotes est à la mesure de la dureté avec laquelle la dame de fer a
gouverné pendant près de onze ans son pays. Ainsi, en plus des scènes de joie
au son de « Rejoice, rejoice the witch is dead ! », on découvre
que la chanson tirée du film Le Magicien D’Oz, « Ding dong,
the witch is dead » est numéro un des ventes de musique
téléchargée in the UK.
L’ancien maire de Londres, Ken Livingstone a estimé qu’elle avait
« décidé, quand elle avait rayé notre industrie, que l’on pouvait
vivre avec deux ou trois millions de chômeurs. (…) En réalité chaque problème
sérieux auquel nous devons faire face aujourd’hui est l’héritage du fait
qu’elle avait fondamentalement tort ».
Ainsi, elle serra avec plaisir la main de Pinochet et, presque au même
moment traita Mandela et l’ANC de « terroristes »… Telle était
la vision du monde merveilleux de Maggie.
On ne s’étonnera pas de ce point de vue de Ken le rouge qui résume bien le
ressentiment exprimé par une bonne partie du prolétariat, pardon, de la
population britannique. Ainsi, le coût de ses funérailles ou plus simplement le
coût représenté par la sécurité mise en œuvre par l’état à l’occasion de ses
obsèques fait polémique. Car quinze millions, et de livres sterling en plus, ça
ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval, fût-il celui de Sa Très gracieuse
Majesté. Ces mauvais esprits, de Brixton, de Glasgow ou d’ailleurs, réclament
donc que soit appliqué par l’Etat ce que Margaret Thatcher lui a fait pendant
ses onze ans à la tête du gouvernement : privatiser le coût de ses
funérailles comme elle a privatisé les services publics.
A ce propos, un ancien ministre travailliste, John Healey a, lui, annoncé
qu’il boycotterait les funérailles de la défunte Margaret. Il a expliqué qu’en
100 ans, seul Churchill avait eu droit a des funérailles nationales et que la
différence entre Churchill et Thatcher était que lui avait rassemblé alors
qu’elle avait divisé le pays qu’il a estimé comme étant « trop amer pour
justifier les demandes de deuil national ».
Enfin on remarquera que Margaret Thatcher a au moins fait quelque chose de
positif pour la culture britannique. En effet, le nombre impressionnant de
chansons sorties dans les années 80 et dénonçant sa politique est proprement
hallucinant. On lui donnera donc comme crédit d’avoir réussi à stimuler la
créativité artistique de ses compatriotes contemporains et non des moindres
pour quelques chefs d’œuvre Rock, Punk, Pop, Reggae ou Ska.
On laissera le mot de la fin à Ken Livingstone, éternel opposant à Tony
Blair et au blairisme au sein du Labour Party vite transformé en New Labour,
qui a dit en substance à propos de Maggie-The-Iron-Lady : « Elle
a un jour déclaré que le New Labour était son plus grand legs et je ne dis pas
qu’elle plaisantait ! ».
Nous non plus, cher Ken, nous non plus, ou si peu…