Environ 1 000 personnes sont venues rendre un dernier hommage à Jacques et Nelly Franck, mercredi 10 avril, à la Cathédrale Notre-Dame de Rouen. Douze jours auparavant, le médecin et sa femme avaient été retrouvés morts, à leur domicile de Grand Quevilly. Tous les deux ont été tués par balle à la suite d’une sombre affaire d’héritage.
Mercredi 10 avril, famille et amis du couple mais également patients et collègues du médecin se sont réunis dans l’enceinte de la cathédrale pour rendre un dernier hommage aux sexagénaires très appréciés. La cérémonie, présidée par Mgr Descubes, l’archevêque de Rouen, a débuté à 14h30 et duré près de deux heures. À chaque entrée de la cathédrale, un « registre du souvenir », était destiné à recueillir les derniers hommages des proches et des moins proches.
Émotion face à un « drame terrible »
Comme ils l’avaient fait sur 76actu, les patients du Docteur Franck ont renouvelé leur soutien à la famille et exprimé leur tristesse face à cette « perte soudaine et tragique ». L’émotion est trop forte pour certains patients, qui préfèrent sortir de la cathédrale.
« Toute la famille est là, enfants et petits-enfants et ils sont tellement dignes ! Ils contiennent leur émotion alors je ne veux pas pleurer devant eux », confie un patient du même cabinet médical, qui, même s’il ne connaissait pas personnellement Jacques Franck, se dit très touché par ce « drame terrible ».
Après de nombreux hommages, chacun est reparti, un mouchoir à la main et le cœur lourd. « C’est tellement injuste de mourir comme ça », s’émeut-on à la sortie de la cérémonie. Quant aux corps des époux, ils ont été transportés au cimetière Nord de Rouen, où la famille proche a pu leur dire un dernier adieu.
Où en est l’enquête ?
Dès le 30 mars, jour du meurtre, les enquêteurs de la police judiciaire ont interpellé et placé en garde à vue un premier suspect. Puis un deuxième le dimanche 31 mars. Mobile retenu ? L’héritage d’une maison de Rouen, appartenant au frère de Nelly Franck, décédé en 2010, et située à quelques mètres du cabinet médical du docteur Franck.
Le suspect principal, Jimmy, 37 ans, avait entamé une procédure judiciaire contre Nelly Franck. Il souhaitait rester dans la maison de son frère après le décès de celui-ci, maison dans laquelle il avait vécu plusieurs années, gracieusement hébergé. Mais Nelly Franck voulait revendre ce bien. La procédure a duré trois ans. En dernière instance, la Cour de cassation a donné raison à Nelly Franck. Une décision que n’aurait pas supporté Jimmy.
« Un désir de vengeance est alors devenu obsessionnel au cours de ces trois années de procédures, raconte un enquêteur. Dans son esprit, en tuant ce couple, il se délivrait de gens qui l’opposaient à son bien immobilier, qui, pour lui, lui était dû. C’était l’enjeu de sa réussite, le sommet de sa vie. »
Un suspect remis en liberté
Si Jimmy a tout avoué au cours de sa garde à vue, le deuxième suspect, lui, a toujours nié en bloc. Dimanche 31 mars, Mustapha, 39 ans, s’est présenté de lui même à l’hôtel de police, expliquant qu’il pensait connaître l’auteur du meurtre de la veille, dont il dit avoir pris connaissance le matin-même dans les journaux. Mais Jimmy accuse Mustapha d’avoir été son complice, et celui-ci, qui, selon les enquêteurs, « n’est pas un enfant de chœur » est immédiatement placé en garde à vue. Dès le début, Mustapha nie toute implication dans ce meurtre mais concède qu’il savait que son ami, Jimmy, allait commettre ce geste. Jeudi 4 avril, Mustapha est finalement libéré, le juge des libertés et de la détention estimant qu’il était impossible de « laisser une personne en prison avec un dossier comme celui-ci ».
Le parquet de Rouen a immédiatement fait appel de cette décision et Mustapha sera à nouveau auditionné prochainement. À l’issue de cette audition, il pourra retourner en détention. Ou pas. Quand à Jimmy, il est toujours en détention provisoire à Caen, et encourt la réclusion criminelle à perpétuité.