En mars 2012, la CGT avait accueilli plus de 300 personnes, élus et citoyens, sur la plateforme de présentation de sa filière de déconstruction et de valorisation des véhicules, à Bolbec.
La CGT de l’usine Renault Sandouville, près du Havre, a toujours clamé son refus de voir arriver sur son site de production, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, depuis qu’il a apporté son soutien à la direction lors des négociations sur l’accord de compétitivité. En revanche, elle ouvre les portes de son local, lundi 15 avril, à la ministre du Logement et de l’égalité du territoire, Cécile Duflot, qui viendra, à partir de 14 h, s’entretenir avec les militants de leur projet de création d’une filière de déconstruction et de revalorisation des véhicules de la marque.
« Nous sommes ravis de cette visite. Par sa venue, Cécile Duflot signifie qu’elle accorde du crédit à notre projet industriel et de la crédibilité à notre syndicat », se réjouit Nicolas Guermonprez, le leader CGT de Renault Sandouville.
Le militant entend défendre ce projet de filière comme un projet majeur d’aménagement du territoire du bassin d’emploi du Havre, auprès de la ministre désormais en charge du Grand Paris.
Qui mieux que Renault pour déconstruire votre Renault ?
La CGT travaille à l’élaboration de cette filière depuis trois ans. « La toute première présentation a eu lieu en octobre 2009, un an jour pour jour après la venue de Nicolas Sarkozy, à Gonfreville-l’Orcher », rappelle Nicolas Guermonprez. Ensuite, le projet a été peaufiné.
Le 14 mars 2012, la CGT invitait les élus, mais aussi l’ensemble des citoyens et des responsables économiques du bassin du Havre à découvrir leur plateforme logistique installée à Bolbec, qui permet une parfaite compréhension des intérêts de cette nouvelle filière. À l’époque, plus de 300 personnes avaient répondu à l’invitation.
« En dix ans, l’usine a perdu 8 000 salariés »
« Cette filière, c’est un vrai plan de sauvegarde de l’emploi, défendaient alors les militants syndicalistes, en dix ans, l’usine de Renault Sandouville a perdu 8 000 salariés, soit l’équivalent de la population de Saint-Romain-de-Colbosc. Ces salariés, ce sont des gens qui ont fabriqué le meilleur de Renault. Leur savoir-faire, leur expertise, est reconnue de tous. Un seul slogan s’impose en conséquence : “Qui mieux que Renault pour déconstruire votre Renault ?” »
Un projet d’économie solidaire
Ce projet est en plus présenté comme un vrai projet éco-citoyen.
« Car, au-delà de la déconstruction des véhicules, il permet en effet le tri de leurs différents composants et la construction de nouveaux véhicules à partir de carcasses recyclées », détaille la CGT qui appuie son propos en rappelant que 85% d’un véhicule est recyclable.
Depuis cette présentation à Bolbec, Nicolas Guermonprez multiplie les visites auprès des élus nationaux, de tous bords, pour défendre cette filière. Récemment, c’est auprès du cabinet d’Arnaud Montebourg qu’il en faisait la présentation.
« Je me suis évidemment saisi de l’occasion pour dire aux proches du ministre du Redressement productif ce que je pensais de ses récentes interventions », insiste Nicolas Guermonprez.
Samedi 6 avril, lors du colloque d’Europe Écologie où le leader syndicaliste intervenait, c’est à Benoit Hamon, ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire, qu’il vantait les mérites de cette nouvelle filière.
« Il s’est montré très intéressé par ce projet qu’il juge vraiment d’économie solidaire, car il est né d’une réflexion portée par la base, les salariés », se félicite encore le leader de la CGT de Sandouville.
La venue de Nissan n’est pas suffisante !
Nicolas Guermonprez fait la promesse de ne pas parler à Cécile Duflot de son amertume vis à vis de la politique de son gouvernement sur l’industrie.
« Elle se déplace pour notre projet. Il convient de faire la part des choses. Notre priorité est de sauver notre usine et de réindustrialiser le bassin du Havre. Je n’échangerai avec elle que sur ce propos. »
Pour Nicolas Guermonprez, assurer un avenir serein à l’usine de Sandouville implique la création de cette filière. La récente annonce de l’arrivée de la fabrication de l’utilitaire Primastar de Nissan aux côtés du futur Trafic, en 2014, n’apaisent pas, en effet, les craintes de la CGT.
« Voir le volume de fabrication augmenter, nous ne pouvons qu’en être satisfaits. Mais, alors que Renault annonçait un objectif de fabrication de 100 000 Trafic à l’année, il y a encore peu, il redescend aujourd’hui son chiffre à 80 000. Avec le Primastar, nous revenons seulement à l’objectif initial de 100 000 véhicules fabriqués par an. Il n’y a donc aucune raison de s’enflammer ; les volumes ne sont pas encore satisfaisants», confiait le leader syndical à 76actu, en février dernier.
Et aujourd’hui, ces chiffres de production pourraient encore être revus à la baisse.
« Si je me fie aux chiffres de production de l’an dernier, il manque 30 000 voitures pour arriver au seuil des 100 000 », calcule le syndicaliste.
La filière de déconstruction et de valorisation des véhicules hors d’usage serait donc un complément nécessaire à l’usine de Renault Sandouville pour maintenir et défendre l’emploi.
« On sait qu’à l’heure actuelle, un emploi à Renault Sandouville génère quatre emplois dans le bassin havrais. Difficile de dire encore combien un emploi dans la filière que nous proposons créera d’emplois. Mais il est une certitude, elle en créera ».
La CGT du Havre entend donc convaincre la ministre de l’Égalité du territoire pour faire avancer ce dossier.
La ministre ira aussi à Canteleu
Après sa visite à l’usine Renault de Sandouville, à 14h, Cécile Duflot se rendra à Canteleu, près de Rouen, pour visiter la Maison des services publics et la Cité verte, « exemplaire des projets de rénovation énergétique des logements menés dans le cadre de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) », et le quartier de Bapeaume, une ancienne friche industrielle entièrement rénovée. La fin de sa visite est prévue à 18h.