Pont Mathilde : le mal nécessaire ?

Depuis la fermeture du pont Mathilde, le 29 octobre dernier, nombre d’automobilistes d’hier sont devenus aujourd’hui des piétons, des cyclistes et plus généralement des adeptes des transports en commun. Reste à savoir si ces nouveaux usages deviendront bientôt la norme. Pour plagier un célèbre vers du poète français Lamartine, nous pourrions dire qu’à Rouen "un seul pont vous manque et tout est perturbé". Ainsi, à l’annonce de la fermeture du pont Mathilde, les premières réactions ont-elles été à la mesure des conséquences immédiates sur le trafic : incompréhension, colère, exaspération. Dans le même temps, cet événement imprévisible a eu le mérite de remettre à l’ordre du jour l’amélioration des conditions de circulation dans l’agglomération rouennaise avec son cortège de problématiques connexes comme la pollution et le stationnement.

Cinq mois plus tard, les embouteillages et les déviations n’ont pas disparu mais les usages ont notoirement évolué. Autrefois, Joël Bartolotta, salarié dans l’entreprise Stef à Saint-Etienne-du-Rouvray, comptait environ une heure de trajet en voiture chaque matin et chaque soir. "Aujourd’hui, j’ai opté pour le TER qui me fait gagner 15 minutes et qui me dépose à deux pas de mon entreprise", explique-t-il. Et avec un abonnement mensuel évalué à 28,70 euros au départ de Rouen, ils sont nombreux à s’être tournés vers le rail. Chiffres à l’appui, sur la gare de Saint-Etienne-du-Rouvray, la Région et la SNCF dénombraient fin 2012, 64 usagers supplémentaires empruntant la ligne quotidiennement, soit une hausse de 42% par rapport à 2011. Fort d’un tel résultat, Roland Bonnepart, directeur des régions SNCF de Paris Saint-Lazare, de Haute et Basse Normandie prophétise : "une fois le pont rétabli, une bonne partie des nouveaux clients resteront très probablement fidèles au train et ne retourneront pas à leurs anciennes pratiques. Nous nous mobilisons pour cela". Cet engagement comprend notamment la prise en compte des problèmes de stationnement aux abords des gares.

Plus qu’une réaction contrainte et épisodique, une tendance réelle serait donc bel et bien en train de voir le jour. Car du côté des bus et du métro, les chiffres sont tout aussi éloquents. Si la fréquentation des lignes 10 et 42 est restée stable, le métro enregistre une augmentation de 15 à 20% qui coïncide à la fois avec la fermeture du pont Mathilde et le lancement des nouvelles rames. La ligne T3 du Teor s’inscrit dans la même dynamique positive avec 10% d’usagers supplémentaires. Mais la vraie locomotive du réseau, sur un axe nord-sud, c’est incontestablement, le bus n°7 que certains Stéphanais utilisent en laissant leur voiture au parking du Zénith. Grâce aux nombreux aménagements réalisés sur cette ligne et en particulier sur le pont Corneille, l’augmentation de fréquentation atteint 25% soit 1 700 validations supplémentaires par jour. "L’effet ne s’essouffle pas, bien au contraire. A tel point que nous sommes en pleine réflexion pour faire évoluer notre réseau en termes de quantité et de qualité afin de gérer de manière optimale cette affluence d’usagers qui devrait se maintenir au-delà de la réouverture du pont Mathilde programmée en 2014", confie Bruno Tisserand, directeur de l’exploitation au pôle des transports de la Crea. Aussitôt fait : le 28 mars dernier la Crea annonçait à l’horizon 2017-2018 de nouveaux parkings relais et d’une nouvelle ligne nord-sud de 8,5 km qui desservira 5 communes dont Saint-Etienne-du-Rouvray avec une fréquence de 6 à 9mn en heure de pointe. Dans tous les cas, il y aura de toute évidence un avant et un après pont Mathilde, charge à chacun de nous de savoir s’en souvenir.

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