La SMAC d’Evreux est-elle condamnée à l’ajournement ?

(fil-fax 18/06/13)

Le projet de la Salle de Musiques Actuelle (SMAC) d’Evreux va de Charybbe en Scylla. Ou plus précisément de désillusions en appels d’offres. Pour le 3ème du genre, l’avis de la commission d’appel d’offres (CAO) sera rendu public jeudi prochain durant le conseil municipal.

Le chemin de croix débute en 2005. Un comité de soutien à la future SMAC diffuse 13.000 cartes postales de pétitions pour convaincre le député maire d’Evreux de l’époque Jean Louis Debré (UMP) d’accorder son feu vert. L’équipe du festival “Rock dans tous ses états“ et son fondateur Jean-Christophe Applincourt appuient la demande. La ville a une réputation à tenir. Sa culture musicale rock est reconnue depuis les années 50. Lassé des atermoiements, l’homme de l’art jette l’éponge en 2006 et prend la direction de la SMAC du 106 à Rouen. Une équipe de programmistes est cependant nommée sur le projet SMAC. Une élection plus loin, le dossier fait son apparition au conseil municipal d’Evreux. Il figure en 2008 en bonne place sur le bureau du nouveau maire Michel Champredon (PS). La livraison du joyau culturel est annoncée pour l’année 2011. Découpé en de multiples lots, le 1er appel d’offres se révèle infructueux. Certains lots sont délaissés par les entreprises, d’autres présentent des montants nettement supérieurs aux prévisions. L’enveloppe estimée par l’architecte Hérault et Arnod est alors de 5,7M€ HT. Dans la foulée, des problèmes de terrain mal anticipés donnent un nouveau coup d’arrêt au projet. Le pré du Bel Ebat sur lequel doit s’installer la SMAC est inscrit au Plan de Prévention des Risques d’inondations. Les plans sont modifiés. Le bâtiment devra être construit sur des pieux pour être stabilisé. Les studios de répétitions prévus en sous-sols existeront bien mais dans un autre bâtiment. Début 2011, l’inauguration de la salle est cette fois-ci promise pour « le deuxième trimestre 2013 » explique le maire dans les colonnes de l’hebdomadaire La Dépêche. Un second appel d’offres plus restreint est lancé. De mal en pis, l’appel d’offres est de nouveau infructueux. En décembre 2011 le dossier a « glissé sur le calendrier » avec à la clef un surcoût de 2M€, nous apprend le maire. Un 3ème appel d’offres est lancé en mars dernier. Les entreprises sont là mais les montants seraient supérieurs au budget consenti de 9,5M€. Sauf renégociation avec les partenaires institutionnels, dont la Région qui s’est engagée pour 3M€, le surcoût risquerait d’être à la charge exclusive de la ville. Et cela à moins d’un an des élections municipales. En tout état de cause le chantier, s’il voit le jour au Bel Ebat ou ailleurs, ne pourra être achevé avant 2015.

Une architecture idéalisée autour du vide 

Le projet audacieux de l’architecte s’étend sur 2.450 m² auxquels il convient d’ajouter 570m² pour le “deck“, sorte d’espace public à l’air libre traversant de part en part le bâtiment. Ce “deck“ est l’élément fédérateur à partir duquel est construite toute l’architecture. Le bâtiment est peu vitré sur l’extérieur pour donner toute sa force à ce vaste hall à la fois intérieur et extérieur. L’idée est que chacun peut fabriquer sa propre soirée en passant d’un lieu à l’autre via ce hall au lieu d’être un simple consommateur de spectacle. Pour « résister et exister » face à l’immense espace de l’esplanade du Bel Ebat, prévoit l’architecte, le volume est haut et dense, « sculptural et autonome ». Les salles de concert (600 et 150 places) et studios se résument à des boîtes en béton autonomes. Autours sont agencés les espaces annexes. L’ensemble est enveloppé d’une peau métallique légère. De l’extérieur, le volume est composé de facettes en triangle. Cette SMAC « corps étrange et brut » est pensée pour s’ouvrir au public. Elle répond également « à l’énergie de la musique celle d’aujourd’hui et celle de demain », apprécie l’architecte.

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